Grands formats – Nous sommes allés à la rencontre du colonel Nicolas Degrand, sous-chef de la division logistique de la Brigade, pour en savoir davantage sur l’arrivée du premiers secours de 6ᵉ génération.
Que représente l’intégration du PS6G dans le parc d’engins de la Brigade, tant sur le plan opérationnel que stratégique ?
En premier lieu, la BSPP garde toute sa spécificité avec l’arrivée des nouveaux PS6G SIDES, qui est un engin modulaire capable à la fois d’effectuer des opérations de lutte contre l’incendie, mais également des interventions de secours à personne et leur transport en milieu hospitalier. C’est un choix assumé dans la durée qui nous permet d’adapter la couverture opérationnelle à moindre coût. Ensuite, si le PS6G ressemble à s’y méprendre aux séries précédentes (4ᵉ et 5e génération) et si son gabarit garde des dimensions adaptées aux rues étroites, il est en revanche modernisé avec un châssis Renault (D12 240) qui lui garantit une maniabilité urbaine et une certaine légèreté avec un PTAC de 12 tonnes. Le PS6G répond également à la norme GSR2 qui le dote de détecteurs d’angles morts et de nombreux autres dispositifs d’aide à la conduite comme l’avertisseur de perte d’attention et de somnolence du conducteur. La cellule est également équipée d’une caméra permettant au chef d’agrès de contrôler la situation lors du transport. Enfin et surtout, le PSG6G constitue une rupture puisqu’il intègre la technologie diphasique qui ouvre de nouvelles réflexions tactiques et offre aux intervenants des moyens d’extinction complémentaires à ceux existants. Au total, 52 PS6G seront livrés à la Brigade.
La technologie diphasique et la réduction massive de la consommation d’eau modifient-elles la manière dont les sapeurs-pompiers de Paris abordent l’attaque d’un feu, notamment en milieu clos ?
Indéniablement, comme vous le soulignez, la consommation d’eau est moindre puisqu’une lance diphasique consomme environ 100 litres d’eau par minute quand elle est utilisée en mode brouillard d’eau. Les dégâts des eaux dans les appartements sont considérablement réduits. La mission de protection des biens en est donc simplifiée. Mais la lance diphasique présente de nombreux autres avantages : les gouttelettes fractionnées absorbent rapidement la chaleur, ce qui sécurise le porte-lance, facilite la progression des intervenants et l’extinction ; l’hydro-ventilation permet également de désenfumer les espaces. Enfin, après l’extinction, le brouillard d’eau plaque au sol les particules toxiques et limite donc l’exposition des intervenants aux fumées résiduelles : ce sont finalement plusieurs phases de la marche générale des opérations qui sont facilitées.
Quels retours avez-vous des sapeurs-pompiers qui ont déjà utilisé le PS6G en intervention ou en formation ? Comment perçoivent-ils cette nouvelle génération d’engins ?
Concernant la formation, la prise en compte du système diphasique est rapide et aisée, il faut compter deux jours de formation pour les porte-lances et une demi-journée pour les conducteurs. Cette nouvelle génération d’engins est accueillie avec enthousiasme, notamment par les conducteurs. L’intégration a été conçue et réalisée afin que la mise en œuvre simultanée d’une pompe incendie et du compresseur soit transparente pour le conducteur, et permet de surcroit d’établir sur le même engin une lance diphasique et des moyens d’extinction traditionnels. La mise en œuvre de la lance est également simplifiée puisque le porte-lance n’a pas de débit à régler et doit simplement travailler en brouillard pour traiter les fumées et les gaz chauds ou en eau pour achever l’extinction.
Quels ont été les principaux défis logistiques lors de l’intégration du PS6G : formation, maintenance, stocks, adaptation des ateliers, partenariats industriels… ?
Pour passer de l’intuition du BEP à un produit fabriqué en série par un industriel, il y a de nombreuses étapes à franchir. Une première épreuve de concept avait été livrée à la BSPP sur la base d’un rétrofit de FPTL avec un entrainement hydrostatique. Il s’agissait dans un premier temps de valider le principe de fonctionnement et la capacité de pouvoir faire fonctionner concomitamment deux systèmes (pompe incendie et compresseur). Les entrainements hydrostatiques sont réputés pour leur fiabilité, mais complexifient l’intégration, car ils nécessitent de nombreux composants. C’est pourquoi, en relation avec l’industriel, le BMCO et la compagnie de maintenance ont travaillé sur une simplification de la chaine cinématique en adoptant un entrainement mécanique par arbre de transmission sans pour autant nuire aux performances du système. C’est donc cette solution technique qui a été retenue pour le PS6G. Ce travail d’intégration était audacieux ; il a été réalisé en collaboration avec les sociétés LEADER et SIDES qui ont parfaitement su relever ce défi technologique dans des délais particulièrement contraints. Les sociétés ont pris des risques et le général s’est personnellement impliqué pour que le projet aboutisse. Nous sommes aujourd’hui dans une phase de fin de déverminage qui est une étape inévitable des maintenanciers où les derniers problèmes techniques nécessitent des corrections, cela concerne notamment le dévidoir tournant de la LDT, puis les livraisons vont pouvoir s’accélérer.
Selon vous, le PS6G est-il un engin isolé ou le premier jalon d’une nouvelle génération de matériels pour la Brigade ? Peut on imaginer une généralisation de ces technologies à d’autres engins ?
L’intégration du système diphasique sur d’autres engins pourrait être envisagée puisque cela a déjà été testé sur un pick-up à l’export. On voit que le système diphasique bouscule la doctrine : la protection volumétrique, lance diphasique rotative pouvant être associée à un robot, est expérimentée dans les parcs de stationnement couverts. La réduction du volume des citernes pourrait permettre de réduire les gabarits des engins de demain. L’ajout d’un compresseur sur un engin-pompe offre également de nouvelles perspectives comme la mise en œuvre de matériels pneumatiques dans le cadre des opérations RSMU, la mise en œuvre de structures gonflables ou d’établissements flottants en cas d’inondation, ou encore l’alimentation en air de tenues de feu refroidies…
Photo : caporal-chef Paul Millet
De gauche à droite sur la photo : le colonel Nicolas Degrand, l’adjudant-chef Vincent Jacquet, le lieutenant-colonel Cyril Frémaux, le capitaine Alban Thillet, le sergent Florient Marchand et l’adjudant Jocelyn Tissot ont notamment contribué à la mise en œuvre du système diphasique et du PS6G.