PORTRAIT - René Dosne : pompier, bon œil

Harry Couvin
5 juin 2020

#BrigadeInside – Savoir dessiner, c’est savoir observer. Et René Dosne s’est servi de cette qualité pour passer du dessin d’enfant au croquis opérationnel. Depuis plus de cinquante ans, à la BSPP, comme dans d’autres corps de sapeurs-pompiers, lors des grands feux, le point de vue du dessinateur opérationnel est devenu indispensable.

Har­ry Cou­vin —  — Modi­fiée le 21 juillet 2024 à 21 h 58 

L’œil d’un bleu pro­fond pétille. La mous­tache fré­mit légè­re­ment. L’habituel sou­rire est bien là. Le cos­tume est impec­ca­ble­ment en place. Nous pou­vons com­men­cer l’interview.

On pour­rait se conten­ter de cette des­crip­tion pour que de nom­breux pom­piers de Paris recon­naissent René Dosne. Sa grande sil­houette a traî­né sur les plus impor­tantes inter­ven­tions de la BSPP depuis les années soixante. Autant dire qu’il en a croi­sé des sapeurs-pompiers…

De sa pas­sion d’enfant pour les camions rouges, il a créé un métier désor­mais incon­tour­nable lors des feux de grandes ampleurs puisqu’il per­met au com­man­dant des opé­ra­tions de secours (COS) de visua­li­ser les bâti­ments, les accès et les struc­tures dans leur glo­ba­li­té. Mais sur­tout vu d’un œil pom­pier. « Le des­si­na­teur opé­ra­tion­nel ne des­sine pas ce qu’il voit, mais ce qui est utile de voir » sou­ligne-t-il lui-même.

Du feu d’entrepôt aux inter­ven­tions majeures, la qua­li­té du des­sin opé­ra­tion­nel est plus tech­nique qu’artistique. Elle peut s’avérer déci­sive, quand elle per­met de gagner du temps ou de signa­ler les points par­ti­cu­liers de la struc­ture. Un tra­vail qui oblige à faire le tour du feu, à aller au plus près des porte-lances, et effec­tuer quelques repé­rages à l’intérieur quand cela est pos­sible. Ensuite, il faut réa­li­ser un cro­quis opé­ra­tion­nel qui peut paraître suc­cinct à pre­mière vue, mais qui en réa­li­té, donne énor­mé­ment de ren­sei­gne­ments pré­cieux au moment de prendre des déci­sions tac­tiques. Tout ça, dans les plus brefs délais.

Dans le cadre de cer­taines inter­ven­tions majeures, le des­si­na­teur opé­ra­tion­nel va, à par­tir de ce cro­quis de base, le retra­vailler pour livrer une sorte résu­mé visuel de l’ac­tion. Un docu­ment qui ser­vi­ra tant pour les Retex que pour la pos­té­ri­té. Le genre d’illus­tra­tions que vous pou­vez appré­cier dans tous les numé­ros d’AL­LO DIX-HUIT.

Pen­dant plus de trente ans, René fut un élec­tron libre dans l’or­ga­ni­sa­tion géné­rale de la BSPP. Plus ou moins sous la cas­quette d’AL­LO DIX-HUIT, il a œuvré au milieu des engins, au plus près de l’ac­tion, armé d’un crayon et d’un bloc, casque sur la tête et cuir sur les épaules, sans avoir ni sta­tut, ni rela­tion d’emploi avec l’Ins­ti­tu­tion. Détail cocasse quand on connaît la rigueur mili­taire du Corps.

Néan­moins, à chaque inter­ven­tion d’am­pleur, il est pré­ve­nu et il se rend le plus vite pos­sible sur les lieux. Dans ces débuts, notre des­si­na­teur n’a­vait ni télé­phone per­son­nel, ni voi­ture. Son point de contact se situait au café en bas de chez lui. Pour le joindre en pleine nuit, l’opérateur lais­sait l’a­dresse du sinistre au cafe­tier qui appe­lait René à tra­vers la cour réveillant en même temps la qua­si-tota­li­té de l’im­meuble. Et hop, en tenue de feu, il sau­tait dans un taxi vers de nou­veaux croquis.

