DESTINS — La dernière intervention du sergent Placidet

 — Modi­fiée le 16 novembre 2022 à 08 h 05 

Histoire — ALLO DIX-HUIT vous raconte l’incroyable destinée du sergent Robert Placidet dont la promotion 2022 des sous-officiers de la Brigade à l’honneur de porter le nom. Parti pour feu de boutique, il va se retrouver à 900 km du CS Nogent.

Robert Pla­ci­det est un enfant du Loi­ret. Né à Saint-Ay, com­mune vini­cole, le 26 sep­tembre 1904, il est le sixième enfant d’une fra­trie de dix. Fils de char­pen­tier, il assiste Joseph, son père, dans ses tra­vaux. C’est donc un jeune homme bien bâti et plu­tôt tra­pu (1m64) qui est décla­ré apte au ser­vice mili­taire. Enga­gé volon­taire de la classe 1924, il a 20 ans quand il intègre les rangs du régi­ment de sapeurs-pom­piers de Paris le 17 mai 1924, sous le matri­cule n°180. Sa pre­mière affec­ta­tion le place à la caserne du Vieux-Colom­bier. Il accède au galon de ser­gent en 1930. Rapi­de­ment, il obtient la confiance de ses chefs qui le placent suc­ces­si­ve­ment sous-chef des centres de secours de Malar, Vil­le­juif puis de Fontenay-sous-Bois.

La car­rière au Régi­ment
Sous-offi­cier expé­ri­men­té, Pla­ci­det est un élé­ment pré­cieux pour sa com­pa­gnie. Rom­pu aux mis­sions de lutte contre l’incendie, il obtient entre 1928 et 1939, quatre cita­tions à l’ordre du Régi­ment, une lettre de féli­ci­ta­tions et l’attribution de la médaille d’honneur éche­lon bronze pour un acte de cou­rage et de dévoue­ment. Une car­rière hono­rable.
En 1930, il fonde son foyer et épouse Odette Dan­tine le 7 juin. Quatre ans plus tard, Hubert naît de leur union. Alors que la guerre approche, comme de nom­breux parents, il décide de mettre son fils à l’abri d’éventuels bom­bar­de­ments. Il l’envoie chez ses grands-parents dans l’Oise. La guerre s’installe et le ser­gent Pla­ci­det se retrouve logé avec sa famille en caserne. Famille qui apprend, le 25 août 1944, la triste nou­velle de sa déportation.

La prise d’otage
1944, l’été de la Libé­ra­tion, tant atten­due. Le 24 août, la 2e D.B. du géné­ral Leclerc est entrée dans Paris aux côtés des Amé­ri­cains et Von Chol­titz signe l’acte de red­di­tion. Les pom­piers de Paris se couvrent de gloire en par­ti­ci­pant acti­ve­ment aux com­bats. Plu­sieurs d’entre eux perdent la vie pour un idéal, pour une France Libre. Le cou­ra­geux com­man­do Sar­ni­guet hisse les trois cou­leurs sur le point culmi­nant de la capi­tale, au som­met de la Tour Eif­fel. Paris est libé­ré. C’est ce qu’affirme De Gaulle.

Pour­tant, les sol­dats alle­mands qui n’ont pas été fait pri­son­niers se sont échap­pés et fuient vers l’Est. Ils mènent encore quelques raids. Cette zone géo­gra­phique essuie les der­nières échauf­fou­rées. La RN34 est l’un des axes emprun­tés par la Wehr­macht. En quit­tant Paris, par la porte de Vin­cennes, les Alle­mands tra­versent Nogent-sur-Marne et Le Per­reux-sur-Marne. Alors qu’une com­pa­gnie moto­ri­sée de SS tra­verse le bou­le­vard Alsace-Lor­raine, des résis­tants ouvrent le feu sur les blin­dés en queue de convoi. S’ensuit une farouche riposte. Des tirs sont échan­gés, des gre­nades incen­diaires lan­cées. Les F.F.I. se battent vigou­reu­se­ment autour du cime­tière du Perreux.

