FOCUS SUR... Une explosion dévastatrice à Champigny !

Harry Couvin
12 janvier 2023
Jean Flye —  — Modi­fiée le 12 jan­vier 2023 à 15 h 46 

Retour d’inter – Le mardi 13 septembre 2022 à l’aube, une violente explosion secoue la ville de Champigny-sur-Marne (94). Soldats du feu et spécialistes de la BSPP font le maximum pour secourir plusieurs victimes ensevelies. Malheureusement, le bilan est tragique.

Ce mar­di 13 sep­tembre, vers 5 h 50 du matin, une explo­sion secoue la ville de Cham­pi­gny-sur-Marne. Dans le centre de secours, le capi­taine Coren­tin Le Tal­lec, offi­cier de garde com­pa­gnie du jour, res­sent un souffle violent qui le sort bru­ta­le­ment de son som­meil… Il se ren­dort, convain­cu d’avoir enten­du un pétard explo­ser dans la rue. Mais quelques ins­tants plus tard, l’ensemble du poste de com­man­de­ment de la 15e com­pa­gnie est réveillé par la son­ne­rie du départ nor­mal. Le ser­gent-chef Chris­to­pher Car­mont, chef de garde, des­cend au PVO, prend l’ordre de départ et monte dans le four­gon pompe tonne léger. Il fait encore nuit lorsque les deux engins-pompe et l’échelle de Cham­pi­gny partent sur l’intervention. Sur la route, le centre opé­ra­tion­nel contacte le ser­gent-chef, un couple serait sor­ti par la fenêtre de l’appartement pour se mettre à l’abri. Il n’y a pas de doute, il s’agit d’une explo­sion impor­tante. Une volée de minutes plus tard, les camions rouges sta­tionnent à proxi­mi­té du 13, ave­nue de l’Épargne.

UNE FORTE ODEUR DE GAZ
L’expérimenté sous-offi­cier s’engouffre dans la petite allée menant jusqu’au bâti­ment sinis­tré. À pre­mière vue, l’aile d’un immeuble d’habitation d’un seul étage est tota­le­ment effon­drée suite à l’explosion. Le bâti­ment est en forme de « T » et dis­pose de trois accès. L’ensemble du jar­din se retrouve sous les décombres et de nom­breuses pro­jec­tions ont eu lieu dans plu­sieurs direc­tions. Le ser­gent-chef Car­mont res­sent une forte odeur de gaz qu’il iden­ti­fie comme une fuite sur la citerne domes­tique du jar­din. En arri­vant devant la cage d’escalier du bâti­ment concer­né, le sous-offi­cier se retrouve coin­cé par un amas de gra­vats blo­quant la porte d’entrée. Il ne peut donc enga­ger aucune recon­nais­sance pour le moment.

Paral­lè­le­ment, le pre­mier secours emme­né par le ser­gent Allan Huy­ghe, fraî­che­ment affec­té à Cham­pi­gny, est déjà sur les lieux, de l’autre côté du jar­din avec ses équipes. En sui­vant les tuyaux sur le sol, le ser­gent-chef Car­mont par­vient à le rejoindre. Les deux hommes s’avancent vers le bâti­ment sinis­tré et découvrent l’ampleur des dégâts : la qua­si-tota­li­té du bâti­ment s’est effon­drée, il y a sûre­ment encore des gens coin­cés sous les décombres.

Des­sin René Dosne — Repro­duc­tion interdite

Face à la quan­ti­té d’appels reçus, les opé­ra­teurs du centre de sui­vi opé­ra­tion­nel du deuxième grou­pe­ment d’incendie et de secours ont déjà anti­ci­pé l’envoi de moyens médi­caux sur l’intervention. Ain­si, le véhi­cule léger infir­mier, sta­tion­né à Cham­pi­gny, est sur le point d’arriver.

TOP SILENCE
La prio­ri­té est de retrou­ver d’éventuelles vic­times, avec ses équipes. Le ser­gent Huy­ghe réa­lise un « TOP SILENCE », une tech­nique consis­tant à impo­ser le silence pen­dant un laps de temps afin d’écouter des sons éma­nant de poten­tielles vic­times ense­ve­lies. Au bout de quelques secondes, une très faible voix sor­tant des décombres se fait entendre. Dans l’obscurité, les hommes du ser­gent Huy­ghe découvrent un corps coin­cé dont seul le pied dépasse des décombres. En quelques ins­tants, les sol­dats du feu dégagent la vic­time. Une femme d’une soixan­taine d’années, pré­sen­tant de mul­tiples frac­tures, est dans un état cri­tique. Sa prise en charge doit se faire très rapi­de­ment. Mais l’odeur de gaz s’intensifie, le ser­gent Huy­ghe craint le pire pour ses équipes.

