Web-série– 10 h 43. Les pompiers du centre de secours nautique de Joinville sont déclenchés pour une personne tombée à l’eau, dans la Marne. Un exercice cette fois, mais tout se joue comme pour une intervention réelle, badauds compris, du signalement initial à la prise en charge finale. À l’arrivée sur les lieux, la situation s’est déjà « compliquée » selon le scénario prévu : la victime a coulé et n’est plus visible. Des badauds pointent du doigt un endroit précis : c’est là qu’elle est censée avoir disparu sous la surface.
À bord, l’équipage de l’embarcation de secours et d’assistance aux victimes (ESAV) ne perd pas une minute. Le chef d’agrès, l’adjudant Nicolas Mamelin, pilote l’embarcation tout en donnant ses consignes aux plongeurs. Pas de matériel spécifique à prévoir pour cette manœuvre. L’idée est d’arriver sur les lieux prêts à s’immerger. Avant de plonger, un mot sur cet outil central : la commande. C’est une simple corde, mais elle est vitale. Elle relie le plongeur au chef d’agrès resté en surface et permet de communiquer par une série de coups codés, une sorte de morse appris dès la formation. Un coup du plongeur signifie qu’il est arrivé à l’endroit voulu, deux coups pour demander au plongeur de partir à gauche face au courant, trois coups vers la droite face au courant : chacun a un sens précis. C’est
le seul lien entre celui qui est sous l’eau, dans le noir, et celui qui dirige la manœuvre depuis la surface.
L’aiguille de la botte de foin.Une fois sur place, l’adjudant récupère les informations auprès du commandement des opérations de secours (COS) et des « témoins », puis il engage un plongeur vers le point de chute simulé. L’homme-grenouille s’immerge, atteint le fond, et trace un périmètre de deux à trois mètres autour du point indiqué dans l’espoir de retrouver la victime tout de suite. Le scénario du jour est plus ardu. La victime reste introuvable dans cette zone. Le chef d’agrès précise qu’il va falloir adopter une autre méthode.
Le plongeur remonte pour rendre compte : la victime est introuvable. Après avoir obtenu des informations complémentaires par son plongeur sur la nature du fond, les difficultés rencontrées et les éventuels embâcles, l’adjudant adopte une recherche en demi-circonférence, aussi appelée un balayage pendulaire. Le plongeur s’éloigne selon un angle donné, jusqu’à ce qu’on lui indique de faire demi-tour en tirant sur la commande. Il repart dans l’autre sens en se décalant légèrement et le mouvement recommence, jusqu’à ce que toute la zone ait été couverte, sans angles morts.
C’est un travail à l’aveugle, où la commande fait tout le lien et permet également au chef d’agrès de se faire une idée précise des recherches au fond de l’eau. Le matériel varie selon le scénario. Un marteau brise-vitre pour un véhicule immergé, un ajustement du lestage selon le courant et la visibilité, un casque lumineux ou une lampe à main si nécessaire, une seconde commande pour amarrer un objet trouvé au fond. Rien n’est figé. Le terrain dicte sa loi.
Le choix du plongeur ? Souvent le plus jeune, pour qu’il engrange de l’expérience, pendant que le plus aguerri reste en plongeur de secours, prêt à intervenir. Un léger rhume ou une oreille légèrement douloureuse sont des détails qui suffisent à changer l’ordre d’engagement. Car sous l’eau, un plongeur est toujours seul et le second, équipé, veille en surface, prêt à plonger à son tour si son collègue a besoin d’aide ou n’arrive pas à remplir sa mission.
Retrouvailles sous l’eau. Quand ce second plongeur doit rejoindre le premier, là encore, la visibilité étant limitée sous l’eau, la communication se fait par contact humain : main dans la main, par des pressions codées. Il s’agit d’une autre forme de morse, cette fois au toucher. Habitués à ces conditions, les plongeurs de la BSPP se comprennent vite, et convergent toujours vers le même objectif.
L’exercice s’achève ainsi : récupération de la victime simulée, retour à bord, puis prise en charge de la victime, comme sur intervention. Une manœuvre rythmée, où chaque coup de corde compte autant que les ordres donnés sur feu, et où rien n’est laissé au hasard, même à l’entraînement.