VACCINATIONS : la Brigade rejoue ses fondamentaux

#BrigadeInside — Le mercredi 3 mars, l’ordre du préfet de Police tombe : la BSPP est requise pour vacciner la population dès le week-end suivant. Deux centres de vaccination sont mis en place en urgence dans les casernes Masséna et Champerret. Pour faire face à la surprise de cette décision, la Brigade va utiliser tout son savoir-faire pour s’adapter efficacement.

Har­ry Cou­vin —  — Modi­fiée le 25 juillet 2024 à 08 h 23 

Le défi logis­tique est de taille. L’opération doit per­mettre aux Pari­siens qui rentrent dans les cri­tères d’âge et de condi­tions de prendre ren­dez-vous sur la pla­te­forme Doc­to­lib dès le ven­dre­di et se pré­sen­ter sur site au bon cré­neau horaire. D’un point de vue orga­ni­sa­tion­nel, il faut tout mettre sur pieds. Seules les réflexions à pro­pos des séances col­lec­tives de vac­ci­na­tion du per­son­nel (consi­dé­ré comme per­son­nel soi­gnant) sont des pistes de tra­vail. “Nous sommes par­tis d’une feuille blanche, com­mente le Dr Guillaume Bur­la­ton, méde­cin-chef en charge de l’opération. Les recom­man­da­tions du minis­tère de la San­té ont été notre pre­mier guide. Leur port­fo­lio très pra­tique et très pré­cis nous a été très utile pour la mise en place d’un centre de vaccination.”


Mise en place expresse

En deux jours, tout se met en place. Même si par­fois, il faut jon­gler avec les effec­tifs, le maté­riel et la topo­gra­phie des lieux choi­sis. Néan­moins, toutes les res­sources bâti­men­taires des centres de secours ont été uti­li­sées pour mettre en place les chaînes de vac­ci­na­tion qui res­pectent l’intimité des gens et les règles de dis­tan­cia­tion physique.

Méde­cin-chef Guillaume Burlaton

Rebe­lote le week-end du 13 et 14 mars ! Mais avec l’ouverture d’un troi­sième site à la caserne Ménil­mon­tant, les infir­miers et méde­cins seront épau­lés par des sapeurs-pom­piers (auto­ri­sés à pro­cé­der à l’in­jec­tion des vac­cins par décret en date du 11 mars). ”Dès le ven­dre­di, nous avons donc dû mettre en place toute la for­ma­tion de notre per­son­nel, sou­ligne le méde­cin-chef. Un Power­Point, un sup­port vidéo sont créés et dis­tri­bués en une jour­née. Dès le same­di matin, les pre­miers vac­cins sont ino­cu­lés sous la sur­veillance des infir­miers.” En deux jours, 180 sapeurs-pom­piers de Paris ont ain­si été for­més à la piqûre en intramusculaire.

Selon les endroits, les chaînes de vac­ci­na­tion sont orga­ni­sées dif­fé­rem­ment. “Le centre de Mas­sé­na avec quatre cir­cuits ins­tal­lés dans le gym­nase res­sem­blait à un vac­ci­no­drome comme on l’entend généralement.”

L’organisation est ténue pour assu­rer le flux des patients sans qu’il y ait d’embouteillage et en res­pec­tant les mesures barrières.

À Cham­per­ret, l’organisation s’est pla­cée autour des struc­tures de l’antenne médi­cale, alors qu’à Ménil­mon­tant, une tente a été mon­tée dans la cour pour accueillir le dis­po­si­tif. Toutes les facul­tés d’adaptation de la Bri­gade ont été mises en œuvre pour ne pas per­tur­ber les mou­ve­ments opé­ra­tion­nels classiques.

S’appuyer sur ses fondamentaux…

Mais au-delà de ces contraintes maté­rielles, il faut faire face à l’urgence de la tâche. La Bri­gade fait, comme sou­vent, appel à ses fondamentaux.

“Pour faci­li­ter le tra­fic, l’organisation a été cal­quée sur un plan rouge. Une fois son ren­dez-vous vali­dé, chaque patient se voit remettre une fiche-navette avec un numé­ro d’arrivée et le ques­tion­naire vac­ci­nal. Cette fiche est para­phée à chaque étape”, nous explique le doc­teur Burlaton.