La déci­sion est prise de trans­por­ter la vic­time jusqu’à la mai­son la plus proche. Mal­heu­reu­se­ment elle tombe en arrêt car­dio-res­pi­ra­toire. Rapi­de­ment les gestes de sau­ve­garde et le mas­sage car­diaque sont mis en place. En vain. Elle décé­de­ra quelques ins­tants plus tard. L’intervention prend alors une dimen­sion tragique.

Le capi­taine Coren­tin Le Tal­lec se pré­sente à son tour sur les lieux de l’intervention. Pour lui, le risque d’explosion n’est pas du tout écar­té et cela le pré­oc­cupe énor­mé­ment. Il rejoint le chef Car­mont et l’informe qu’il va prendre le COS de l’intervention. À la radio, il demande une deuxième sec­tion de recherche et de sau­ve­tage en milieu urbain (RSMU) pour venir com­plé­ter la pre­mière deman­dée par le chef de garde. Cette sec­tion est consti­tuée de spé­cia­listes en sau­ve­tage déblaie­ment et de spé­cia­listes cyno­tech­niques. L’officier dis­tri­bue les mis­sions, le ser­gent-chef Car­mont est char­gé de la recherche de vic­times en sur­face et le chef d’agrès du four­gon du centre de secours de Saint-Maur, lui, est char­gé des recon­nais­sances péri­phé­riques. Un agent GRDF s’affaire désor­mais à col­ma­ter la fuite de gaz pro­ve­nant de l’une des deux citernes. Le ser­gent-chef Car­mont demande à ses hommes de ne pas péné­trer dans les décombres, d’une part car le sol est instable, et d’autre part, pour ne pas pol­luer le site d’odeurs humaines, cela nui­rait à l’efficacité olfac­tive des chiens.

RSMU SE PRÉSENTE…
Dans la rue, un homme aborde le capi­taine Le Tal­lec et lui décrit la confi­gu­ra­tion du bâti­ment. L’aile concer­née par l’explosion est consti­tuée de cinq appar­te­ments et celui situé à l’extrémité est un duplex. Le souffle a rava­gé trois loge­ments. Le jeune couple habi­tant au pre­mier étage est mira­cu­lé. L’effondrement de la chambre s’est stop­pé au niveau du lit ! Même la tête de lit est tom­bée avec le pan de mur… Ils ont échap­pé au pire.

Le radar X3 Finder peut détecter
des battements cardiaques…

Au cœur du désastre, les spécialistes du GAS
Major Sylvain Jobart — Officier PC appui

« Lors de cette inter­ven­tion, le ser­gent-chef Car­mont a fait une demande d’une sec­tion RSMU. À la BSPP, celle-ci est com­po­sée de deux groupes RSMU (VRSD/​CESD + VIMP) et d’un groupe cyno­tech­nique avec vété­ri­naire. L’ensemble est mené par un chef de sec­tion RSMU. L’intervention étant d’ampleur, et sur pro­po­si­tion du chef de sec­tion RSMU, le capi­taine Le Tal­lec a deman­dé une sec­tion sup­plé­men­taire. Par l’intermédiaire des CIAM (conven­tions inter­dé­par­te­men­tales d’assistance mutuelle), la BSPP a pu béné­fi­cier du ren­fort du SDIS 77 voi­sin. Deux uni­tés USAR (uni­té de sau­ve­tage d’appui et de recherche, nou­velle déno­mi­na­tion natio­nale pour la spé­cia­li­té SD) pro­ve­nant des centres de secours de Chelles et de Fon­tai­ne­bleau ont répon­du pré­sentes. Néan­moins, les délais de pré­sen­ta­tion de ces deux uni­tés étant plus longs, le GAS a rapi­de­ment mis sur pied un groupe RSMU de cir­cons­tance com­po­sé de mili­taires spé­cia­listes RSMU de l’état-major du grou­pe­ment.
L’explosion s’est pro­duite dans un envi­ron­ne­ment déga­gé, ce qui a per­mis de faci­li­ter l’engagement des sau­ve­teurs. Le bâti­ment de construc­tion tra­di­tion­nelle d’un seul niveau sur rez-de-chaus­sée s’est effon­dré « à plat », ce qui n’a lais­sé qua­si­ment aucune chance de sur­vie aux per­sonnes situées aux étages infé­rieurs. L’action des équipes cyno­tech­niques a per­mis d’obtenir rapi­de­ment un mar­quage olfac­tif qui s’est sui­vi d’un déblai métho­dique et sélec­tion­né des décombres per­met­tant le déga­ge­ment d’une vic­time ense­ve­lie. Pour com­plé­ter la recherche cyno­tech­nique, nous avons uti­li­sé un nou­vel outil de recherche de per­sonnes ense­ve­lies. Le Radar X3 Fin­der est un appa­reil spé­cia­li­sé uti­li­sant une com­bi­nai­son de tech­no­lo­gies micro-ondes basse fré­quence de pointe. Il per­met de détec­ter des signes de vie humaine tels que les bat­te­ments car­diaques et des mou­ve­ments res­pi­ra­toires à tra­vers des bar­rières phy­siques équi­va­lentes à 30 cm de béton. En cours de déve­lop­pe­ment depuis deux ans au sein du GAS, il est un atout sup­plé­men­taire dans la fonc­tion RSMU. Par ailleurs, la mise en œuvre du robot d’appui poly­va­lent (RAP) a per­mis de trans­por­ter, au plus près et sans effort, les outils majeurs néces­saires à la manœuvre de recherche et de sau­ve­tage. Chiens, robots, radar, décou­page, étaie­ment et déblaie­ment : cette inter­ven­tion nous a per­mis d’utiliser beau­coup de fonc­tions opé­ra­tion­nelles. Cette expé­rience sup­plé­men­taire per­met éga­le­ment de confor­ter et de ren­for­cer la capa­ci­té de la BSPP sur la scène internationale. »

