EXPRESSION LIBRE — 18 septembre, naissance d’une tradition

 — Modi­fiĂ©e le 25 juillet 2024 Ă  20 h 53 

Planète Brigade – L’habitude engendre des automatismes, des routines. Autant d’actions ou de gestes qui nous semblent tellement naturels qu’on en oublie comment et pourquoi ils ont été créés. Patrice Havard nous raconte la genèse de la cérémonie du 18 septembre.

Nous sommes en sep­tembre et il semble logique de cĂ©lé­brer le 18 sep­tembre comme la Jour­nĂ©e des pom­piers de Paris. Et pour­tant ça n’a pas tou­jours Ă©tĂ© comme ça. Cette fĂŞte a dĂ©bu­tĂ© en 2003 ; il est temps pour l’histoire, vingt ans après, de connaĂ®tre pour­quoi et com­ment elle est nĂ©e.

De la dis­cus­sion jaillit la lumière, dit-on. Il est logique après deux décades de dire que l’idée fut… lumi­neuse. Il a sim­ple­ment fal­lu une ren­contre de deux hommes qui se com­prennent. L’un pour sou­mettre l’idée et l’autre pour la sai­sir et l’officialiser. Il n’est pas cou­rant à notre époque qu’une idée, fut-elle fédé­ra­tive, puisse s’imposer comme tradition.

Avant de prendre son com­man­de­ment, le géné­ral Péri­co est en fonc­tion au sein du Génie en région pari­sienne et tient des réunions à Cham­per­ret. Mon bureau de direc­teur du musée était alors au niveau du poste de garde. Nous connais­sant de longue date, nous dis­cu­tions sou­vent avant et après ses réunions et bien enten­du, le sujet per­ma­nent était la Brigade.

Un jour, le géné­ral me dit sa fier­té de pou­voir com­man­der la Bri­gade, un Corps à grande tradition.

Point-clé et extrê­me­ment déli­cat, je ne pus cacher qu’à mes yeux et en l’état de mes connais­sances, nous n’étions pas un Corps à grande tradition.

Céré­mo­nie du 18 sep­tembre 2004

Stu­peur, pour ne pas dire plus, du géné­ral qui me demande d’étayer.

Nous voi­lĂ  donc, Ă  faire ensemble l’inventaire de ce qui pou­vait res­sem­bler Ă  des tra­di­tions. Le seul point qui nous appar­te­nait mais qui n’est pas Ă  pro­pre­ment par­ler une tra­di­tion est notre devise « Sau­ver ou PĂ©rir Â», de 1942, et plus rĂ©cem­ment le slo­gan « Un mĂ©tier, un idĂ©al, du sport Â» de 1967. Nous pos­sé­dions des sym­boles et des actions propres au Corps et d’autres com­munes Ă  d’autres for­ma­tions. Propres au corps : appel des morts au feu, jour­nĂ©e du sou­ve­nir (com­mu­né­ment appe­lĂ©e la Sainte-Odile), bal du 14 juillet, devise, Ă©thique, Ă©quipe de gym­nas­tique. Com­munes Ă  d’autres corps : dra­peau, Sainte-Barbe, salle des tra­di­tions et musĂ©e, pré­sen­ta­tion des recrues au dra­peau, remise de galons aux sous-offi­ciers, insigne de corps, cou­leur dis­tinc­tive de l’uniforme, musique, jour­nĂ©es portes ouvertes. Ă€ chaque point Ă©vo­quĂ©, aucun ne pou­vait cor­res­pondre Ă  une vraie tra­di­tion pure­ment Bri­gade. D’après le dic­tion­naire Hachette, tra­di­tion est un nom fĂ©mi­nin qui dĂ©fi­nit la « manière de faire trans­mise par les gĂ©né­ra­tions anté­rieures. Mode de trans­mis­sion d’une infor­ma­tion de gĂ©né­ra­tion en gĂ©né­ra­tion Â». On peut rat­ta­cher Ă  ce mot celui de sym­bole, dĂ©fi­ni par le mĂŞme dic­tion­naire comme la « repré­sen­ta­tion figu­rĂ©e, ima­gĂ©e, concrète d’une notion abstraite Â». 

On peut ain­si hié­rar­chi­ser les mots. La tra­di­tion est mise en pers­pec­tive par le symbole.

De ce constat, le gĂ©né­ral me demande de lui faire des pro­po­si­tions. Enfin, j’avais la pos­si­bi­li­tĂ© de m’exprimer uti­le­ment pour la Bri­gade. La LĂ©gion, dont les tra­di­tions sont bien ancrĂ©es et dont nous avons un peu pla­giĂ© le code d’honneur, avait une date fixe pour cĂ©lé­brer Came­rone. Les troupes de Marine cĂ©lèbrent Baseilles Nous, rien, pas de date.

Le géné­ral me demande de trou­ver un grand feu ou grande opé­ra­tion mar­quante, mais cela me sem­blait trop sujet à discussion.

