#BrigadeInside – Chaque lundi, leurs noms résonnent dans les emprises de la Brigade. Depuis 145 ans, les pompiers de Paris rendent hommage à leurs morts au feu lors du rassemblement hebdomadaire. À compter du 18 septembre 2026, cette tradition évolue : l’appel est repensé et deux nouveaux noms viennent rejoindre la liste de ceux qui ont donné leur vie en intervention.
Petite histoire. L’appel des morts au feu trouve ses origines sous la IIIe République. En 1880, le colonel Paris, alors chef de corps, propose au préfet de la Seine de faire installer dans les casernes des tables de marbre noir portant les noms des officiers et soldats du corps morts au feu. La première plaque est posée le 22 octobre 1881, à la caserne Rousseau. Dès les débuts, le principe est simple : inscrire les morts dans la mémoire collective du corps. À chaque rassemblement, leurs noms sont appelés et la réponse est immuable : « mort au feu ». Quarante ans avant que la première guerre mondiale ne conduise les armées à développer leurs propres rites en mémoire des morts pour la France, les sapeurs-pompiers de Paris ont ainsi choisi d’inscrire leurs héros dans le marbre.
Au fil des décennies, la tradition évolue sans jamais disparaître. En 1947, un monument est érigé à la mémoire des sapeurs et gradés « morts pour la France », auxquels s’ajoutent les « morts au feu ». En 1967, l’appel hebdomadaire est recentré sur les sapeurs et gradés morts au feu depuis la création de la Brigade. La lecture d’une fiche circonstanciée vient alors précéder l’appel : derrière chaque nom, une histoire, une intervention et des circonstances. Cette volonté de donner du sens au souvenir n’est pas nouvelle. En 1953, l’abbé Lacour, aumônier du Régiment, s’interrogeait déjà sur la manière de préserver la qualité de cet exercice de mémoire : « La pierre garde les noms mais on ne sait plus pourquoi ». Une formule particulièrement juste pour celui qui fut aussi, en 1945, le premier à écrire dans le journal ALLO18.
Deux nouveaux noms à la liste. Cette mémoire n’est pas figée. Réunie sous la présidence du général commandant la Brigade Arnaud de Cacqueray, la commission des sages a décidé de faire évoluer la liste des morts au feu. Deux nouveaux pompiers y sont ajoutés. Le sapeur Xavier Lacrique, conducteur d’un engin « feux de forêt » à l’UISC1 de la Sécurité civile, alors rattachée à la BSPP, décédé le 11 août 1987 lors d’une intervention préventive contre les feux de forêt dans le massif des Aspres, Pyrénées-Orientales (66). Engagé dans cette mission de prévention, il a perdu la vie alors que les équipes étaient mobilisées pour limiter les risques liés aux incendies dans un secteur particulièrement exposé.
La seconde fiche concerne le sapeur de première classe Jean-Claude Jolivet, décédé le 3 avril 1994 après une collision alors que son ambulance de réanimation se rendait sur intervention. À bord de ce véhicule engagé pour porter secours, il a été victime de l’accident survenu pendant le trajet, avant même que l’équipage ne puisse rejoindre le lieu de l’intervention.
Nouvelle façon de faire vivre la mémoire. Depuis le 18 septembre 2026, la manière de lire les morts au feu à évolué. Jusqu’alors, les 65 fiches du recueil étaient lues chaque semaine dans l’ordre chronologique. Désormais, les 52 fiches seront renumérotées afin de rapprocher autant que possible chaque lecture de la date anniversaire du décès. L’objectif est simple : créer davantage de cohérence entre le moment où la Brigade se rassemble et l’histoire qu’elle commémore. Certaines fiches pourront par ailleurs réunir les circonstances de plusieurs décès survenus lors d’opérations différentes.
Car derrière chaque « mort au feu », il y a une histoire que la Brigade choisit de ne pas laisser disparaître. Le cérémonial du lundi matin n’est donc pas seulement un rendez-vous avec le passé. Il est aussi une transmission d’une histoire commune. En faisant évoluer l’appel sans en modifier l’essence, la Brigade poursuit finalement la réflexion formulée par l’abbé Lacour, “les noms sont gravés dans la pierre, mais il faut continuer à savoir pourquoi.”