Hypothèse d’engagement majeur : la BSPP à l’épreuve de la résilience

Capi­taine Clé­ment Lamouille —  — Modi­fiée le 14 octobre 2026 à 9 h 12 

Grands formats – Le retour de la guerre de haute intensité en Europe replace l’hypothèse d’un engagement majeur au cœur de la préparation des armées et de la résilience nationale. Cette hypothèse ne concerne pas seulement les forces engagées sur un théâtre d’opérations. Elle peut aussi avoir des conséquences directes sur le territoire national : afflux de victimes, menaces hybrides, tensions sur les réseaux, actions de déstabilisation, voire bombardements et attaques de drones.

Pour anti­ci­per cette mon­tée de la menace, les armées s’appuient notam­ment sur les stades de défense (STADEF), du STADEF 5, cor­res­pon­dant à une situa­tion stable, jusqu’au STADEF 1, asso­cié à l’état de guerre. Dans ce contexte, com­ment la BSPP peut-elle pré­ser­ver la conti­nui­té de ses mis­sions dans un envi­ron­ne­ment for­te­ment dégra­dé, faire face à une hausse et à une diver­si­fi­ca­tion de la sollicitation ?

La BSPP dis­pose pour cela de fon­de­ments solides. Uni­té mili­taire de l’armée de Terre, elle est pla­cée pour emploi sous l’autorité du pré­fet de police. En cas de crise majeure, ce sta­tut faci­lite le rap­pel de per­son­nels et une remon­tée rapide en puissance.

Une telle crise pour­rait tou­te­fois modi­fier autant le volume que la nature des inter­ven­tions. Aux sinistres habi­tuels pour­raient s’ajouter des incen­dies volon­taires, des départs de feu simul­ta­nés ou des troubles urbains coor­don­nés ou ins­tru­men­ta­li­sés afin per­tur­ber le fonc­tion­ne­ment de la capitale.

L’histoire l’a déjà mon­tré. Pen­dant les deux guerres mon­diales, les sapeurs-pom­piers de Paris ont pour­sui­vi leurs mis­sions mal­gré les bom­bar­de­ments. En 1944, le Régi­ment inter­vient notam­ment au secours de la popu­la­tion de Rouen. Plus récem­ment, la guerre en Ukraine illustre des ser­vices de secours confron­tés à des incen­dies pro­vo­qués par des frappes, à des infra­struc­tures atteintes et à un envi­ron­ne­ment for­te­ment dégradé.

Cette capa­ci­té de remon­tée en puis­sance concerne éga­le­ment le domaine sani­taire. Avec sa divi­sion san­té, la BSPP dis­pose notam­ment de méde­cins capables d’assurer le secours d’urgence quo­ti­dien, mais aus­si de contri­buer, si néces­saire, au sou­tien sani­taire des armées. En cas de retour mas­sif de bles­sés depuis un théâtre d’opérations, elle pour­rait éga­le­ment par­ti­ci­per à l’armement de « hubs sani­taires » char­gés d’accueillir les bles­sés, d’évaluer leur état puis de les répar­tir au mieux et selon les patho­lo­gies entre les dif­fé­rents éta­blis­se­ments hos­pi­ta­liers de la zone de défense afin d’éviter leur saturation.

Mais la rési­lience sup­pose aus­si de pou­voir durer. La BSPP dis­pose d’un sou­tien inté­gré et de capa­ci­tés propres. Cette auto­no­mie consti­tue de fac­to un atout lorsque qu’il faut main­te­nir l’activité opé­ra­tion­nelle dans la durée. Le modèle doit néan­moins être régu­liè­re­ment éprou­vé afin d’en iden­ti­fier les fragilités.

C’est tout l’intérêt de « stres­ser » le modèle. Dans la nuit du 16 au 17 avril 2026, la BSPP a ain­si conduit sur les quais de Seine un exer­cice majeur simu­lant un atten­tat fai­sant de nom­breuses vic­times. Près de 500 inter­ve­nants ont été mobi­li­sés aux côtés de la Croix-Rouge fran­çaise, des uni­tés de la Pré­fec­ture de police, du Sécré­ta­riat géné­ral de la Zone de défense et de sécu­ri­té et de la Ville de Paris. L’objectif était d’éprouver la mon­tée en puis­sance des éche­lons de com­man­de­ment et la coor­di­na­tion interservices.

En effet, la BSPP ne peut pas répondre seule à des crises de cette ampleur sur le long terme. Les asso­cia­tions agréées de sécu­ri­té civile, les réser­vistes ou encore les volon­taires ser­vice civique peuvent alors contri­buer à absor­ber une par­tie de la sol­li­ci­ta­tion cou­rante et per­mettre aux mili­taires d’active de rem­plir d’autres mis­sions. Cela pour­rait ain­si déga­ger cer­tains cadres ou per­son­nels médi­caux afin d’appuyer les armées sur le ter­ri­toire natio­nal ou hors métropole.

Cette rési­lience revêt enfin une impor­tance par­ti­cu­lière sur le sec­teur de la BSPP. Paris et sa petite cou­ronne concentrent de nom­breuses ins­ti­tu­tions poli­tiques et des acti­vi­tés éco­no­miques majeures. Main­te­nir la capa­ci­té de secours contri­bue donc à pro­té­ger la popu­la­tion, mais aus­si à garan­tir la conti­nui­té de l’exercice de l’autorité publique et le fonc­tion­ne­ment de l’économie, deux enjeux essen­tiels iden­ti­fiés par le SGDSN.

Cela oblige la BSPP à pré­pa­rer simul­ta­né­ment la conti­nui­té de ses mis­sions, son éven­tuelle remon­tée en puis­sance et sa capa­ci­té à contri­buer à l’effort natio­nal. Son sta­tut mili­taire et son ancrage au cœur de la capi­tale lui donnent pour cela une place sin­gu­lière, à la croi­sée du secours, de la rési­lience et de la défense.



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