ÉTUDE COMITEX — La santé du pompier de Paris en question

Harry Couvin
6 février 2026
Jona­than Nae­gé­lé —  — Modi­fiée le 9 février 2026 à 14 h 56 

#BrigadeInside – Quel est l’impact réel d’une carrière à la BSPP sur la santé à long terme ? Pour répondre à cette question, le Service de santé des armées (SSA) déploie en janvier 2026 l’étude COMITEX. Ce questionnaire inédit sur l’exposome invite les sapeurs-pompiers de Paris, actifs comme retraités, à recenser les risques physiques, chimiques et psychologiques rencontrés durant leur parcours.

Début jan­vier, les sapeurs-pom­piers de Paris, anciens et actifs, seront invi­tés à par­ti­ci­per à une étude ambi­tieuse : l’étude COMITEX (Cohorte MIli­Taire et son EXpo­some), conçue par l’institut IPSOS et pilo­tée par le Ser­vice de san­té des armées (SSA).

Cette étude sera réa­li­sée à tra­vers un ques­tion­naire, adap­té tout spé­ci­fi­que­ment par la Divi­sion San­té à la popu­la­tion des sapeurs-pom­piers mili­taires. C’est une démarche inédite qui vise à recen­ser et ana­ly­ser l’ensemble des risques pro­fes­sion­nels (« expo­some ») auquel le sapeur-pom­pier est confron­té tout au long de sa carrière.

Que ce soit le per­son­nel d’active ou les anciens, tous seront invi­tés durant deux mois à répondre à un ques­tion­naire en ligne pour contri­buer à cette étude rétros­pec­tive d’ampleur, des­ti­née à mieux com­prendre l’impact réel du métier sur leur santé.

Pour le méde­cin-chef Auré­lie Mayet, res­pon­sable du pro­jet au SSA, l’enjeu est lim­pide : « Les sapeurs-pom­piers de Paris font face à une grande varié­té de risques pro­fes­sion­nels au quo­ti­dien — phy­siques, chi­miques, bio­lo­giques et psy­cho­lo­giques. Les impacts à court terme sont rela­ti­ve­ment bien docu­men­tés. En revanche, les consé­quences sur le moyen et long terme, encore peu connues, res­tent un angle mort ». Ce ques­tion­naire vise jus­te­ment à com­bler cette lacune.

L’étude est inédite, car elle repose sur un recueil rétros­pec­tif en invi­tant chaque répon­dant à se remé­mo­rer les expo­si­tions et situa­tions à risques ren­con­trées au fil de sa car­rière. Si l’exercice peut paraître exi­geant, notam­ment pour les car­rières longues, il est cepen­dant cru­cial. « Un jeune mili­taire répon­dra plus vite qu’un plus ancien ayant un par­cours pro­fes­sion­nel dense. C’est nor­mal. Plus la car­rière est longue, plus la car­rière pro­fes­sion­nelle est diver­si­fiée », sou­ligne le méde­cin en chef. Le ques­tion­naire pour­ra néan­moins être ren­sei­gné en plu­sieurs fois, car les don­nées seront conser­vées sur un espace sécurisé.

https://survey.ipsos.com/wix/p374704731346.aspx

La BSPP a été rete­nue comme uni­té d’expérimentation pour sa taille, son homo­gé­néi­té et la diver­si­té des risques aux­quels son per­son­nel mili­taire est expo­sé. Forte d’environ 8 700 pom­piers d’active, la Bri­gade béné­fi­cie éga­le­ment d’un réseau d’anciens par­ti­cu­liè­re­ment struc­tu­ré, faci­li­tant l’inclusion des retrai­tés via les asso­cia­tions ADOSSPP et GNASPP. « À ce jour, nous n’avons pas connais­sance d’une étude com­pa­rable menée à grande échelle chez les pom­piers pro­fes­sion­nels civils. Ce serait une pre­mière », insiste le pro­fes­seur Mayet.

Si la par­ti­ci­pa­tion est suf­fi­sante et les résul­tats exploi­tables, le SSA pré­voit d’ores et déjà d’élargir l’étude à l’ensemble des forces armées, gen­dar­me­rie com­prise. Un objec­tif ambi­tieux qui passe par une mobi­li­sa­tion mas­sive : « Nous vou­lons encou­ra­ger tous les sapeurs-pom­piers de Paris à répondre à ce ques­tion­naire. Les réponses des anciens sont éga­le­ment for­te­ment atten­dues. Plus nous aurons de don­nées, plus nous serons en mesure de pro­duire un rap­port solide », pré­cise le méde­cin en chef.

Un outil indi­vi­duel et col­lec­tif : le Cur­ri­cu­lum Labo­ris. À la fin du ques­tion­naire, chaque par­ti­ci­pant pour­ra deman­der à l’équipe en charge de l’enquête un export de ses réponses au ques­tion­naire, qui consti­tue­ra un docu­ment per­son­na­li­sé retra­çant l’historique de son par­cours pro­fes­sion­nel et de ses expo­si­tions. Ce docu­ment pour­ra éven­tuel­le­ment être com­mu­ni­qué au méde­cin lors de la visite de méde­cine du tra­vail. « Les don­nées res­tent la pro­prié­té exclu­sive du répon­dant, confor­mé­ment au RGPD. Cha­cun pour­ra les récu­pé­rer faci­le­ment sur simple demande à l’équipe inves­ti­ga­trice », rap­pelle le pro­fes­seur Mayet.

Au-delà de l’intérêt indi­vi­duel, l’analyse sta­tis­tique des don­nées ano­ny­mi­sées recueillies vien­dra étayer un rap­port remis à la BSPP, dont l’objectif sera de mieux iden­ti­fier et carac­té­ri­ser les situa­tions pro­fes­sion­nelles à risques pour la san­té, poser un diag­nos­tic glo­bal de l’état de san­té au sein de la bri­gade et, si néces­saire, déclen­cher de nou­velles mesures de pré­ven­tion. « Ce pro­jet doit per­mettre d’apporter des élé­ments fac­tuels sup­plé­men­taires afin de réduire cer­tains risques pro­fes­sion­nels », pré­cise le pro­fes­seur Mayet.

Un pro­jet ancré dans l’histoire de la méde­cine mili­taire. Pour le Ser­vice de san­té des armées, l’étude COMITEX s’inscrit dans une longue tra­di­tion de vigi­lance sur les impacts du métier de sol­dat. Le Pr. Mayet évoque « le syn­drome de la guerre du Golfe ou la prise en compte crois­sante du stress post-trau­ma­tique suite aux opé­ra­tions en Afgha­nis­tan » comme autant d’exemples qui ont fait évo­luer les pra­tiques. Aujourd’hui, le SSA sou­haite aller encore plus loin et mesu­rer les impacts d’une car­rière mili­taire sur la san­té, au sens large.

Cette étude porte donc une ambi­tion claire : pro­duire un pre­mier rap­port scien­ti­fique docu­men­té sur la popu­la­tion des sapeurs-pom­piers de Paris, tant les actifs que les anciens, pour ten­ter de mesu­rer l’impact de cette pro­fes­sion sur la san­té à long terme. En tant qu’étude pilote, elle per­met­tra de tes­ter la fai­sa­bi­li­té d’un obser­va­toire qui pour­ra être appli­qué secon­dai­re­ment à l’ensemble des forces armées. « Nous avons été char­gés de pen­ser, conce­voir et mettre en œuvre ce nou­vel outil. L’accès au ques­tion­naire début 2026 doit nous per­mettre d’obtenir assez de matière pour cette pre­mière ana­lyse d’ensemble », pré­cise le Pr. Mayet.


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