
Associatif — Du 5 au 7 mai 2025, deux équipages, composés d’officiers stagiaires issus de toutes les armées et d’orphelins de militaires, ont embarqué pour une traversée exceptionnelle entre Toulon et la Corse, sur les traces du célèbre sous-marin Casabianca. Organisée par l’École de Guerre, cet évènement avait notamment pour objectif de soutenir les associations d’entraide de la Défense qui œuvrent au quotidien pour les familles des armées endeuillées ou éprouvées.
Andréa-Lucas, un orphelin que l’ADOSSPP accompagne, a pris part à cette opération. Il revient pour nous sur cette expérience passionnante.
“ Le 5 mai, la cérémonie de départ était riche humainement : il y avait beaucoup d’anciens du Casabianca dont le plus ancien qui a fait partie de l’équipage mythique, mais également l’ancien second du Casabianca actuel.
Le départ a été donné en début d’après-midi. Les deux premiers jours ont été compliqués pour moi. On m’a expliqué qu’il y a deux types de mal de mer : le roulis et le tangage. J’ai vite compris que j’étais sensible au roulis et malheureusement, c’était le roulis qui caractérisait l’aller vers la Corse !
Mais dès l’arrivée sur l’Île de Beauté, avant même de poser le pied à terre, j’ai été émerveillé la vue du village depuis le bateau. Une fois sur la terre ferme, après un petit temps pour nous préparer, nous nous sommes dirigés vers la stèle qui commémore le débarquement du sous-marin Casabianca, magnifiquement refaite à la main par des artisans corses. Nous avons alors assisté à la cérémonie militaire en présence du maire, de membres de la famille de l’équipage du sous-marin durant la Seconde Guerre mondiale et de civils. Pour moi, ce fut un moment très poignant, important et symbolique, tout particulièrement avec les militaires en uniforme, la Marseillaise, le chant des partisans (en langue corse),…
J’en retiens aussi des rencontres très surprenantes comme cet ancien pompier de Paris ayant conduit durant 3h pour venir nous voir. Après la cérémonie, nous sommes redescendus à Cargèse et cet émerveillement s’est accentué par ce que je voyais : un petit village avec deux églises de style différent se faisant face, une importante verdure,…
Nous avons ensuite repris la mer pour rentrer à Toulon. Durant le retour, je me sentais mieux car cette fois-ci le bateau… tanguait ! Nous avons navigué de nuit dans des conditions plutôt calmes (même si le bateau bougeait énormément). La nuit semblait irréelle : un paysage noir et blanc, fortement éclairé par une lune blanche.
En revanche, le matin était magnifique : un soleil rouge se levant progressivement, s’élevant dans le ciel. En fin de journée, nous avons fait un stop à l’île de Porquerolles et nous avons dîner dans les bateaux. Au cours de ce repas, nous avons pris le temps d’échanger avec les officiers de l’École de Guerre, une conversation très enrichissante.
Nous avons à nouveau appareillé à partir de 4 h 45 du matin pour nous diriger vers Toulon. Nous sommes arrivés au petit matin au Club nautique de la Marine de Toulon. Nous avons alors nettoyé les bateaux avant de nous réunir pour faire un petit debrief avant de nous quitter.
Pour moi, cette semaine de voile était globalement superbe. Sur le bateau, il y avait une très bonne ambiance, conviviale et agréable avec beaucoup de rire, d’anecdotes, de conversations sur nos vies, sur notre ressenti. Une très belle expérience dont je garderai d’excellents souvenirs !”
CBA Pierre de Bouvier : « Conjoints, enfants et familles de soldats, VOUS ÊTES SOUTENUS par les associations d’entraide ! »
Le chef de bataillon Pierre de Bouvier, ayant servi à la BSPP au GIS1 jusqu’en 2020, actuellement à l’Ecole de Guerre, faisait partie de l’opération. Il répond à quelques-unes de nos questions.
