#BrigadeInside – Quel est l’impact réel d’une carrière à la BSPP sur la santé à long terme ? Pour répondre à cette question, le Service de santé des armées (SSA) déploie en janvier 2026 l’étude COMITEX. Ce questionnaire inédit sur l’exposome invite les sapeurs-pompiers de Paris, actifs comme retraités, à recenser les risques physiques, chimiques et psychologiques rencontrés durant leur parcours.
Début janvier, les sapeurs-pompiers de Paris, anciens et actifs, seront invités à participer à une étude ambitieuse : l’étude COMITEX (Cohorte MIliTaire et son EXposome), conçue par l’institut IPSOS et pilotée par le Service de santé des armées (SSA).
Cette étude sera réalisée à travers un questionnaire, adapté tout spécifiquement par la Division Santé à la population des sapeurs-pompiers militaires. C’est une démarche inédite qui vise à recenser et analyser l’ensemble des risques professionnels (« exposome ») auquel le sapeur-pompier est confronté tout au long de sa carrière.
Que ce soit le personnel d’active ou les anciens, tous seront invités durant deux mois à répondre à un questionnaire en ligne pour contribuer à cette étude rétrospective d’ampleur, destinée à mieux comprendre l’impact réel du métier sur leur santé.
Pour le médecin-chef Aurélie Mayet, responsable du projet au SSA, l’enjeu est limpide : « Les sapeurs-pompiers de Paris font face à une grande variété de risques professionnels au quotidien — physiques, chimiques, biologiques et psychologiques. Les impacts à court terme sont relativement bien documentés. En revanche, les conséquences sur le moyen et long terme, encore peu connues, restent un angle mort ». Ce questionnaire vise justement à combler cette lacune.
L’étude est inédite, car elle repose sur un recueil rétrospectif en invitant chaque répondant à se remémorer les expositions et situations à risques rencontrées au fil de sa carrière. Si l’exercice peut paraître exigeant, notamment pour les carrières longues, il est cependant crucial. « Un jeune militaire répondra plus vite qu’un plus ancien ayant un parcours professionnel dense.
C’est normal. Plus la carrière est longue, plus la carrière professionnelle est diversifiée », souligne le médecin en chef. Le questionnaire pourra néanmoins être renseigné en plusieurs fois, car les données seront conservées sur un espace sécurisé.
»> Participer à l’étude :
https://survey.ipsos.com/wix/p374704731346.aspx
La BSPP a été retenue comme unité d’expérimentation pour sa taille, son homogénéité et la diversité des risques auxquels son personnel militaire est exposé. Forte d’environ 8 700 pompiers d’active, la Brigade bénéficie également d’un réseau d’anciens particulièrement structuré, facilitant l’inclusion des retraités via les associations ADOSSPP et GNASPP. « À ce jour, nous n’avons pas connaissance d’une étude comparable menée à grande échelle chez les pompiers professionnels civils. Ce serait une première », insiste le professeur Mayet.
Si la participation est suffisante et les résultats exploitables, le SSA prévoit d’ores et déjà d’élargir l’étude à l’ensemble des forces armées, gendarmerie comprise. Un objectif ambitieux qui passe par une mobilisation massive : « Nous voulons encourager tous les sapeurs-pompiers de Paris à répondre à ce questionnaire. Les réponses des anciens sont également fortement attendues. Plus nous aurons de données, plus nous serons en mesure de produire un rapport solide », précise le médecin en chef.
Un outil individuel et collectif : le Curriculum Laboris. À la fin du questionnaire, chaque participant pourra demander à l’équipe en charge de l’enquête un export de ses réponses au questionnaire, qui constituera un document personnalisé retraçant l’historique de son parcours professionnel et de ses expositions. Ce document pourra éventuellement être communiqué au médecin lors de la visite de médecine du travail. « Les données restent la propriété exclusive du répondant, conformément au RGPD. Chacun pourra les récupérer facilement sur simple demande à l’équipe investigatrice », rappelle le professeur Mayet.
Au-delà de l’intérêt individuel, l’analyse statistique des données anonymisées recueillies viendra étayer un rapport remis à la BSPP, dont l’objectif sera de mieux identifier et caractériser les situations professionnelles à risques pour la santé, poser un diagnostic global de l’état de santé au sein de la brigade et, si nécessaire, déclencher de nouvelles mesures de prévention. « Ce projet doit permettre d’apporter des éléments factuels supplémentaires afin de réduire certains risques professionnels », précise le professeur Mayet.
Un projet ancré dans l’histoire de la médecine militaire. Pour le Service de santé des armées, l’étude COMITEX s’inscrit dans une longue tradition de vigilance sur les impacts du métier de soldat. Le Pr. Mayet évoque « le syndrome de la guerre du Golfe ou la prise en compte croissante du stress post-traumatique suite aux opérations en Afghanistan » comme autant d’exemples qui ont fait évoluer les pratiques. Aujourd’hui, le SSA souhaite aller encore plus loin et mesurer les impacts d’une carrière militaire sur la santé, au sens large.
Cette étude porte donc une ambition claire : produire un premier rapport scientifique documenté sur la population des sapeurs-pompiers de Paris, tant les actifs que les anciens, pour tenter de mesurer l’impact de cette profession sur la santé à long terme. En tant qu’étude pilote, elle permettra de tester la faisabilité d’un observatoire qui pourra être appliqué secondairement à l’ensemble des forces armées. « Nous avons été chargés de penser, concevoir et mettre en œuvre ce nouvel outil. L’accès au questionnaire début 2026 doit nous permettre d’obtenir assez de matière pour cette première analyse d’ensemble », précise le Pr. Mayet.