Centre de vac­ci­na­tion de Saint-Denis avec la par­ti­ci­pa­tion de la BSPP

Trois grandes étapes sont ain­si mises en place. Une pre­mière phase que l’on appelle “ramas­sage” dans le plan rouge, per­met de véri­fier la confor­mi­té du ren­dez-vous, de don­ner au patient un ques­tion­naire pré­vac­ci­nal à rem­plir et le pla­cer en zone d’attente. Vient ensuite l’équivalent du PMA (poste médi­cal avan­cé), où la per­sonne s’entretient avec un méde­cin pour ne s’assurer de l’éligibilité et de l’absence de contre-indi­ca­tion au vac­cin, avant de rece­voir une dose de vac­cin par les infir­miers lors du pre­mier week-end et par les sapeurs-pom­piers (super­vi­sés par les infir­miers) à par­tir du second. Enfin, der­nière phase en “zone d’évacuation” pen­dant quinze minutes d’observation post-vac­ci­nale, gérée par des équi­pages de VSAV prêts à agir en cas de signe de mau­vaise tolé­rance. Les patients sont enre­gis­trés sur le ser­vice infor­ma­tique “vac­cine COVID” d’Ameli et un cer­ti­fi­cat de vac­ci­na­tion leur est remis à leur départ du site.

… les fon­da­men­taux sont respectés !

Au total, 1 454 per­sonnes ont été ain­si vac­ci­nées le week-end des 6 et 7 mars et 2 322 les 13 et 14 mars. Lors de la pre­mière ses­sion, les capa­ci­tés opé­ra­tion­nelles avaient été un peu sous-estimées.

Dans ce contexte d’urgence, la cin­quan­taine de pom­piers, méde­cins et infir­miers étaient ravis d’avoir par­ti­ci­pé à ces opé­ra­tions. “Les gens étaient vrai­ment contents d’avoir pris part à l’effort natio­nal, com­mente le méde­cin-chef. Même si cela peut appa­raître comme une goutte d’eau dans un océan, c’est ce cumul de petites actions qui per­met­tra de vac­ci­ner la popu­la­tion. D’autant que les patients étaient sou­la­gés d’avoir accès à la vac­ci­na­tion et très recon­nais­sants envers nous. C’était des jour­nées fati­gantes, mais à titre per­son­nel, cela m’a plu­tôt rechar­gé les batteries !”

Phar­ma­cienne Flo­ra Jourquin-Sépot

Transport urgent de vaccins

La pharmacienne Flora Jourquin-Sépot était d’astreinte lors du week-end du 6 mars. Elle nous raconte comment elle a dû gérer l’approvisionnement des vaccins vers les centres de vaccinations BSPP.

Quelles ont été les contraintes tech­niques de cet approvisionnement ?

Le vac­cin qui a été choi­si pour les sites de vac­ci­na­tion de la BSPP est le Pfizer-Bio’ntech qui doit être conser­vé conge­lé à — 80°. Comme nous n’avons pas à la Bri­gade de congé­la­teurs assez puis­sants, le défi consiste à aller per­ce­voir au der­nier moment les doses. Selon les direc­tives de l’ARS, je suis allée cher­cher les vac­cins à Aul­nay-sous-Bois, dans l’un des hôpi­taux congé­lo-por­teurs d’île-de-France. J’ai ensuite trans­fé­ré les vac­cins dans des gla­cières spé­ciales qui assurent une réfri­gé­ra­tion (entre +2° et +8°) pour les livrer sur les deux sites de la BSPP. Au préa­lable, la sec­tion ingé­nie­rie bio­mé­di­cale avait fait ache­mi­ner des réfri­gé­ra­teurs sur les sites de vac­ci­na­tion BSPP, le matin-même de la per­cep­tion des fla­cons de vaccins.

Dans quel délai ces doses doivent-elles être utilisées ?

Dans ces gla­cières mobiles, elles peuvent être conser­vées à tem­pé­ra­ture réfri­gé­rée pen­dant 24 heures. Ces vac­cins choi­sis par l’ARS pour armer les vac­ci­no­dromes de la BSPP sont ensuite uti­li­sables pen­dant cinq jours à tem­pé­ra­ture réfrigérée.

Doit-on trans­por­ter un maté­riel supplémentaire ?

Oui, des seringues et aiguilles de dif­fé­rents types et d’autres maté­riels pour recons­ti­tuer les doses de vac­cins qui ne sont pas condi­tion­nées prêtes à l’emploi. Il faut ajou­ter à cela tout le néces­saire à la désinfection.


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