PARTENAIRES PARTICULIERS — Je demande… (3/​3)

Nicho­las Bady —  — Modi­fiée le 15 jan­vier 2026 à 17 h 14 

Grands formats – Lors de leurs interventions, les sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) agissent rarement seuls. De la Police nationale à la Direction des routes d’Île-de-France (DiRIF), la réussite des secours repose sur une coordination inter-services étroite. Découvrez qui sont ces partenaires opérationnels indispensables à la sécurité des Franciliens et comment ils soutiennent les soldats du feu sur le terrain.

Quand il s’agit de sécuriser les installations électriques en pleine intervention, Nicolas Laruelle est toujours… au courant. Technicien chez Enedis, il intervient aux côtés des pompiers de Paris pour sécuriser les biens et les personnes.

Pou­vez-vous vous pré­sen­ter ain­si que votre envi­ron­ne­ment de tra­vail ?
J’ai obte­nu un bac pro élec­tro­tech­nique en alter­nance dans une socié­té d’électricité. Ensuite, je suis entré chez Ene­dis à 19 ans — j’en ai 28 aujourd’hui. J’ai com­men­cé dans le ser­vice « clien­tèle », où l’on effec­tue chaque matin une tour­née de ren­dez-vous chez les par­ti­cu­liers. Cela concerne toutes les inter­ven­tions liées aux contrats d’électricité : mise en ser­vice d’un loge­ment, chan­ge­ment de comp­teur, aug­men­ta­tion de puis­sance, etc. Ene­dis est l’entreprise en charge de la dis­tri­bu­tion d’électricité, de l’entretien et du dépan­nage des réseaux sur l’ensemble du ter­ri­toire. Elle est orga­ni­sée en plu­sieurs direc­tions régio­nales. Je tra­vaille au sein de la direc­tion régio­nale Paris, plus pré­ci­sé­ment dans l’équipe d’interventions d’urgence et de dépan­nage. Ce ser­vice fonc­tionne en conti­nu, 7 jours sur 7, 24h sur 24, toute l’année. Nous sommes une tren­taine de tech­ni­ciens, à Paris, qui se relaient selon un rythme en 3 x 8 : 7h30 – 15h30, 15h30 – 23h30, et 23h30 – 7h30.

Dans quel cadre inter­ve­nez-vous avec les pom­piers de Paris ?
Aujourd’hui, je tra­vaille au sein de l’équipe d’interventions d’urgence et de dépan­nage. Une conven­tion a été signée avec la BSPP en 2023 pour qu’Enedis inter­vienne sys­té­ma­ti­que­ment à leur demande, prin­ci­pa­le­ment pour des mises en sécu­ri­té. Cela peut concer­ner un incen­die, une fuite d’eau ou un déga­ge­ment de monoxyde de car­bone, prin­ci­pa­le­ment. Notre rôle est de sécu­ri­ser les ins­tal­la­tions élec­triques et les tiers, pour per­mettre aux pom­piers d’intervenir sans risque.

Com­ment se passe la col­la­bo­ra­tion avec les pom­piers de Paris ?
Très bien. Sur place, le COS (Com­man­dant des opé­ra­tions de secours) me décrit la situa­tion. Ensuite, je dois agir rapi­de­ment pour sup­pri­mer tout risque élec­trique, que ce soit pour les inter­ve­nants, pour les tiers et pour les ouvrages. La confiance entre les équipes est essen­tielle, car nous tra­vaillons dans l’urgence, sou­vent dans des condi­tions com­plexes. Si besoin, je peux appe­ler des ren­forts Ene­dis ou contac­ter des ser­vices internes pour obte­nir des plans ou des infor­ma­tions tech­niques. Dans tous les cas, la sécu­ri­té reste notre prio­ri­té absolue.

Vous sou­ve­nez-vous d’une inter­ven­tion avec les pom­piers de Paris ?
Oui, une inter­ven­tion m’a par­ti­cu­liè­re­ment mar­qué en 2023. C’était dans le VIIIe arron­dis­se­ment de Paris, une cana­li­sa­tion d’eau avait rom­pu, pro­vo­quant un fort débit. Trois niveaux de par­king étaient com­plè­te­ment immer­gés. Les plon­geurs de la BSPP étaient sur place, et nous avions un poste de dis­tri­bu­tion public dans la zone — avec du réseau tri­pha­sé et de la moyenne ten­sion, du 20 000 volts. Mon objec­tif était de cou­per l’alimentation sans pro­vo­quer une cou­pure trop longue pour les clients. Il fal­lait mettre les plon­geurs en sécu­ri­té tout en limi­tant l’impact sur la ville : feux rouges, ascen­seurs, etc.
Fina­le­ment, on a réus­si à faire un maillage du réseau pour limi­ter la cou­pure. Tout s’est bien pas­sé, en tant que tech­ni­cien pré­sent sur place, c’est une situa­tion qui demande du sang-froid.

Il arrive que nous ayons besoin, en intervention, de l’expertise d’un architecte. Au sein de la préfecture de Police, Armelle Brepson est architecte de sécurité. Nous lui avons donc posé quelques questions et, forcément, ses réponses sont « archi-intéressantes ».