Alors je lui dis « qu’une date s’impose natu­rel­le­ment, le 18 sep­tembre. Elle pour­rait ĂŞtre choi­sie comme Ă©tant la jour­nĂ©e de la Bri­gade de sapeurs-pom­piers de Paris pour de mul­tiples rai­sons. Cette date est recon­nue de tous comme Ă©tant fon­da­trice de ce que nous sommes actuel­le­ment (bien que l’ancrage offi­ciel dans « le com­plet de l’armĂ©e Â» date du 21 novembre 1821). FĂŞtĂ©e en interne, elle aurait pour objet de fĂ©dé­rer l’ensemble des per­son­nels du corps de façon sacrale, sur notre iden­ti­tĂ© de pom­pier pro­fes­sion­nel et de mili­taire. Ce serait pré­texte Ă  un rap­pro­che­ment auprès des pom­piers civils et des mili­taires tout en affir­mant ain­si notre iden­ti­tĂ© spé­ci­fique. Le conte­nu de cette jour­nĂ©e reste Ă  dĂ©fi­nir mais pour­rait dĂ©bu­ter par la lec­ture d’un ordre du jour repre­nant en par­tie l’objet de cette cĂ©lé­bra­tion. Dans l’esprit, il ne s’agit sur­tout pas de fĂŞte type Sainte-Barbe, mais plu­tĂ´t recen­trĂ©e sur les prin­cipes qui font notre rĂ©pu­ta­tion et notre honneur Â».

Céré­mo­nie du 18 sep­tembre 2004

Après cette pro­po­si­tion concrète et en trace directe avec notre his­toire, le gĂ©né­ral me dit : « La voi­lĂ  l’idĂ©e ! Faites-moi une note blanche dĂ©ve­lop­pant vos pro­po­si­tions Â» et il ajoute par une rĂ©ac­tion que je n’oublierai jamais « 1811 – 2011, nous nous ins­cri­vons pour le futur bicentenaire Â».

Le géné­ral savait très bien que pre­nant en sep­tembre 2003, ce ne serait plus lui qui orga­ni­se­rait cet anni­ver­saire. Il n’a pen­sé qu’à la Bri­gade et à sa gran­deur. Mon géné­ral mer­ci encore.

Bien enten­du, je n’ai pas traî­nĂ©. J’ai Ă©crit cette note blanche, donc non datĂ©e et non signĂ©e, dont je conserve tou­jours un exem­plaire. Dans mon dĂ©ve­lop­pe­ment j’apporte beau­coup d’idĂ©es, plus exac­te­ment des demandes. Cer­taines ont trou­vĂ© une pĂ©ren­ni­tĂ© et d’autres une appli­ca­tion plus tar­dive quant au reste, on ver­ra… CrĂ©a­tion d’un hymne des pom­piers de Paris, retour du bon­net de police, nomi­na­tion de pom­pier hono­raires et remise en ser­vice d’un grade d’honneur (aban­don­nĂ© après-guerre), le gĂ©né­ral en tenue bleu, retour du fanion de com­man­de­ment du gĂ©né­ral, jour­nĂ©e des talents met­tant en valeur tout pom­pier de Paris qui excelle dans son « art Â».

Ce pour­rait ĂŞtre une inven­tion, une sta­tue, une pein­ture, un tro­phĂ©e, un chant, une res­tau­ra­tion, liste non exhaus­tive et cela sur n’importe quel thème selon la maxime Â« il n’est de richesse que d’hommes Â». Et, pour le coup, je lui rap­pe­lai « son idĂ©e du « conseil des sages Â» com­po­sĂ© de ses mĂ©daillĂ©s mili­taires de toutes uni­tĂ©s (une dizaine dif­fé­rente Ă  chaque rĂ©union). J’insistai aus­si sur le fait que « la 1831e sec­tion des mĂ©daillĂ©s mili­taires sapeurs-pom­piers de Paris com­prend dans ses rangs plus de 200 membres dont les Ă©tats de ser­vice parlent pour eux. Près de la moi­tiĂ© sont des actifs, mais tous, actifs et retrai­tĂ©s, seront Ă  votre dis­po­si­tion pour ser­vir encore et tou­jours notre Brigade Â».

L’ordre du jour n°1 du géné­ral Péri­co porte créa­tion de la jour­née des sapeurs-pom­piers de Paris le 18 sep­tembre, date immuable. Il l’a lu en bleu, accom­pa­gné du fanion. Tout res­tait à concrétiser…

Deux ans après, la limite d’âge m’a rat­tra­pĂ© mais j’ai pu voir naĂ®tre, le 18 sep­tembre, le gĂ©né­ral en bleu, le fanion de com­man­de­ment, les grades d’honneur, le bon­net de police pour les anciens en sub­sti­tu­tion du bĂ©ret. Ă€ dĂ©faut d’hymne la com­mis­sion ad’hoc a choi­si la chan­son créée pour l’évĂ©nement Paris nous voi­lĂ . Ces deux der­nières annĂ©es m’ont per­mis de vivre selon le pré­cepte « obĂ©ir d’amitiĂ© Â».

Sou­ve­nirs pour l’Histoire.

Patrice HAVARD 14107

En marge, j’ajouterai pour ter­mi­ner cet extrait de G. Ripert “Les forces crĂ©a­trices du droit” 1953 Ă  lire et Ă  mĂ©di­ter car, Ă  mon sens, intemporel : 

« Le mĂ©pris du pas­sĂ© est un pro­cé­dĂ© facile pour jus­ti­fier l’a­ven­ture pré­sente. Les règles nĂ©ces­saires pour la conduite des hommes sont infi­ni­ment variĂ©es, mais, Ă  les ana­ly­ser, elles se ramènent Ă  quelques pro­cé­dĂ©s qui sont tou­jours les mĂŞmes et qui ont tous Ă©tĂ© dĂ©jĂ  employĂ©s.

Chaque gĂ©né­ra­tion ne sau­rait pré­tendre Ă  l’œuvre de crĂ©a­tion totale. Elle doit avoir la modes­tie de conti­nuer ce qui a Ă©tĂ© fait avant elle, en s’ef­for­çant de faire mieux s’il est pos­sible, mais avec le sen­ti­ment que toute amé­lio­ra­tion sup­pose une conservation Â». 

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