UN POMPIER, UN CS — Sylvain au CS Meudon

Raphaël Orlan­do —  — Modi­fiée le 6 mai 2026 à 10 h 43 

Web-série – À Meudon, difficile de rêver d’un meilleur terrain de jeu pour un passionné de course à pied. Forêt, relief et longues portions roulantes font partis du quotidien du caporal-chef Sylvain Colineau. Résultat : un marathon bouclé en moins de trois heures, à l’image de son engagement opérationnel, constant et investi.

Bon­jour Syl­vain, pour­rais-tu te présenter ?

Bon­jour, je suis le capo­ral-chef Syl­vain Coli­neau. J’ai 29 ans et cela fait quatre ans que je suis à la BSPP. Depuis mes débuts, je suis affec­té au centre de secours de Meu­don. Avant cela, j’étais char­pen­tier, spé­cia­li­sé dans la réno­va­tion du patri­moine. J’ai exer­cé ce métier pen­dant neuf ans, après avoir obte­nu un CAP puis un BP. J’ai fina­le­ment choi­si de rejoindre les pom­piers de Paris, car c’était un pro­jet que j’avais depuis longtemps.

J’ai évo­lué assez rapi­de­ment. Au bout de huit mois de ser­vice, on m’a pro­po­sé de pas­ser le PEC. Après un an en tant que capo­ral, j’ai pré­sen­té le pelo­ton des élèves capo­raux-chefs. Depuis le début, mon objec­tif était de deve­nir chef d’agrès VSAV, à la fois pour occu­per cette fonc­tion et parce que je suis entré rela­ti­ve­ment tard à la BSPP, à 25 ans. Aujourd’hui j’en ai 29, et je suis très content d’avoir cette responsabilité. 

Sur le plan per­son­nel, je vis avec ma conjointe et notre petit gar­çon de six mois à Cha­lonnes-sur-Loire, près d’Angers. J’ai envi­ron trois heures de train pour les rejoindre. Côté pas­sions, je suis très orien­té course à pied. Je m’entraîne aus­si bien chez moi qu’au centre de secours, et je pré­pare dif­fé­rentes com­pé­ti­tions : semi-mara­thons, mara­thons, 10 km et quelques trails courts. Le sec­teur de Meu­don est idéal pour ça, avec la forêt, le déni­ve­lé et les quais de Seine. Nous sommes d’ailleurs plu­sieurs à par­ta­ger cette pas­sion au centre.

Quel est le pre­mier aspect posi­tif qui te vient en tête en pen­sant à ce CS ?

Ce que j’apprécie le plus, c’est l’ambiance. Le centre est de taille réduite, la garde aus­si, donc on se connaît tous et on se croise en per­ma­nence. Cela crée une vraie proxi­mi­té entre les per­son­nels. Cette ambiance s’étend aus­si aux plus jeunes. Bien sûr, il faut faire sa place, mais cha­cun finit par s’intégrer au centre.

Quelles sont les spé­ci­fi­ci­tés ou les types d’interventions sur ce secteur ?

Le centre de secours de Meu­don couvre les com­munes de Meu­don, Cha­ville et Sèvres. C’est l’un des sec­teurs les plus fores­tiers de la Bri­gade : la forêt de Meu­don repré­sente envi­ron 750 hec­tares, soit près de la moi­tié du sec­teur. La popu­la­tion est glo­ba­le­ment assez vieillis­sante, avec beau­coup de per­sonnes âgées et de mai­sons de retraite, ce qui explique une part impor­tante de secours à victime.

Le sec­teur reste néan­moins varié. On inter­vient régu­liè­re­ment sur des acci­dents de cir­cu­la­tion, notam­ment sur la natio­nale 118. On retrouve aus­si des risques liés aux axes fer­ro­viaires et à une par­tie fluviale.

Quelle est l’intervention qui t’a le plus mar­qué dans ce CS ?

Je pense à un feu de parc de sta­tion­ne­ment cou­vert sur le sec­teur Cla­mart. J’étais encore ser­vant à ce moment-là, tout juste sor­ti du PEC et récem­ment nom­mé capo­ral. Nous arri­vons en deuxième équipe. La pre­mière équipe nous indique que le foyer se situe à une tren­taine de mètres, avec plu­sieurs véhi­cules en feu. Avec mon chef d’équipe, nous nous enga­geons avec la lance. C’était mon pre­mier feu de ce type. Nous pro­gres­sons et res­tons envi­ron une dizaine de minutes à proxi­mi­té des véhi­cules. Très rapi­de­ment, je res­sens une cha­leur intense : ça devient piquant, presque insup­por­table, notam­ment au niveau du casque. Avec mon chef d’équipe, on se regarde et on com­prend tous les deux que la situa­tion devient cri­tique. Nous déci­dons de faire demi-tour et de reve­nir au point d’accès. Avec le recul, c’était la seule déci­sion à prendre. Nous étions proches de la limite du sup­por­table. Cette inter­ven­tion m’a mar­qué, car elle est arri­vée juste après le PEC. Elle m’a per­mis de mettre en appli­ca­tion la dis­ci­pline au feu. Cette doc­trine est là pour nous pro­té­ger, et à ce moment-là, il a fal­lu res­ter humble. J’ai signa­lé à mon chef que la cha­leur n’était plus sup­por­table pour moi. Cela m’a aus­si fait évo­luer dans ma manière de com­man­der. J’ai pris conscience de l’importance du binôme, du res­sen­ti de cha­cun. Mon chef, par exemple, res­sen­tait moins la cha­leur car il était mieux pro­té­gé par la lance. Avec le recul, je pense que cette inter­ven­tion est arri­vée au bon moment dans mon par­cours. Elle m’a rap­pe­lé la dan­ge­ro­si­té du métier et m’a fait gagner en maturité.

Sou­ve­nir per­son­nel le plus mar­quant dans ce CS ?

Un moment mar­quant, ce sont les pré­pa­ra­tions du bal du 14 juillet. Nous avons un grand jar­din à la caserne et, chaque été, nous l’utilisons pour fabri­quer ensemble les décors. L’année der­nière, nous construi­sions le bar du bal. Avec mon pas­sé de char­pen­tier, j’étais char­gé de sa concep­tion. C’est assez gra­ti­fiant de par­ti­ci­per à la créa­tion d’un élé­ment cen­tral pour un évé­ne­ment impor­tant de la vie du centre. Plus lar­ge­ment, le cadre de vie à Meu­don est un vrai point fort. L’été, la caserne est par­ti­cu­liè­re­ment agréable à vivre, ouverte sur l’extérieur. Cela per­met d’organiser des bar­be­cues, de par­ta­ger des moments ensemble le soir et de pro­fi­ter plei­ne­ment de la vie en caserne.


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