Pou­vez-vous vous pré­sen­ter ain­si que votre envi­ron­ne­ment de tra­vail ?
Je suis archi­tecte de sécu­ri­té depuis juillet 2021. J’appartiens au ser­vice des archi­tectes de sécu­ri­té, lui-même rat­ta­ché aux ser­vices tech­niques de la Direc­tion des usa­gers et de la police admi­nis­tra­tive (DUPA) et à la Sous-direc­tion de la sécu­ri­té du public (SDSP), au sein de la pré­fec­ture de Police de Paris. La SDSP com­prend deux ser­vices tech­niques : les archi­tectes de sécu­ri­té, et le ser­vice de pré­ven­tion incen­die ain­si que trois bureaux (BPCA, BERP, BHF) en charge du trai­te­ment et du sui­vi admi­nis­tra­tif des dossiers.

Quelles sont vos mis­sions au quo­ti­dien ?
Chaque archi­tecte est res­pon­sable d’un ou de plu­sieurs quar­tiers pari­siens, sur les­quels il exerce toutes les pré­ro­ga­tives de l’architecte de sécu­ri­té. Le ser­vice rem­plit plu­sieurs mis­sions. La pre­mière, his­to­rique, concerne le risque bâti­men­taire — c’est d’ailleurs pour cela que nous exis­tons depuis le 12 mes­si­dor an VIII (1er juillet 1800), date de créa­tion de la pré­fec­ture de Police de Paris. Nous inter­ve­nons éga­le­ment sur la sécu­ri­té incen­die, à tra­vers l’instruction de dos­siers de pré­ven­tion, mais aus­si lors de visites pério­diques, tou­jours en lien avec la BSPP. Notre inter­lo­cu­teur pri­vi­lé­gié est le bureau Pré­ven­tion, avec lequel nous tra­vaillons étroi­te­ment. Enfin, nous sommes aus­si en charge des ques­tions d’accessibilité pour les per­sonnes en situa­tion de han­di­cap. Concer­nant le risque bâti­men­taire, nous assu­rons une astreinte 24h/​24, 7j/​7, à la demande du cabi­net du pré­fet ou de l’état-major de la BSPP. Ce ser­vice d’astreinte existe depuis 1888, à la suite de l’explosion de la rue Saint-Médard. Ce jour-là, le chef des archi­tectes de sécu­ri­té a trans­mis aux pom­piers les coor­don­nées de tous les archi­tectes pour qu’ils puissent être mobi­li­sés en cas de besoin. Les archi­tectes du ser­vice exercent à temps par­tiel à pour la pré­fec­ture de Police et ont, en majo­ri­té, une acti­vi­té pri­vée, indis­pen­sable pour main­te­nir une exper­tise de terrain.

Dans quel cadre inter­ve­nez-vous avec nos sapeurs-pom­piers de Paris ?
Cela peut se faire dans les deux sens. Par­fois, nous rece­vons un signa­le­ment et esti­mons qu’il y a un risque : c’est ce qui s’est pas­sé récem­ment au 229 rue du Fau­bourg Saint-Mar­tin, où un risque d’effondrement nous a conduits à sol­li­ci­ter les pom­piers. D’autres fois, c’est l’inverse : les pom­piers, qui jugent qu’il existe un dan­ger pour les per­sonnes ou pour leurs propres équipes enga­gées sur un sinistre. Dans ce cas, ils font appel à nous et c’est l’architecte d’astreinte qui intervient.

Com­ment se passe la col­la­bo­ra­tion avec les pom­piers de Paris ?
Mer­veilleu­se­ment bien ! À l’exception des dos­siers d’accessibilité, vous êtes sys­té­ma­ti­que­ment à nos côtés. Nous ins­trui­sons les dos­siers en paral­lèle, nous confron­tons nos ana­lyses, ce qui per­met un vrai débat tech­nique. Et comme sou­vent, à plu­sieurs, on est plus effi­cace. Nous avons d’excellentes rela­tions avec les com­pa­gnies avec les­quelles nous tra­vaillons. En astreinte, l’accueil est tou­jours très bien­veillant. Lors d’une inter­ven­tion, notre pre­mier réflexe est de deman­der aux pom­piers pour­quoi nous avons été appe­lés — cela pose le cadre. Je pense par exemple à l’incendie de la mai­rie du XIIe arron­dis­se­ment, en jan­vier der­nier. Il y avait un risque d’effondrement du bef­froi. Nous avons col­la­bo­ré pour sécu­ri­ser les lieux lors de l’intervention. Quand je suis arri­vée, le feu n’était pas encore maî­tri­sé, et l’officier PREV était déjà sur place. J’ai eu la chance de connaître plu­sieurs inter­ve­nants, ce qui a gran­de­ment faci­li­té les choses.

Accidents, feux de véhicules, inondations ou objets menaçants : sur les routes franciliennes, la DiRIF (Direction des routes d’Île-de-France) veille. Chef d’équipe d’exploitation au centre de Jouy-en-Josas (78) et ancien sapeur-pompier de Paris, Nicolas Eychenne connaît les rouages des interventions et les impératifs du terrain.

