UN POMPIER, UN CS — Pol au CS Château d’Eau

Raphaël Orlan­do —  — Modi­fiée le 26 jan­vier 2026 à 11 h 20 

Web-série – Entré à la Brigade en 2023 après un parcours universitaire complet, le caporal-chef Pol Nicolas découvre le métier sans héritage ni modèle familial. Affecté au centre de secours Château d’Eau depuis janvier 2024, il évoque une intégration rapide, une cohésion intercatégorielle forte et ces interventions du quotidien qui, sans être toujours spectaculaires, marquent durablement.

Bon­jour Pol, pour­rais-tu te présenter ?

Bon­jour, je suis le capo­ral-chef Pol Nico­las. J’ai 28ans. Je suis né à Nantes, j’ai gran­di en Bre­tagne, du côté de Brest, et aujourd’hui j’habite à Pes­sac, dans la ban­lieue de Bor­deaux, où je vis depuis envi­ron deux ans.

Je suis entré à la Bri­gade en août2023. J’ai sui­vi quatre mois de for­ma­tion, puis j’ai été affec­té au CS Châ­teau d’Eau comme pre­mière affec­ta­tion, le 1er jan­vier 2024. Je ne connais donc que Châ­teau d’Eau.

Je suis allé assez rapi­de­ment à l’avancement, car je suis ren­tré tard à la Bri­gade — après 25 ans — et que je sou­haite y faire car­rière. Je n’avais aucune connais­sance du milieu : per­sonne dans ma famille n’est pom­pier, encore moins mili­taire. Tout était à décou­vrir. J’ai donc pas­sé le PEC, puis le PECCH un mois plus tard. Aujourd’hui, je suis ins­crit au CAF 2026 dans l’objectif de deve­nir sergent.

Avant d’intégrer la Bri­gade, j’ai fait six ans d’études après un bac scien­ti­fique. J’ai sui­vi un par­cours orien­té hygiène, sécu­ri­té, envi­ron­ne­ment au tra­vail avec un DUT, puis une licence com­plé­tée par un mas­ter dans ce domaine.

À l’origine, mon pro­jet était déjà de deve­nir pom­pier après le bac. Par sécu­ri­té, je sou­hai­tais au mini­mum obte­nir un DUT, avec l’idée d’intégrer soit comme capo­ral, soit comme offi­cier. Fina­le­ment, mes études m’ont plu et je me suis orien­té vers une car­rière dans ce domaine, avec en paral­lèle l’envie de deve­nir pom­pier volon­taire, ce qui ne s’est pas fait immédiatement.

À la fin de mes études, lorsque j’ai signé un CDI dans l’entreprise où j’étais en alter­nance, je me suis enga­gé comme pom­pier volon­taire à Rennes. J’y ai pris des gardes pen­dant un peu moins d’un an. Très rapi­de­ment, en aug­men­tant le nombre de gardes, je me suis ren­du compte que le métier de pom­pier était celui que je vou­lais faire dans ma vie.

J’avais alors 24 – 25 ans. Avant qu’il ne soit trop tard, je me suis lan­cé dans le par­cours de sélec­tion de la BSPP et j’ai inté­gré la Bri­gade en 2023.

Quel est le pre­mier aspect posi­tif qui te vient en tête en pen­sant à ce CS ?

Le pre­mier mot qui me vient quand on parle de Châ­teau d’Eau, c’est la cohésion.

Une cohé­sion très large, inter­ca­té­go­rielle. Ici, il n’y a pas de sépa­ra­tion nette entre sapeurs, capo­raux et sous-offi­ciers. On par­tage les mêmes espaces, on mange tous ensemble. Il y a de l’échange entre toutes les catégories.

Quand tu arrives, c’est très mar­quant et très faci­li­tant pour un jeune. Ça per­met de s’intégrer rapi­de­ment, de prendre ses marques et de se pro­je­ter. Tu te dis que tu peux évo­luer ici, que c’est le métier que tu es venu faire.