La sec­tion RSMU se pré­sente à 6 h 30 et entame la recherche d’une poten­tielle autre vic­time. Les équipes cyno­tech­niques entrent en scène, les recherches s’annoncent longues. Le capi­taine fait face à une dif­fi­cul­té de recen­se­ment et de loca­li­sa­tion des habi­tants res­ca­pés de l’immeuble. Une femme apeu­rée s’approche. Elle est sans nou­velle de sa mère qui vit dans un des appar­te­ments sinis­trés. Les sau­ve­teurs ont main­te­nant la qua­si cer­ti­tude qu’au moins une per­sonne est encore blo­quée sous les décombres. Les heures passent et les chances de sur­vie s’amenuisent. Vers 8 h 00, les chiens flairent une piste. Celle-ci est confir­mée par l‘appareil de détec­tion de per­sonnes ense­ve­lies. Il fau­dra près d’une heure aux spé­cia­listes RSMU pour déga­ger la deuxième vic­time. Mal­heu­reu­se­ment, celle-ci n’a pas sur­vé­cu à l’effondrement de son appar­te­ment.
Tout au long de la jour­née, les recherches conti­nuent, plus per­sonne ne manque à l’appel, mais il faut en être sûr… Au cré­pus­cule, les recherches s’arrêtent et une sur­veillance est mise en place afin de s’assurer que l’immeuble ne s’effondrera pas plus.

Mal­gré l’engagement sans faille des sol­dats du feu, le bilan est tra­gique. Ce jour-là, deux per­sonnes ont per­du la vie.


L’œil de l’OSG
Lieutenant-colonel David Guenanten

« Ma mis­sion sur cette opé­ra­tion est de mettre de l’huile dans les rouages. J’ai déci­dé de lais­ser le com­man­de­ment des opé­ra­tions de secours au capi­taine Le Tal­lec car à mon sens, il n’y avait pas d’éléments de pres­sion sur les secours. Mon rôle était donc d’appuyer le COS dans sa prise de déci­sion. Durant l’intervention, nous avons eu quelques inquié­tudes. Pen­dant plus de cinq heures nous avons eu des doutes concer­nant le nombre de vic­times man­quantes à l’appel. En paral­lèle, l’une des pro­blé­ma­tiques qui a concen­tré mon atten­tion a été la ges­tion de la fuite sur la citerne de gaz pro­pane qu’il a fal­lu col­ma­ter puis vider en lien avec GRDF et ANTARGAZ. Com­plexe et dan­ge­reuse, la zone d’effondrement a pu être sécu­ri­sée par la sec­tion RSMU. Le savoir-faire tech­nique des spé­cia­listes en sau­ve­tage déblaie­ment du grou­pe­ment d’appuis et de secours, com­bi­né au tra­vail remar­quable des équipes cyno­tech­niques de la BSPP et du SDIS 77, a per­mis de mener l’opération de la meilleure des manières. »


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