Pou­vez-vous vous pré­sen­ter ain­si que votre envi­ron­ne­ment de tra­vail ?
La DiRIF est un ser­vice décon­cen­tré du minis­tère char­gé des trans­ports, pla­cé sous l’autorité du pré­fet de la région Île-de-France au sein de la DRIEAT (Direc­tion régio­nale et inter­dé­par­te­men­tale de l’environnement, de l’aménagement et des trans­ports d’Île-de-France). Elle compte près de 1 000 agents répar­tis sur envi­ron une tren­taine de sites. Elle est divi­sée en plu­sieurs enti­tés dont quatre AGER (Arron­dis­se­ments de ges­tion et d’exploitation de la route : Nord, Sud, Ouest et Est). Si nous devions faire la com­pa­rai­son avec l’organisation de la BSPP, cela cor­res­pon­drait aux dif­fé­rents grou­pe­ments d’incendie et de secours. Ces AGER sont eux-mêmes com­po­sés de plu­sieurs UER (Uni­tés d’exploitation de la route), qui cor­res­pon­draient aux com­pa­gnies d’incendie, aux­quelles sont rat­ta­chés des CEI (Centres d’entretien et d’intervention). Ayant moi-même fait par­tie de la BSPP de 1999 à 2018, j’ai trou­vé quelques équi­va­lences dans l’organisation de ces deux entités.

J’ai fait ma recon­ver­sion au sein de la DiRIF en tant que chef d’équipe d’exploitation à l’issue de mes 19 ans de ser­vice au sein de la BSPP. J’y ai retrou­vé des simi­li­tudes, notam­ment le tra­vail en équipe, les inter­ven­tions, les horaires déca­lés et la poly­va­lence du tra­vail. En dehors des inter­ven­tions, nous met­tons en place des bali­sages pour neu­tra­li­ser des voies ou fer­mer un axe afin d’y effec­tuer dif­fé­rents tra­vaux dans le but de sécu­ri­ser et d’améliorer la cir­cu­la­tion. Ce métier nous per­met éga­le­ment de suivre des for­ma­tions pour uti­li­ser dif­fé­rents types d’engins et de maté­riels, et d’évoluer en pas­sant des concours pour mon­ter en grade et en compétences.

Quelles sont vos mis­sions au quo­ti­dien ?
Nos mis­sions au quo­ti­dien sont diverses et variées : assu­rer la sur­veillance du réseau, entre­te­nir les routes et les acco­te­ments (net­toyer, fau­cher, éla­guer, abattre des arbres, faci­li­ter les écou­le­ments d’eau de pluie), réno­ver les chaus­sées, sécu­ri­ser les usa­gers et les ser­vices de secours lors d’interventions, réa­li­ser des fer­me­tures ou des bali­sages pour des tra­vaux pro­gram­més ou en urgence, de jour comme de nuit, via­bi­li­ser le sec­teur en cas de neige ou de ver­glas, et main­te­nir les équi­pe­ments de la route comme la signa­li­sa­tion, les glis­sières de sécu­ri­té ou le réseau d’assainissement des eaux de pluie.

Le réseau de la DiRIF repré­sente envi­ron 1 100 km de routes natio­nales et d’autoroutes répar­ties dans la petite et la grande cou­ronne de Paris. Cela repré­sente plus de 43 000 inter­ven­tions par an. Nous inter­ve­nons sur toutes sortes de situa­tions : véhi­cules en panne, acci­dents, inon­da­tions, objets mena­çants de chu­ter (pan­neaux, arbres…), cyclistes, pié­tons, ani­maux ou objets sur les voies. À savoir qu’un cycle d’astreinte pour un agent ou un chef d’équipe dure une semaine à rai­son de 12 heures par jour.

Dans quel cadre inter­ve­nez-vous avec les pom­piers de Paris ?
Concer­nant les inter­ven­tions néces­si­tant la pré­sence des pom­piers, il s’agit prin­ci­pa­le­ment des acci­dents, des feux de véhi­cules ou des usa­gers ayant fait un malaise. Dans la majo­ri­té des cas, les pom­piers sont pri­mo-inter­ve­nants, étant don­né que l’unique équipe de patrouilleurs DiRIF couvre un sec­teur vaste et dense pour chaque CEI. Les secours maté­ria­lisent, sécu­risent les lieux et prennent en charge la ou les vic­times. Lorsque l’équipe d’astreinte DiRIF se pré­sente, elle rem­place le bali­sage afin de mettre en sécu­ri­té le plus effi­ca­ce­ment pos­sible les usa­gers et les inter­ve­nants, et pour flui­di­fier du mieux pos­sible la cir­cu­la­tion. Selon l’évolution de l’intervention et après concer­ta­tion avec les ser­vices de secours, le bali­sage peut être modi­fié. Une fois la ou les vic­times éva­cuées, ain­si que les véhi­cules impli­qués et tous les inter­ve­nants par­tis, l’équipe d’astreinte DiRIF remet la zone au propre et retire le balisage.

Photos : SCH Nicholas Bady

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