Web-série – Entré à la Brigade en 2023 après un parcours universitaire complet, le caporal-chef Pol Nicolas découvre le métier sans héritage ni modèle familial. Affecté au centre de secours Château d’Eau depuis janvier 2024, il évoque une intégration rapide, une cohésion intercatégorielle forte et ces interventions du quotidien qui, sans être toujours spectaculaires, marquent durablement.
Bonjour Pol, pourrais-tu te présenter ?
Bonjour, je suis le caporal-chef Pol Nicolas. J’ai 28ans. Je suis né à Nantes, j’ai grandi en Bretagne, du côté de Brest, et aujourd’hui j’habite à Pessac, dans la banlieue de Bordeaux, où je vis depuis environ deux ans.
Je suis entré à la Brigade en août2023. J’ai suivi quatre mois de formation, puis j’ai été affecté au CS Château d’Eau comme première affectation, le 1er janvier 2024. Je ne connais donc que Château d’Eau.
Je suis allé assez rapidement à l’avancement, car je suis rentré tard à la Brigade — après 25 ans — et que je souhaite y faire carrière. Je n’avais aucune connaissance du milieu : personne dans ma famille n’est pompier, encore moins militaire. Tout était à découvrir. J’ai donc passé le PEC, puis le PECCH un mois plus tard. Aujourd’hui, je suis inscrit au CAF 2026 dans l’objectif de devenir sergent.
Avant d’intégrer la Brigade, j’ai fait six ans d’études après un bac scientifique. J’ai suivi un parcours orienté hygiène, sécurité, environnement au travail avec un DUT, puis une licence complétée par un master dans ce domaine.
À l’origine, mon projet était déjà de devenir pompier après le bac. Par sécurité, je souhaitais au minimum obtenir un DUT, avec l’idée d’intégrer soit comme caporal, soit comme officier. Finalement, mes études m’ont plu et je me suis orienté vers une carrière dans ce domaine, avec en parallèle l’envie de devenir pompier volontaire, ce qui ne s’est pas fait immédiatement.
À la fin de mes études, lorsque j’ai signé un CDI dans l’entreprise où j’étais en alternance, je me suis engagé comme pompier volontaire à Rennes. J’y ai pris des gardes pendant un peu moins d’un an. Très rapidement, en augmentant le nombre de gardes, je me suis rendu compte que le métier de pompier était celui que je voulais faire dans ma vie.
J’avais alors 24 – 25 ans. Avant qu’il ne soit trop tard, je me suis lancé dans le parcours de sélection de la BSPP et j’ai intégré la Brigade en 2023.
Quel est le premier aspect positif qui te vient en tête en pensant à ce CS ?
Le premier mot qui me vient quand on parle de Château d’Eau, c’est la cohésion.
Une cohésion très large, intercatégorielle. Ici, il n’y a pas de séparation nette entre sapeurs, caporaux et sous-officiers. On partage les mêmes espaces, on mange tous ensemble. Il y a de l’échange entre toutes les catégories.
Quand tu arrives, c’est très marquant et très facilitant pour un jeune. Ça permet de s’intégrer rapidement, de prendre ses marques et de se projeter. Tu te dis que tu peux évoluer ici, que c’est le métier que tu es venu faire.
L’intégration à CHTO est rapide, à condition d’être motivé et impliqué. Elle passe par la démonstration : ce que tu sais faire, ta volonté d’apprendre et ton potentiel.
Quelles spécificités ou type d’inter’ pour ce secteur ?
On est sur un secteur intra, à cheval sur plusieurs arrondissements. Le secours à victime représente une part énorme de l’activité. On retrouve toutes les typologies de logements : appartements haussmanniens, chambres de bonnes sur-occupées, foyers d’accueil, population sans domicile fixe. Même sur des interventions redondantes, il faut rester vigilant. La quatrième ou la cinquième intervention de la journée peut être celle où quelque chose bascule.
Quelle est l’intervention qui t’a le plus marqué dans ce CS ?
Une intervention m’a particulièrement marqué en tant que chef d’agrès VSAV.
On arrive sur intervention, je descends du VSAV, et une mère me tend directement son bébé en me disant qu’il n’est « pas comme d’habitude ». C’est très marquant : tu arrives, et on te met l’enfant dans les bras. Tu es leur dernier recours.
Le nourrisson présente des signes évidents de détresse respiratoire : tirage, balancement, encombrement. En pédiatrie, l’évaluation est toujours délicate. L’enfant bouge, les constantes sont difficiles à prendre, la saturation est instable.
On installe l’enfant dans le VSAV, la maman est paniquée, l’enfant refuse le masque à oxygène. La prise en charge est compliquée, je contacte alors immédiatement la coordination médicale.
Une équipe pédiatrique est engagée, mais le délai est long alors une seconde équipe médicale adulte est envoyée en anticipation pour assurer une présence médicale sur place.
Pendant ce temps, il faut tout gérer : rassurer la famille, surveiller l’enfant, maintenir l’oxygénation, encadrer l’équipage, qui n’est pas forcément habitué à la pédiatrie.
Ce qui m’a marqué, c’est cet aspect humain. L’intervention n’est pas techniquement exceptionnelle, mais la charge émotionnelle est forte, car tu es le premier acteur visible des secours pour la famille de l’enfant. Tu dois montrer que tu maîtrises la situation, rassurer, décider, demander les bons moyens.
Finalement, l’enfant a été pris en charge par l’équipe médicale pédiatrique et transporté. L’état ne s’est pas aggravé, ce qui est essentiel.
C’est typiquement une intervention qui ne paye pas de mine sur le papier, mais qui marque profondément.
Souvenir personnel le plus marquant dans ce CS ?
Je pense immédiatement à l’évaluation de la préparation opérationnelle (EPO) de décembre 2025. La préparation a été basée sur la confiance. Le commandement nous a répété que nous connaissions notre travail, que l’examen n’était qu’une extension de ce que nous faisions déjà au quotidien.
Il n’y a pas eu de pression excessive ou de sur-contrôle. On a manœuvré comme d’habitude. Le discours était clair : « vous savez faire, ça va bien se passer ». Cette confiance a été déterminante. Le jour J, il y avait du stress, bien sûr, mais aussi une vraie envie de bien faire. L’EPO s’est très bien passée. Ça a encore renforcé cette cohésion propre à Château d’Eau.