Retour d’inter – “21 h 18 : l’alerte retentit à la caserne. Un accident impliquant plusieurs véhicules s’est produit dans le tunnel du périphérique intérieur (secteur Auteuil). Face à un bilan incertain mêlant motos et voiture sur le toit, le FPTL 203 et le VSAV 465 des pompiers de Paris (BSPP) ont été projetés sur les lieux en seulement onze minutes. Plongez au cœur de cette intervention d’urgence.”
« Ma première image en arrivant, c’est la circulation qui ralentit à l’entrée du tunnel, et je vois d’abord la voiture sur le toit. Pour moi, c’est grave, se souvient le sergent Dimitri Zammit, primo-intervenant et qui sera commandant des opérations de secours jusqu’au bout. Je vois les gens qui continuent à rentrer sur le périph’, qui accélèrent, qui esquivent les véhicules. En fait, il y a une moto à terre sur le côté gauche, une voiture sur le toit et 50 mètres plus loin, une Mini Cooper couchée sur le flanc. »
La violence du choc est impressionnante. « C’est la première fois que je vois un accident qui tape comme ça sur le périphérique parisien. À 21 h 00, c’est tout le temps bondé. Ça donnait l’impression d’un accident sur l’autoroute », détaille-t-il.
Sécuriser d’abord. Sa première décision : barrer le périphérique. « Je demande à mon conducteur de stationner le fourgon à l’entrée du tunnel pour sécuriser l’intervention. » Mais la situation est chaotique car « Il y a des gens qui s’arrêtent en bons samaritains pour porter secours, d’autres poursuivent à vive allure ». Ça zigzague de partout. La moto est sur la voie 1, le véhicule sur le toit sur la voie 4, et la voiture sur le flanc voie 3, 50 mètres plus loin. Et les scooters rendent la sécurisation encore plus dangereuse, car ils s’engagent tant que ce n’est pas
complètement barré.
Pour que la sécurité des intervenants soit maximum, la police ferme le tronçon de périphérique. L’efficacité de l’intervention va être totale.
Fort de deux caporaux-chefs dans son fourgon, le sergent Zammit peut rapidement déléguer les premières missions. « J’ai deux chefs d’équipe expérimentés. Ça me permet de leur confier directement les victimes et de me concentrer sur le commandement. » Une première équipe est envoyée sur le passager de la moto en urgence absolue pour réaliser les premiers soins et le stabiliser en attendant l’arrivée du SAMU. La seconde prend contact avec l’homme piégé dans la Mini Cooper. Un pompier effectue un maintien tête en attendant l’arrivée de l’ambulance de réanimation.
« Dans ce genre d’intervention, la difficulté c’est la reconnaissance. Avec autant de distance entre les véhicules, on peut retrouver des éjectés ou d’autres véhicules concernés. » La radio du sergent ne passe pas sous le tunnel. Il est obligé de courir jusqu’à la sortie pour passer le message. En passant par chaque véhicule accidenté, il essaie de comprendre l’ensemble de la situation. Mais ce n’est pas évident.
Un choc en cascade sur 50 mètres. La scène est complexe. Une Mini Cooper électrique a perdu le contrôle dans le tunnel. Elle percute une moto sur le flanc droit, poursuit sa course, heurte un deuxième véhicule sur le flanc gauche qui se retourne sur le toit, puis termine elle-même sa course sur le flanc après plusieurs tonneaux, cinquante mètres plus loin.
« Dû au ralentissement du trafic, nous mettons du temps à accéder au lieu de l’accident », explique le docteur Mathilde Roger, médecin à bord de l’ambulance de réanimation (AR) 65 Champerret. Lorsque l’AR se présente sur les lieux, le SAMU est déjà présent et prend en charge le passager de la moto visiblement victime d’une fracture du fémur. De son côté le VSAV 194 Boulogne prend en charge la victime en urgence relative qui est sortie par
elle-même de son véhicule sur le toit. « La difficulté à notre arrivée est d’estimer le bilan victimaire, car je ne vois pas encore la Mini Cooper. »
Une chaîne de secours millimétrée. « Ce qui est intéressant, c’est le nombre de moyens déployés en très peu de temps, c’est assez spécifique à la région parisienne, souligne le docteur. Pour ma part cela me permet de concentrer mes efforts assez rapidement sur l’homme en urgence absolue (UA) piégé dans la Mini. Je dispose aussi d’un nombre d’engins suffisamment important. Ce qui nous permet de préparer sa sortie du véhicule et son évacuation médicale par la suite. »
Par ailleurs l’intervention est complétée par un véhicule léger infirmier (VLI) pour assister l’AR, un directeur des secours médicaux (DSM) pour coordonner l’intervention au niveau médical et ainsi permettre au docteur Roger de se focaliser sur sa victime.
Les minutes passent, le passager de la moto est transporté par l’équipage du SAMU vers un centre hospitalier. Le conducteur du véhicule sur le toit est également transporté par le VSAV 194. La dernière victime à devoir être prise en charge est le conducteur de la Mini toujours piégé dans son véhicule. « Ce qui me rassure au moment de la prise de contact avec ce monsieur, c’est de constater sa conscience. J’arrive tant bien que mal à prendre sa tension et sa saturation en posant l’appareil multiparamétrique à l’entrée de la voiture, mais je ne peux pas réaliser un vrai bilan tant que sa désincarcération n’est pas faite » détaille le docteur.