L’intégration à CHTO est rapide, à condi­tion d’être moti­vé et impli­qué. Elle passe par la démons­tra­tion : ce que tu sais faire, ta volon­té d’apprendre et ton potentiel.

Quelles spé­ci­fi­ci­tés ou type d’inter’ pour ce secteur ?

On est sur un sec­teur intra, à che­val sur plu­sieurs arron­dis­se­ments. Le secours à vic­time repré­sente une part énorme de l’activité. On retrouve toutes les typo­lo­gies de loge­ments : appar­te­ments hauss­man­niens, chambres de bonnes sur-occu­pées, foyers d’accueil, popu­la­tion sans domi­cile fixe. Même sur des inter­ven­tions redon­dantes, il faut res­ter vigi­lant. La qua­trième ou la cin­quième inter­ven­tion de la jour­née peut être celle où quelque chose bascule.

Quelle est l’intervention qui t’a le plus mar­qué dans ce CS ?

Une inter­ven­tion m’a par­ti­cu­liè­re­ment mar­qué en tant que chef d’agrès VSAV.

On arrive sur inter­ven­tion, je des­cends du VSAV, et une mère me tend direc­te­ment son bébé en me disant qu’il n’est « pas comme d’habitude ». C’est très mar­quant : tu arrives, et on te met l’enfant dans les bras. Tu es leur der­nier recours.

Le nour­ris­son pré­sente des signes évi­dents de détresse res­pi­ra­toire : tirage, balan­ce­ment, encom­bre­ment. En pédia­trie, l’évaluation est tou­jours déli­cate. L’enfant bouge, les constantes sont dif­fi­ciles à prendre, la satu­ra­tion est instable.

On ins­talle l’enfant dans le VSAV, la maman est pani­quée, l’enfant refuse le masque à oxy­gène. La prise en charge est com­pli­quée, je contacte alors immé­dia­te­ment la coor­di­na­tion médicale.

Une équipe pédia­trique est enga­gée, mais le délai est long alors une seconde équipe médi­cale adulte est envoyée en anti­ci­pa­tion pour assu­rer une pré­sence médi­cale sur place.

Pen­dant ce temps, il faut tout gérer : ras­su­rer la famille, sur­veiller l’enfant, main­te­nir l’oxygénation, enca­drer l’équipage, qui n’est pas for­cé­ment habi­tué à la pédiatrie.

Ce qui m’a mar­qué, c’est cet aspect humain. L’intervention n’est pas tech­ni­que­ment excep­tion­nelle, mais la charge émo­tion­nelle est forte, car tu es le pre­mier acteur visible des secours pour la famille de l’enfant. Tu dois mon­trer que tu maî­trises la situa­tion, ras­su­rer, déci­der, deman­der les bons moyens.

Fina­le­ment, l’enfant a été pris en charge par l’équipe médi­cale pédia­trique et trans­por­té. L’état ne s’est pas aggra­vé, ce qui est essentiel.

C’est typi­que­ment une inter­ven­tion qui ne paye pas de mine sur le papier, mais qui marque profondément.

Sou­ve­nir per­son­nel le plus mar­quant dans ce CS ?

Je pense immé­dia­te­ment à l’évaluation de la pré­pa­ra­tion opé­ra­tion­nelle (EPO) de décembre 2025. La pré­pa­ra­tion a été basée sur la confiance. Le com­man­de­ment nous a répé­té que nous connais­sions notre tra­vail, que l’examen n’était qu’une exten­sion de ce que nous fai­sions déjà au quotidien.

Il n’y a pas eu de pres­sion exces­sive ou de sur-contrôle. On a manœu­vré comme d’habitude. Le dis­cours était clair : « vous savez faire, ça va bien se pas­ser ». Cette confiance a été déter­mi­nante. Le jour J, il y avait du stress, bien sûr, mais aus­si une vraie envie de bien faire. L’EPO s’est très bien pas­sée. Ça a encore ren­for­cé cette cohé­sion propre à Châ­teau d’Eau.


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