PLONGEURS BSPP (5/​5) — Recherche de victime noyée

Raphaël Orlan­do— — Modi­fiée le 6 novembre 2026 à 11 h 01 

Web-série– 10 h 43. Les pompiers du centre de secours nautique de Joinville sont déclenchés pour une personne tombée à l’eau, dans la Marne. Un exercice cette fois, mais tout se joue comme pour une intervention réelle, badauds compris, du signalement initial à la prise en charge finale. À l’arrivée sur les lieux, la situation s’est déjà « compliquée » selon le scénario prévu : la victime a coulé et n’est plus visible. Des badauds pointent du doigt un endroit précis : c’est là qu’elle est censée avoir disparu sous la surface.

À bord, l’é­qui­page de l’embarcation de secours et d’assistance aux vic­times (ESAV) ne perd pas une minute. Le chef d’a­grès, l’adjudant Nico­las Mame­lin, pilote l’embarcation tout en don­nant ses consignes aux plon­geurs. Pas de maté­riel spé­ci­fique à pré­voir pour cette manœuvre. L’idée est d’arriver sur les lieux prêts à s’immerger. Avant de plon­ger, un mot sur cet outil cen­tral : la com­mande. C’est une simple corde, mais elle est vitale. Elle relie le plon­geur au chef d’a­grès res­té en sur­face et per­met de com­mu­ni­quer par une série de coups codés, une sorte de morse appris dès la for­ma­tion. Un coup du plon­geur signi­fie qu’il est arri­vé à l’endroit vou­lu, deux coups pour deman­der au plon­geur de par­tir à gauche face au cou­rant, trois coups vers la droite face au cou­rant : cha­cun a un sens pré­cis. C’est
le seul lien entre celui qui est sous l’eau, dans le noir, et celui qui dirige la manœuvre depuis la surface. 

L’aiguille de la botte de foin.Une fois sur place, l’adjudant récu­père les infor­ma­tions auprès du com­man­de­ment des opé­ra­tions de secours (COS) et des « témoins », puis il engage un plon­geur vers le point de chute simu­lé. L’homme-grenouille s’im­merge, atteint le fond, et trace un péri­mètre de deux à trois mètres autour du point indi­qué dans l’es­poir de retrou­ver la vic­time tout de suite. Le scé­na­rio du jour est plus ardu. La vic­time reste introu­vable dans cette zone. Le chef d’agrès pré­cise qu’il va fal­loir adop­ter une autre méthode.

Le plon­geur remonte pour rendre compte : la vic­time est introu­vable. Après avoir obte­nu des infor­ma­tions com­plé­men­taires par son plon­geur sur la nature du fond, les dif­fi­cul­tés ren­con­trées et les éven­tuels embâcles, l’adjudant adopte une recherche en demi-cir­con­fé­rence, aus­si appe­lée un balayage pen­du­laire. Le plon­geur s’é­loigne selon un angle don­né, jus­qu’à ce qu’on lui indique de faire demi-tour en tirant sur la com­mande. Il repart dans l’autre sens en se déca­lant légè­re­ment et le mou­ve­ment recom­mence, jus­qu’à ce que toute la zone ait été cou­verte, sans angles morts.

C’est un tra­vail à l’a­veugle, où la com­mande fait tout le lien et per­met éga­le­ment au chef d’agrès de se faire une idée pré­cise des recherches au fond de l’eau. Le maté­riel varie selon le scé­na­rio. Un mar­teau brise-vitre pour un véhi­cule immer­gé, un ajus­te­ment du les­tage selon le cou­rant et la visi­bi­li­té, un casque lumi­neux ou une lampe à main si néces­saire, une seconde com­mande pour amar­rer un objet trou­vé au fond. Rien n’est figé. Le ter­rain dicte sa loi.

Le choix du plon­geur ? Sou­vent le plus jeune, pour qu’il engrange de l’ex­pé­rience, pen­dant que le plus aguer­ri reste en plon­geur de secours, prêt à inter­ve­nir. Un léger rhume ou une oreille légè­re­ment dou­lou­reuse sont des détails qui suf­fisent à chan­ger l’ordre d’en­ga­ge­ment. Car sous l’eau, un plon­geur est tou­jours seul et le second, équi­pé, veille en sur­face, prêt à plon­ger à son tour si son col­lègue a besoin d’aide ou n’ar­rive pas à rem­plir sa mission.

Retrou­vailles sous l’eau. Quand ce second plon­geur doit rejoindre le pre­mier, là encore, la visi­bi­li­té étant limi­tée sous l’eau, la com­mu­ni­ca­tion se fait par contact humain : main dans la main, par des pres­sions codées. Il s’a­git d’une autre forme de morse, cette fois au tou­cher. Habi­tués à ces condi­tions, les plon­geurs de la BSPP se com­prennent vite, et convergent tou­jours vers le même objec­tif.
L’exer­cice s’a­chève ain­si : récu­pé­ra­tion de la vic­time simu­lée, retour à bord, puis prise en charge de la vic­time, comme sur inter­ven­tion. Une manœuvre ryth­mée, où chaque coup de corde compte autant que les ordres don­nés sur feu, et où rien n’est lais­sé au hasard, même à l’entraînement.

Photo :CCH François-Julien Léonetti

À LIRE AUSSI…


Défiler vers le haut