Pouvez-vous nous présenter, en quelques mots, l’opération Casabianca ? L’opération Casabianca est un défi solidaire, mémoriel et sportif conduit par sept officiers de la 32ᵉ promotion de l’École de guerre. Elle s’est déroulée au printemps 2025 entre Toulon et les côtes corses, avec un moment fort le 7 mai à proximité de l’anse de Topiti, lors d’une cérémonie commémorative en hommage à l’équipage du sous-marin Casabianca et de l’opération Pearl Harbor (préparation de la libération de la Corse occupée par les Italiens).
Durant plusieurs jours de navigation en mer Méditerranée, dans des conditions météorologiques exigeantes, les équipages ont mis en pratique les principes de solidarité, d’entraide et d’esprit d’équipage. La discipline imposée par la vie en mer a permis de forger une véritable force morale collective. Cette expérience a ainsi offert un terrain d’apprentissage unique pour les orphelins comme pour les officiers, où l’esprit d’engagement et le sens du collectif se sont renforcés dans l’action.
L’Opération Casabianca a pleinement incarné la vocation des armées à contribuer à renforcer ses liens avec la Nation et à participer au renforcement de la résilience nationale. En rendant hommage aux anciens, en accompagnant les familles endeuillées et en formant les jeunes adultes à l’exigence de la vie collective, cette mission a illustré la manière dont l’esprit de corps militaire peut irriguer la société civile. Elle rappelle que la force morale, pierre angulaire de la cohésion nationale, se cultive par la mémoire et l’engagement.
Dans ce projet solidaire, plusieurs orphelins des armées étaient impliqués. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi et en quoi c’était important ? La présence de plusieurs orphelins de militaires n’est pas un simple geste symbolique : elle incarne profondément le sens du lien Armées-Nation et la dimension humaine de la mémoire militaire. Ces jeunes, issus de familles endeuillées, ont été associés au projet non seulement en tant qu’héritiers d’un engagement entier au service de la France, mais aussi comme acteurs à part entière d’une aventure collective fondée sur la solidarité, le dépassement de soi et l’esprit de corps.
Leur participation répond d’abord à un impératif moral rappelé par le Président de la République : « Il n’y a pas de force morale durable sans lien fort avec nos blessés, leurs familles ainsi qu’avec les familles endeuillées ». Être embarqués à bord aux côtés d’officiers, dans des conditions exigeantes, leur a permis de vivre une expérience forte, à la fois physique et symbolique, où la mémoire de leur parent tombé pour la France se transforme en moteur de résilience. La communauté militaire reste présente au-delà du sacrifice. Les armées et les associations d’entraide de la Défense prennent soin de ceux qui ont donné leur vie pour la France.
Enfin, ces jeunes sont devenus des relais vivants de la mémoire et de l’engagement, réinscrivant leur histoire personnelle dans une aventure nationale. Leurs témoignages, leur engagement à bord, leur courage discret ont nourri l’esprit d’équipages.
Pourquoi avoir tenu à soutenir les associations d’entraide de la Défense, dont l’ADOSSPP ? Soutenir les associations d’entraide de la Défense, dont les œuvres sociales des pompiers de Paris, dans le cadre de l’opération Casabianca, relève d’un choix cohérent, solidaire et profondément intrinsèque à notre identité militaire. Ces associations jouent un rôle essentiel et souvent discret dans le soutien aux familles touchées par les blessures ou la perte d’un proche en service, en incarnant concrètement les valeurs de fraternité, de mémoire et de fidélité qui fondent la communauté militaire. Nous voulons dire aux militaires et surtout à leur famille : « conjoints, enfants et familles de soldats, VOUS ÊTES SOUTENUS par les associations d’entraide ! ».
Intégrer les associations d’entraide à cette opération, c’est reconnaître publiquement leur action quotidienne au profit des orphelins, des veuf.ves, des blessés, mais aussi des militaires en difficulté. En embarquant des jeunes issus de ces dispositifs, l’opération Casabianca leur offre un hommage et une place centrale dans cette aventure.
Enfin, en associant les œuvres sociales des pompiers de Paris, le projet élargit le lien Armées-Nation à l’ensemble des forces de sécurité engagées pour la protection des Français. Ce geste renforce la cohésion de la communauté de défense et de sécurité intérieure, pilier de la force morale nationale. L’ADOSSPP nous a d’ailleurs accompagné jusque sur le quai à Toulon !