Grands formats – Le retour de la guerre de haute intensité en Europe replace l’hypothèse d’un engagement majeur au cœur de la préparation des armées et de la résilience nationale. Cette hypothèse ne concerne pas seulement les forces engagées sur un théâtre d’opérations. Elle peut aussi avoir des conséquences directes sur le territoire national : afflux de victimes, menaces hybrides, tensions sur les réseaux, actions de déstabilisation, voire bombardements et attaques de drones.
Pour anticiper cette montée de la menace, les armées s’appuient notamment sur les stades de défense (STADEF), du STADEF 5, correspondant à une situation stable, jusqu’au STADEF 1, associé à l’état de guerre. Dans ce contexte, comment la BSPP peut-elle préserver la continuité de ses missions dans un environnement fortement dégradé, faire face à une hausse et à une diversification de la sollicitation ?
La BSPP dispose pour cela de fondements solides. Unité militaire de l’armée de Terre, elle est placée pour emploi sous l’autorité du préfet de police. En cas de crise majeure, ce statut facilite le rappel de personnels et une remontée rapide en puissance.
Une telle crise pourrait toutefois modifier autant le volume que la nature des interventions. Aux sinistres habituels pourraient s’ajouter des incendies volontaires, des départs de feu simultanés ou des troubles urbains coordonnés ou instrumentalisés afin perturber le fonctionnement de la capitale.
L’histoire l’a déjà montré. Pendant les deux guerres mondiales, les sapeurs-pompiers de Paris ont poursuivi leurs missions malgré les bombardements. En 1944, le Régiment intervient notamment au secours de la population de Rouen. Plus récemment, la guerre en Ukraine illustre des services de secours confrontés à des incendies provoqués par des frappes, à des infrastructures atteintes et à un environnement fortement dégradé.
Cette capacité de remontée en puissance concerne également le domaine sanitaire. Avec sa division santé, la BSPP dispose notamment de médecins capables d’assurer le secours d’urgence quotidien, mais aussi de contribuer, si nécessaire, au soutien sanitaire des armées. En cas de retour massif de blessés depuis un théâtre d’opérations, elle pourrait également participer à l’armement de « hubs sanitaires » chargés d’accueillir les blessés, d’évaluer leur état puis de les répartir au mieux et selon les pathologies entre les différents établissements hospitaliers de la zone de défense afin d’éviter leur saturation.
Mais la résilience suppose aussi de pouvoir durer. La BSPP dispose d’un soutien intégré et de capacités propres. Cette autonomie constitue de facto un atout lorsque qu’il faut maintenir l’activité opérationnelle dans la durée. Le modèle doit néanmoins être régulièrement éprouvé afin d’en identifier les fragilités.
C’est tout l’intérêt de « stresser » le modèle. Dans la nuit du 16 au 17 avril 2026, la BSPP a ainsi conduit sur les quais de Seine un exercice majeur simulant un attentat faisant de nombreuses victimes. Près de 500 intervenants ont été mobilisés aux côtés de la Croix-Rouge française, des unités de la Préfecture de police, du Sécrétariat général de la Zone de défense et de sécurité et de la Ville de Paris. L’objectif était d’éprouver la montée en puissance des échelons de commandement et la coordination interservices.
En effet, la BSPP ne peut pas répondre seule à des crises de cette ampleur sur le long terme. Les associations agréées de sécurité civile, les réservistes ou encore les volontaires service civique peuvent alors contribuer à absorber une partie de la sollicitation courante et permettre aux militaires d’active de remplir d’autres missions. Cela pourrait ainsi dégager certains cadres ou personnels médicaux afin d’appuyer les armées sur le territoire national ou hors métropole.
Cette résilience revêt enfin une importance particulière sur le secteur de la BSPP. Paris et sa petite couronne concentrent de nombreuses institutions politiques et des activités économiques majeures. Maintenir la capacité de secours contribue donc à protéger la population, mais aussi à garantir la continuité de l’exercice de l’autorité publique et le fonctionnement de l’économie, deux enjeux essentiels identifiés par le SGDSN.
Cela oblige la BSPP à préparer simultanément la continuité de ses missions, son éventuelle remontée en puissance et sa capacité à contribuer à l’effort national. Son statut militaire et son ancrage au cœur de la capitale lui donnent pour cela une place singulière, à la croisée du secours, de la résilience et de la défense.