Web-série – À Meudon, difficile de rêver d’un meilleur terrain de jeu pour un passionné de course à pied. Forêt, relief et longues portions roulantes font partis du quotidien du caporal-chef Sylvain Colineau. Résultat : un marathon bouclé en moins de trois heures, à l’image de son engagement opérationnel, constant et investi.
Bonjour Sylvain, pourrais-tu te présenter ?
Bonjour, je suis le caporal-chef Sylvain Colineau. J’ai 29 ans et cela fait quatre ans que je suis à la BSPP. Depuis mes débuts, je suis affecté au centre de secours de Meudon. Avant cela, j’étais charpentier, spécialisé dans la rénovation du patrimoine. J’ai exercé ce métier pendant neuf ans, après avoir obtenu un CAP puis un BP. J’ai finalement choisi de rejoindre les pompiers de Paris, car c’était un projet que j’avais depuis longtemps.
J’ai évolué assez rapidement. Au bout de huit mois de service, on m’a proposé de passer le PEC. Après un an en tant que caporal, j’ai présenté le peloton des élèves caporaux-chefs. Depuis le début, mon objectif était de devenir chef d’agrès VSAV, à la fois pour occuper cette fonction et parce que je suis entré relativement tard à la BSPP, à 25 ans. Aujourd’hui j’en ai 29, et je suis très content d’avoir cette responsabilité.
Sur le plan personnel, je vis avec ma conjointe et notre petit garçon de six mois à Chalonnes-sur-Loire, près d’Angers. J’ai environ trois heures de train pour les rejoindre. Côté passions, je suis très orienté course à pied. Je m’entraîne aussi bien chez moi qu’au centre de secours, et je prépare différentes compétitions : semi-marathons, marathons, 10 km et quelques trails courts. Le secteur de Meudon est idéal pour ça, avec la forêt, le dénivelé et les quais de Seine. Nous sommes d’ailleurs plusieurs à partager cette passion au centre.
Quel est le premier aspect positif qui te vient en tête en pensant à ce CS ?
Ce que j’apprécie le plus, c’est l’ambiance. Le centre est de taille réduite, la garde aussi, donc on se connaît tous et on se croise en permanence. Cela crée une vraie proximité entre les personnels. Cette ambiance s’étend aussi aux plus jeunes. Bien sûr, il faut faire sa place, mais chacun finit par s’intégrer au centre.
Quelles sont les spécificités ou les types d’interventions sur ce secteur ?
Le centre de secours de Meudon couvre les communes de Meudon, Chaville et Sèvres. C’est l’un des secteurs les plus forestiers de la Brigade : la forêt de Meudon représente environ 750 hectares, soit près de la moitié du secteur. La population est globalement assez vieillissante, avec beaucoup de personnes âgées et de maisons de retraite, ce qui explique une part importante de secours à victime.
Le secteur reste néanmoins varié. On intervient régulièrement sur des accidents de circulation, notamment sur la nationale 118. On retrouve aussi des risques liés aux axes ferroviaires et à une partie fluviale.
Quelle est l’intervention qui t’a le plus marqué dans ce CS ?
Je pense à un feu de parc de stationnement couvert sur le secteur Clamart. J’étais encore servant à ce moment-là, tout juste sorti du PEC et récemment nommé caporal. Nous arrivons en deuxième équipe. La première équipe nous indique que le foyer se situe à une trentaine de mètres, avec plusieurs véhicules en feu. Avec mon chef d’équipe, nous nous engageons avec la lance. C’était mon premier feu de ce type. Nous progressons et restons environ une dizaine de minutes à proximité des véhicules. Très rapidement, je ressens une chaleur intense : ça devient piquant, presque insupportable, notamment au niveau du casque. Avec mon chef d’équipe, on se regarde et on comprend tous les deux que la situation devient critique. Nous décidons de faire demi-tour et de revenir au point d’accès. Avec le recul, c’était la seule décision à prendre. Nous étions proches de la limite du supportable. Cette intervention m’a marqué, car elle est arrivée juste après le PEC. Elle m’a permis de mettre en application la discipline au feu. Cette doctrine est là pour nous protéger, et à ce moment-là, il a fallu rester humble. J’ai signalé à mon chef que la chaleur n’était plus supportable pour moi. Cela m’a aussi fait évoluer dans ma manière de commander. J’ai pris conscience de l’importance du binôme, du ressenti de chacun. Mon chef, par exemple, ressentait moins la chaleur car il était mieux protégé par la lance. Avec le recul, je pense que cette intervention est arrivée au bon moment dans mon parcours. Elle m’a rappelé la dangerosité du métier et m’a fait gagner en maturité.
Souvenir personnel le plus marquant dans ce CS ?
Un moment marquant, ce sont les préparations du bal du 14 juillet. Nous avons un grand jardin à la caserne et, chaque été, nous l’utilisons pour fabriquer ensemble les décors. L’année dernière, nous construisions le bar du bal. Avec mon passé de charpentier, j’étais chargé de sa conception. C’est assez gratifiant de participer à la création d’un élément central pour un événement important de la vie du centre. Plus largement, le cadre de vie à Meudon est un vrai point fort. L’été, la caserne est particulièrement agréable à vivre, ouverte sur l’extérieur. Cela permet d’organiser des barbecues, de partager des moments ensemble le soir et de profiter pleinement de la vie en caserne.