Sur des accidents de nature traumatique, le facteur temps est précieux, car l’état d’une victime peut se dégrader d’une minute à l’autre. Mais le tunnel est si bouché qu’il semble infranchissable. C’est là que l’anticipation du commandant des opérations de secours, le sergent Zammit, fait la différence : il décide d’engager le camion de désincarcération (CD) par la bretelle de sortie porte d’Auteuil.
« On se fait guider par la police pour prendre la bretelle à contresens, raconte le sergent-chef Florian Gobatto, chef d’agrès du CD. C’est un gain de temps considérable, on a gagné facilement 45 minutes à une heure. Sans ça, on aurait dû déplacer les véhicules un par un. »
Quinze minutes pour désincarcérer. À l’arrivée du CD 12 Créteil, la situation est claire : un homme piégé dans sa Mini Cooper électrique, conscient, mais somnolent, en position précaire. Le véhicule est sur le flanc côté passager, la victime s’est détachée et se retrouve pliée en deux, la tête contre la vitre.
Le chef d’agrès du CD analyse rapidement le véhicule sur une application dédiée. Premier constat : c’est un véhicule électrique, la batterie haute tension est dans le coffre, inaccessible, car les sièges électriques sont bloqués. « Ce qui me restait à l’esprit, c’est cette partie électrique qu’on n’aurait pas pu mettre en sécurité, confie-t-il. Mais le propriétaire m’a confirmé que la coupure s’était faite automatiquement. Le véhicule était en bon état général, pas de déformation importante, aucun signe de dégagement de fumée, le véhicule était donc sécurisé, il restait le calage à réaliser et la désincarcération de la victime. »
Le sergent-chef Gobatto prend directement contact avec le docteur Mathilde Roger. « Le médecin me laisse 15 – 20 minutes pour sortir la victime. Et idéalement, de lui garder un accès au niveau de la tête. »
Pour le médecin, les enjeux sont multiples : « Il était conscient, stable sur le plan hémodynamique. Néanmoins, sa saturation en oxygène diminuait, je lui en ai donc administré. Mon premier bilan : traumatisme thoracique de la ceinture, position compliquée qui gêne la respiration. Pas de traumatisme du rachis, il ne se plaignait pas de douleurs aux bras, ni aux jambes qu’il bougeait correctement ».
L’idée de manœuvre se dessine. Le chef Gobatto décide d’un calage du véhicule en trois points à l’aide de deux Stab-fast et d’une cale en escalier, puis ordonne à son équipe de créer un accès rapide par le toit panoramique vitré. « On a utilisé un glass master et une cisaille découpe pare-brise. C’était l’accès le plus simple pour que le médecin puisse garder un œil sur la victime ou pour l’extraire rapidement si son état se dégradait. »
La coordination au cœur de l’action. Cette coordination entre l’équipe médicale, l’équipe de désincarcération et le COS est au cœur de l’intervention. « C’est toujours un choix entre le temps, le confort et la sécurité, explique le médecin. Là, il y avait deux solutions : une extraction rapide par le toit panoramique ou attendre quinze minutes pour une sortie propre par le toit. Le patient était stable, j’ai dit OK pour un quart d’heure. »
Pour le sergent-chef Gobatto, un fois le véhicule sécurisé, il doit faire le point avec le médecin et le COS. « On leur dit ce qui est jouable, le temps que ça va prendre, et derrière on passe à l’idée de manœuvre. »

Pendant la découpe du toit, le docteur Roger surveille son patient et prépare sa « cueillette ». Le brancard est prêt avec tout le matériel d’immobilisation et de réchauffement : couvertures de survie, collier cervical et ceinture pelvienne par précaution. « La fracture du bassin est un traumatisme très sérieux et souvent impossible à identifier, sauf lésions apparentes, souligne le docteur. Dès qu’ils le sortent, on doit être en mesure de le conditionner immédiatement. »
Une machine bien huilée. Moins de 20 minutes après le début de la désincarcération, la victime est extraite sur un plan dur puis installée sur le brancard. Le docteur Roger a déjà passé son premier bilan radio : « Traumatisé sévère : grade Bravo (le stade le plus grave étant Alpha), prérégulation effectuée, place réservée au service de réanimation de l’hôpital Georges-Pompidou ».
Pendant qu’on conditionne la victime dans l’AR, le médecin régulateur appelle les réveils. La victime est déjà attendue à l’hôpital. On perfuse, on administre de l’Exacyl – un procoagulant — en prévention d’un saignement du bassin, mais aussi des antidouleurs. Pendant le trajet, le médecin effectue le bilan complet, ce qui permet d’accélérer les choses.
Au final, deux victimes en urgence absolue évacuées vers le même hôpital — le passager de la moto est pris en charge par le SAMU 75, le conducteur de la Mini Cooper par l’ambulance de réanimation. L’intervention s’achève vers 23 heures.
« Ce qui est important sur ce type d’intervention, c’est la communication entre les différents intervenants », s’accorde à dire le docteur et le sergent Zammit. Le chef Gobatto conclut : « Chacun à sa mission, ses contraintes, et son expertise sur un domaine. On communique alors étroitement pour trouver la solution la plus efficiente au bon déroulement de l’intervention et à la sécurité des victimes que nous prenons en charge ».