Grands formats – Lors de leurs interventions, les sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) agissent rarement seuls. De la Police nationale à la Direction des routes d’Île-de-France (DiRIF), la réussite des secours repose sur une coordination inter-services étroite. Découvrez qui sont ces partenaires opérationnels indispensables à la sécurité des Franciliens et comment ils soutiennent les soldats du feu sur le terrain.
JE DEMANDE… ENEDIS !
Quand il s’agit de sécuriser les installations électriques en pleine intervention, Nicolas Laruelle est toujours… au courant. Technicien chez Enedis, il intervient aux côtés des pompiers de Paris pour sécuriser les biens et les personnes.
Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre environnement de travail ?
J’ai obtenu un bac pro électrotechnique en alternance dans une société d’électricité. Ensuite, je suis entré chez Enedis à 19 ans — j’en ai 28 aujourd’hui. J’ai commencé dans le service « clientèle », où l’on effectue chaque matin une tournée de rendez-vous chez les particuliers. Cela concerne toutes les interventions liées aux contrats d’électricité : mise en service d’un logement, changement de compteur, augmentation de puissance, etc. Enedis est l’entreprise en charge de la distribution d’électricité, de l’entretien et du dépannage des réseaux sur l’ensemble du territoire. Elle est organisée en plusieurs directions régionales. Je travaille au sein de la direction régionale Paris, plus précisément dans l’équipe d’interventions d’urgence et de dépannage. Ce service fonctionne en continu, 7 jours sur 7, 24h sur 24, toute l’année. Nous sommes une trentaine de techniciens, à Paris, qui se relaient selon un rythme en 3 x 8 : 7h30 – 15h30, 15h30 – 23h30, et 23h30 – 7h30.
Dans quel cadre intervenez-vous avec les pompiers de Paris ?
Aujourd’hui, je travaille au sein de l’équipe d’interventions d’urgence et de dépannage. Une convention a été signée avec la BSPP en 2023 pour qu’Enedis intervienne systématiquement à leur demande, principalement pour des mises en sécurité. Cela peut concerner un incendie, une fuite d’eau ou un dégagement de monoxyde de carbone, principalement. Notre rôle est de sécuriser les installations électriques et les tiers, pour permettre aux pompiers d’intervenir sans risque.
Comment se passe la collaboration avec les pompiers de Paris ?
Très bien. Sur place, le COS (Commandant des opérations de secours) me décrit la situation. Ensuite, je dois agir rapidement pour supprimer tout risque électrique, que ce soit pour les intervenants, pour les tiers et pour les ouvrages. La confiance entre les équipes est essentielle, car nous travaillons dans l’urgence, souvent dans des conditions complexes. Si besoin, je peux appeler des renforts Enedis ou contacter des services internes pour obtenir des plans ou des informations techniques. Dans tous les cas, la sécurité reste notre priorité absolue.
Vous souvenez-vous d’une intervention avec les pompiers de Paris ?
Oui, une intervention m’a particulièrement marqué en 2023. C’était dans le VIIIe arrondissement de Paris, une canalisation d’eau avait rompu, provoquant un fort débit. Trois niveaux de parking étaient complètement immergés. Les plongeurs de la BSPP étaient sur place, et nous avions un poste de distribution public dans la zone — avec du réseau triphasé et de la moyenne tension, du 20 000 volts. Mon objectif était de couper l’alimentation sans provoquer une coupure trop longue pour les clients. Il fallait mettre les plongeurs en sécurité tout en limitant l’impact sur la ville : feux rouges, ascenseurs, etc.
Finalement, on a réussi à faire un maillage du réseau pour limiter la coupure. Tout s’est bien passé, en tant que technicien présent sur place, c’est une situation qui demande du sang-froid.
JE DEMANDE… ARCHITECTE DE SÉCURITÉ !
Il arrive que nous ayons besoin, en intervention, de l’expertise d’un architecte. Au sein de la préfecture de Police, Armelle Brepson est architecte de sécurité. Nous lui avons donc posé quelques questions et, forcément, ses réponses sont « archi-intéressantes ».
Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre environnement de travail ?
Je suis architecte de sécurité depuis juillet 2021. J’appartiens au service des architectes de sécurité, lui-même rattaché aux services techniques de la Direction des usagers et de la police administrative (DUPA) et à la Sous-direction de la sécurité du public (SDSP), au sein de la préfecture de Police de Paris. La SDSP comprend deux services techniques : les architectes de sécurité, et le service de prévention incendie ainsi que trois bureaux (BPCA, BERP, BHF) en charge du traitement et du suivi administratif des dossiers.
Quelles sont vos missions au quotidien ?
Chaque architecte est responsable d’un ou de plusieurs quartiers parisiens, sur lesquels il exerce toutes les prérogatives de l’architecte de sécurité. Le service remplit plusieurs missions. La première, historique, concerne le risque bâtimentaire — c’est d’ailleurs pour cela que nous existons depuis le 12 messidor an VIII (1er juillet 1800), date de création de la préfecture de Police de Paris. Nous intervenons également sur la sécurité incendie, à travers l’instruction de dossiers de prévention, mais aussi lors de visites périodiques, toujours en lien avec la BSPP. Notre interlocuteur privilégié est le bureau Prévention, avec lequel nous travaillons étroitement. Enfin, nous sommes aussi en charge des questions d’accessibilité pour les personnes en situation de handicap. Concernant le risque bâtimentaire, nous assurons une astreinte 24h/24, 7j/7, à la demande du cabinet du préfet ou de l’état-major de la BSPP. Ce service d’astreinte existe depuis 1888, à la suite de l’explosion de la rue Saint-Médard. Ce jour-là, le chef des architectes de sécurité a transmis aux pompiers les coordonnées de tous les architectes pour qu’ils puissent être mobilisés en cas de besoin. Les architectes du service exercent à temps partiel à pour la préfecture de Police et ont, en majorité, une activité privée, indispensable pour maintenir une expertise de terrain.
Dans quel cadre intervenez-vous avec nos sapeurs-pompiers de Paris ?
Cela peut se faire dans les deux sens. Parfois, nous recevons un signalement et estimons qu’il y a un risque : c’est ce qui s’est passé récemment au 229 rue du Faubourg Saint-Martin, où un risque d’effondrement nous a conduits à solliciter les pompiers. D’autres fois, c’est l’inverse : les pompiers, qui jugent qu’il existe un danger pour les personnes ou pour leurs propres équipes engagées sur un sinistre. Dans ce cas, ils font appel à nous et c’est l’architecte d’astreinte qui intervient.
Comment se passe la collaboration avec les pompiers de Paris ?
Merveilleusement bien ! À l’exception des dossiers d’accessibilité, vous êtes systématiquement à nos côtés. Nous instruisons les dossiers en parallèle, nous confrontons nos analyses, ce qui permet un vrai débat technique. Et comme souvent, à plusieurs, on est plus efficace. Nous avons d’excellentes relations avec les compagnies avec lesquelles nous travaillons. En astreinte, l’accueil est toujours très bienveillant. Lors d’une intervention, notre premier réflexe est de demander aux pompiers pourquoi nous avons été appelés — cela pose le cadre. Je pense par exemple à l’incendie de la mairie du XIIe arrondissement, en janvier dernier. Il y avait un risque d’effondrement du beffroi. Nous avons collaboré pour sécuriser les lieux lors de l’intervention. Quand je suis arrivée, le feu n’était pas encore maîtrisé, et l’officier PREV était déjà sur place. J’ai eu la chance de connaître plusieurs intervenants, ce qui a grandement facilité les choses.
JE DEMANDE… DIRIF !
Accidents, feux de véhicules, inondations ou objets menaçants : sur les routes franciliennes, la DiRIF (Direction des routes d’Île-de-France) veille. Chef d’équipe d’exploitation au centre de Jouy-en-Josas (78) et ancien sapeur-pompier de Paris, Nicolas Eychenne connaît les rouages des interventions et les impératifs du terrain.
Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre environnement de travail ?
La DiRIF est un service déconcentré du ministère chargé des transports, placé sous l’autorité du préfet de la région Île-de-France au sein de la DRIEAT (Direction régionale et interdépartementale de l’environnement, de l’aménagement et des transports d’Île-de-France). Elle compte près de 1 000 agents répartis sur environ une trentaine de sites. Elle est divisée en plusieurs entités dont quatre AGER (Arrondissements de gestion et d’exploitation de la route : Nord, Sud, Ouest et Est). Si nous devions faire la comparaison avec l’organisation de la BSPP, cela correspondrait aux différents groupements d’incendie et de secours. Ces AGER sont eux-mêmes composés de plusieurs UER (Unités d’exploitation de la route), qui correspondraient aux compagnies d’incendie, auxquelles sont rattachés des CEI (Centres d’entretien et d’intervention). Ayant moi-même fait partie de la BSPP de 1999 à 2018, j’ai trouvé quelques équivalences dans l’organisation de ces deux entités.
J’ai fait ma reconversion au sein de la DiRIF en tant que chef d’équipe d’exploitation à l’issue de mes 19 ans de service au sein de la BSPP. J’y ai retrouvé des similitudes, notamment le travail en équipe, les interventions, les horaires décalés et la polyvalence du travail. En dehors des interventions, nous mettons en place des balisages pour neutraliser des voies ou fermer un axe afin d’y effectuer différents travaux dans le but de sécuriser et d’améliorer la circulation. Ce métier nous permet également de suivre des formations pour utiliser différents types d’engins et de matériels, et d’évoluer en passant des concours pour monter en grade et en compétences.
Quelles sont vos missions au quotidien ?
Nos missions au quotidien sont diverses et variées : assurer la surveillance du réseau, entretenir les routes et les accotements (nettoyer, faucher, élaguer, abattre des arbres, faciliter les écoulements d’eau de pluie), rénover les chaussées, sécuriser les usagers et les services de secours lors d’interventions, réaliser des fermetures ou des balisages pour des travaux programmés ou en urgence, de jour comme de nuit, viabiliser le secteur en cas de neige ou de verglas, et maintenir les équipements de la route comme la signalisation, les glissières de sécurité ou le réseau d’assainissement des eaux de pluie.
Le réseau de la DiRIF représente environ 1 100 km de routes nationales et d’autoroutes réparties dans la petite et la grande couronne de Paris. Cela représente plus de 43 000 interventions par an. Nous intervenons sur toutes sortes de situations : véhicules en panne, accidents, inondations, objets menaçants de chuter (panneaux, arbres…), cyclistes, piétons, animaux ou objets sur les voies. À savoir qu’un cycle d’astreinte pour un agent ou un chef d’équipe dure une semaine à raison de 12 heures par jour.
Dans quel cadre intervenez-vous avec les pompiers de Paris ?
Concernant les interventions nécessitant la présence des pompiers, il s’agit principalement des accidents, des feux de véhicules ou des usagers ayant fait un malaise. Dans la majorité des cas, les pompiers sont primo-intervenants, étant donné que l’unique équipe de patrouilleurs DiRIF couvre un secteur vaste et dense pour chaque CEI. Les secours matérialisent, sécurisent les lieux et prennent en charge la ou les victimes. Lorsque l’équipe d’astreinte DiRIF se présente, elle remplace le balisage afin de mettre en sécurité le plus efficacement possible les usagers et les intervenants, et pour fluidifier du mieux possible la circulation. Selon l’évolution de l’intervention et après concertation avec les services de secours, le balisage peut être modifié. Une fois la ou les victimes évacuées, ainsi que les véhicules impliqués et tous les intervenants partis, l’équipe d’astreinte DiRIF remet la zone au propre et retire le balisage.