#BrigadeInside –
Mathilde P. intègre la Brigade le 4 mai 2021. Comme tout sapeur-pompier de Paris, elle suit sa formation initiale incendie et secours à victimes pendant quatre mois. C’est en 2025 qu’elle intègre le groupe cynotechnique. Un recrutement rapide, lié à un besoin opérationnel, qui lui permet également d’obtenir un chien très tôt dans son parcours.
Au groupe cynotechnique, le choix du chien n’en est pas vraiment un. Il s’agit avant tout d’une question de comportement et de compatibilité de caractère. Les conducteurs passent du temps avec les chiots, les cadres les observent et, par instinct, décident ou non si la compatibilité est bonne.
Mathilde se souvient encore de cette matinée de garde où tout bascule. Un éleveur arrive avec un jeune chiot : Raïden, un berger belge Groenendael à la robe noire, issu de l’élevage des Ronnins Noirs, reconnu pour la qualité de ses lignées de travail et ayant déjà fourni plusieurs chiens au groupe. Sans sollicitation, le chiot la suit naturellement alors qu’elle prépare ses affaires dans le véhicule risque animalier (VRA). C’est le coup de foudre, le lien est immédiat. Pourtant, tout n’est pas parfait. Lors des premiers tests, Raïden montre des difficultés à évoluer sur certains types de sols, notamment lors des changements de substrats. Un travail spécifique est nécessaire pour lui permettre de s’adapter à son environnement. Un défi que Mathilde accepte, et qui marque le début d’une relation.
Famille de pompiers. Né le 3 octobre 2024, Raïden n’a aujourd’hui qu’un an et demi. Encore adolescent, il découvre progressivement les exigences du métier. « C’est un chien courageux, rustique et résilient, il se distingue par une forte motivation au travail et une grande curiosité. Mais aussi par une sensibilité plus marquée que celle d’autres chiens du groupe, notamment les bergers malinois, présents en nombre dans notre groupe » détaille Mathilde.
Cette sensibilité impose une approche différente. Là où certains chiens peuvent être un peu plus brusqués, Raïden demande finesse et adaptation. Car dans le monde cynotechnique, une règle prévaut : connaître son chien parfaitement. La première classe Pichon précise : « Dresser un chien demande des mois,
parfois des années. Détruire son apprentissage peut ne prendre que quelques secondes ».
Au groupe cynotechnique, les chiens ne sont pas de simples outils opérationnels. Ils partagent la vie de leur conducteur, quelque chose d’assez propre à la BSPP. En dehors des gardes, ils vivent au domicile, évoluent dans un environnement familial, côtoient proches et inconnus, rencontre d’autres chiens… qui eux ne sont pas pompiers. Cette immersion est essentielle pour leur équilibre, car ces chiens doivent être capables d’intervenir dans des contextes variés. Mathilde nous explique : « Le fait qu’ils soient au contact des victimes demande des chiens stables, sociables, capables de s’adapter sans jamais perdre leur capacité de travail ».
Les qualités recherchées pour nos amis à quatre pattes du groupe cynotechnique sont précises : motivation durable, stabilité émotionnelle, résilience, capacité de récupération, goût de l’effort et besoin d’activité mentale. Des profils que l’on retrouve principalement chez les bergers belges — malinois, tervuren, Groenendael — mais aussi, plus ponctuellement, chez d’autres races comme le labrador.
Apprendre à devenir un binôme. La formation de Mathilde et Raïden s’inscrit dans un parcours structuré et progressif. Elle débute par un tronc commun incluant notamment le sauvetage-déblaiement de niveau 1 et le risque animalier. Rapidement, le parcours cynotechnique prend le relais et débute par une phase de pré-formation articulée en trois blocs.
Le module A pose les bases : acquisition, entretien et éducation du chiot. Le module B, sur six mois, marque l’entrée dans le concret : développement de la motivation olfactive, découverte des missions de recherche, premiers apprentissages. Mathilde et Raïden viennent de valider le dernier, le module C, axé sur l’obéissance, la socialisation et le renforcement des capacités olfactives. Une étape suivie notamment au 7e Régiment d’instruction et d’intervention de la sécurité civile (RIISC).