Au fur et à mesure des expé­riences, il a déve­lop­pé une sorte de gram­maire du des­sin opé­ra­tion­nel en mélan­geant le cro­quis basique avec une maî­trise des volumes à res­pec­ter pour que l’en­semble soit utile au COS. Une vue d’en­semble trans­pa­rente qu’au­cun maté­riel ne peut four­nir. Mais si René Dosne reste modeste sur le sujet, il n’en faut pas moins une expé­rience consi­dé­rable et une agi­li­té d’es­prit pour recou­per toutes les obser­va­tions pour les com­pi­ler sur un cro­quis effi­cace. Sens des fumées, empla­ce­ment des flammes, dégra­da­tions des bâti­ments, tout peut être pri­mor­dial à condi­tion de savoir obser­ver scru­pu­leu­se­ment. Dans son tour du feu, quand le COS décèle les détails impor­tants, le des­si­na­teur opé­ra­tion­nel, lui, les enre­gistre à main levée pour réa­li­ser une vue glo­bale le plus rapi­de­ment possible.

Au fil des années, le des­sin opé­ra­tion­nel de René est deve­nu tel­le­ment essen­tiel, que le géné­ral Prieur for­mule la ques­tion de la péren­ni­sa­tion de la tech­nique et de la méthode. En 2009, le LCL Dosne (désor­mais réser­viste) com­mence à for­mer d’autres des­si­na­teurs à sa tech­nique. Le savoir-faire s’ex­porte même en dehors de la BSPP, puis­qu’il n’est pas rare de voir René dis­pen­ser des for­ma­tions dans les SDIS, qui ont vite per­çu l’in­té­rêt opé­ra­tion­nel, sur­tout dans les milieux urbains les plus dense.

Si René a éga­le­ment fait évo­luer ses outils au fil des années et des muta­tions tech­niques. Du feutre au des­sin sur ordi­na­teur, puis avec les logi­ciels de 3D, il est aujourd’hui dans la course à la réa­li­té vir­tuelle. Avec l’ap­pui de ses fils, il s’est ser­vi de son expé­rience pour digi­ta­li­ser les locaux de quelques bâti­ments aus­si sym­bo­liques que la tour Socié­té Géné­rale à La Défense. Cette tech­nique per­met de visua­li­ser les accès inté­rieurs, les points d’eau, les che­mi­ne­ments, direc­te­ment sur une tablette infor­ma­tique du pied de l’immeuble. Nous sommes bien au XXIe siècle.

Autre talent du lieu­te­nant-colo­nel de réserve Dosne, la bande-des­si­née Flam­mèche et Cor­no­feu qui anime l’antépénultième page de notre maga­zine papier. Une tradition.

Pour l’ensemble de son œuvre, René a été éle­vé au rang de Che­va­lier dans l’ordre de la Légion d’honneur par le géné­ral de divi­sion Jean-Claude Gal­let, lors de la céré­mo­nie du 18 sep­tembre 2019. Un moment très émou­vant pour deux hommes qui se connaissent et s’ap­pré­cient depuis de nom­breuses années, ou plu­tôt, depuis de nom­breuses interventions.

Flam­mèche et Cor­no­feu, une bande des­si­née de René Dosne qui ter­mine chaque numé­ro d’article

Credits

Photos : DR et BSPP

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1 réaction

Michel NIQUET
22 septembre 2021

René je l’ai ren­con­tré plu­sieurs fois, je pos­sède tous ses des­sins d’en­fant, car la revue La Flam­beau dont le Fon­da­teur est le Géné­ral Charles Ferauge, lui avait consa­cré un livre.
J’ ai tou­jours été en admi­ra­tion devant le magni­fique tra­vail de cet homme admi­rable, je lui sou­haite sa Fête et je la contact par internet.
Je ne pense pas qu’ il y est eu beau­coup d’hommes qui ont fait une aus­si longue car­rière que lui.
Cette médaille que lui a remis le Géné­ral Gal­let est une belle récom­pense pour ce grand dessinateur.
Cordialement.
Et un grand bra­vo à tous nos braves et cou­ra­geux sol­dats du feu, ami­tié à tous.
Michel

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