Libé­ra­tion du Perreux-sur-Marne

Ce 25 août, peu après 18 heures, les pom­piers sont appe­lés pour un feu de bou­tique à l’angle avec la rue de la Gai­té, et un feu de pavillon au n°152 du même bou­le­vard. Le centre de secours de Nogent (23e cis) dépêche son four­gon-mixte (FM). Dix-sept minutes plus tard, après un par­cours rocam­bo­lesque, les inter­ve­nants se pré­sentent. Une pre­mière équipe est char­gée des opé­ra­tions sur la bou­tique, mais « dans l’impossibilité d’établir une petite lance sous les tirs d’armes diverses, le per­son­nel a réus­si, au moyen de seaux d’eau, à éteindre les foyers »(1). La seconde équipe est diri­gée vers le pavillon et « […] mal­gré les tirs d’armes, le per­son­nel [réus­sit] à éta­blir une grosse lance, mais les tuyaux ayant été cre­vés par les balles, l’extinction s’est pour­sui­vie à l’aide d’un tuyau d’arrosage ».

Pris au piège entre deux feux, les hommes deviennent des cibles. Le four­gon est mitraillé. Le ser­gent Sébi­lo (18 h 52) et le sapeur Mas­seaux (20 h 10) sont tou­chés aux jambes. L’intensité des com­bats empêche toute approche, tout sau­ve­tage. Les sol­dats du feu sont cap­tu­rés. « […] Des Alle­mands nous font signe de venir les mains en l’air. Une dou­zaine de sol­dats nous mettent en joue […] dès qu’il y a un bles­sé, ils le déposent près de nous en disant qu’ils vont nous fusiller. »(2)
À ce moment, le capi­taine Wend­ling, infor­mé de la situa­tion, décide d’envoyer l’échelle sur por­teur du centre de Fon­te­nay-sous-Bois (24e cis) pour récu­pé­rer les bles­sés. Cepen­dant, son équi­page, com­po­sé du sapeur Cau­pain, du capo­ral Cre­veau et du ser­gent Guillot, est arrê­té. Tous rejoignent alors leurs cama­rades pris en otage. Par­mi ces der­niers se trouve le ser­gent Placidet.

Équi­page du fourgon

La route funeste
Ce jour-là, des civils sont exé­cu­tés au Per­reux. 53 pri­son­niers dont 10 sapeurs-pom­piers vont être emme­nés vers Chelles. Ils sont, pour l’heure, conduits à l’usine Thom­son à la Mal­tour­née (Neuilly-sur-Marne). Ils passent la nuit du 25 août, la peur au ventre, avec l’interdiction de par­ler. Mal­heu­reu­se­ment, le sapeur Cau­pain enfreint cette règle à plu­sieurs reprises en adres­sant la parole à des vil­la­geois de Mon­té­vrain (Seine-et-Marne). Il est sau­va­ge­ment exé­cu­té par un sol­dat alle­mand ; son corps est jeté sans ména­ge­ment dans un fossé.

Les autres servent d’otages aux Alle­mands qui se replient vers l’Est avec quelques heures d’avance sur les troupes alliées. Arri­vés à Sar­re­bruck, les che­mins des pri­son­niers se séparent une der­nière fois. Cer­tains prennent la direc­tion du camp de Neuen­gamme (Ham­bourg), les autres sont emme­nés à Sach­sen­hau­sen (Ber­lin). Seule­ment cinq d’entre eux revien­dront des « camps de la mort ».

1 Archives BSPP. Registre des incen­dies en ban­lieue pour l’année 1944. Rap­port du 25 août 1944.
2 Témoi­gnage de Roger Vimard.

Camp de concen­tra­tion de Neuengamme 

Georges BILLARD, 21 ans — Sach­sen­hau­sen – libé­ré (2 mai 1945)

Théo­phile DIGOUDE, 26 ans — Sach­sen­hau­sen – libé­ré (2 mai 1945)

Mau­rice GUILLOT, 32 ans — Sach­sen­hau­sen – libé­ré (2 mai 1945)

Lucien JACQUET, 21 ans — Sach­sen­hau­sen – libé­ré (2 mai 1945)

Roger VIMARD, 24 ans — Sach­sen­hau­sen – libé­ré (2 mai 1945)

Mau­rice CAUPAIN, 22 ans — Mon­te­vrain – exé­cu­té (26 août 1945)

Mau­rice CREVEAU, 23 ans — Neuen­gamme – décé­dé (15 mars 1945)

Roger PANNARD, 23 ans — Ber­gen Bel­sen – décé­dé (15 avril 1945)

Jean WEGMANN, 25 ans — Neuen­gamme – décé­dé (15 mars 1945)

Robert PLACIDET, 40 ans — Neuen­gamme – décé­dé (avril 1945)


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