Pour le binôme une phase de consolidation de six mois s’ouvre désormais. L’objectif est clair : transformer l’apprentissage en réflexe opérationnel. « Actuellement Raïden je le motive énormément dans la recherche, je l’encourage au moment où il part, en manœuvre c’est un peu “ Allez gamin tu vas y arriver ! ” Dans six mois, ce que j’attends de lui sur intervention c’est “ tu cherches, si tu trouves tu aboies ”. Ça peut sembler rien comme ça, mais pour lui la marche est énorme » indique la conductrice de Raïden. Un chemin encore exigeant, notamment sur le franchissement d’obstacles, où le jeune chien doit encore gagner en assurance. À terme, la validation du certificat CYN1 marquera leurs débuts à bord du VEC.
Valeur canine. Après une après-midi passée avec le groupe cyno, on comprend rapidement que travailler avec un chien, c’est accepter de sortir des schémas classiques. Rien n’est écrit, il n’existe pas de méthode unique. L’expérience des anciens guide les débuts, mais chaque conducteur doit ensuite trouver son propre équilibre, en fonction de son chien. Observer, tester, parfois échouer, ajuster. Raïden, par exemple, n’aborde pas les obstacles comme d’autres. Là où certains foncent, lui analyse. Une approche différente, mais pas moins efficace. Peut-être même plus sécurisante car dans des décombres, la précipitation peut coûter cher.
Chez les cynos, une conviction ressort clairement : un chien équilibré, heureux, respecté et compris est un chien capable de sauver. Et dans le regard attentif que Mathilde porte à Raïden, comme dans l’énergie que le jeune toutou déploie à chaque recherche, se construit déjà bien plus qu’un simple binôme, mais une véritable équipe appelée à durer bien au-delà des interventions.
Dresser un chien demande des mois,
parfois des années. Détruire son apprentissage peut ne prendre que quelques secondes
Un animal, une inter’
Le groupe cynotechnique s’articule autour de deux vecteurs opérationnels : le VRA et le véhicule équipe cynotechnique (VEC). Peu importe l’engin, sur intervention, des animaux il y en aura ! C’est à bord du VEC que s’exprime pleinement le savoir-faire cynotechnique. Les binômes sont engagés pour la recherche de victimes ensevelies lors d’effondrements ou d’explosions. Ils interviennent également en recherche de personnes disparues, en milieu urbain comme en milieu naturel.
Deux approches se distinguent. La quête, d’abord, où le chien évolue en prospection libre sur une zone définie, sans odeur de référence, à la recherche de toute présence humaine en détresse.
Le pistage, ensuite, qui consiste à suivre la trace d’une personne à partir d’un objet imprégné de son odeur.
Mais les chiens sont également capables de participer à des recherches de victimes immergées, en appui des plongeurs, ou d’intervenir sur des accidents de la route pour retrouver d’éventuels éjectés. Dans tous les cas, leur rôle reste le même : détecter, localiser, guider.
Le VRA constitue l’autre facette de leur engagement. Les équipes y assurent la gestion du risque animalier : capture d’animaux dangereux, interventions sur faune sauvage ou exotique, ou encore assistance lors d’opérations nécessitant une prise en charge spécifique d’un animal. Mathilde y évoque des interventions très variées, parfois inattendues. Comme ce poney tombé dans la Marne après avoir pris peur, nécessitant une coordination avec les plongeurs et les équipes de sauvetage-déblaiement pour permettre son extraction en sécurité. Au groupe cyno les missions illustrent la diversité du métier, entre technicité, adaptation et sang-froid.
Enfin, lorsque les personnels ne sont pas engagés sur le VEC ou le VRA, ils assurent la fonction de garde chenil. Une fonction essentielle mais souvent méconnue. Cela consiste à veiller au bien-être des chiens : alimentation, entretien des espaces de vie, suivi quotidien. Un rôle discret, mais indispensable. Car derrière chaque intervention réussie, il y a aussi ce travail de l’ombre, garant de l’équilibre et de la disponibilité opérationnelle des binômes.