FEMMES À LA BSPP — À jamais, les pionnières !

Damien Gre­nèche —  — Modi­fiée le 14 décembre 2023 à 05 h 08 

Histoire — La lutte contre les incendies est, historiquement, une activité héroïque masculine. L’arrivée des femmes, intégrées dans un milieu « militaro-viril », a bouleversé les habitudes en caserne. Pour autant, la guerre des sexes n’existe pas puisqu’il s’agit d’une vocation ! Revenons sur le parcours de ces femmes en uniformes de pompier… ou pas !

Dès le début du XXe siècle, l’image et le rôle de la femme inter­rogent. Cer­tains artistes se plaisent à ima­gi­ner le futur. Le célèbre impri­meur Albert Ber­ge­ret réa­lise en 1902, une série de cartes pos­tales pro­vo­cantes inti­tu­lée « les femmes de l’avenir ». Les illus­tra­tions montrent des femmes exer­çant des métiers d’hommes (sol­dat, avo­cat, méde­cin, etc.). L’une d’entre-elle arbore le casque de pom­pier et une tenue plu­tôt légère et rac­cour­cie.
Du fan­tasme à la réa­li­té, il n’y a qu’un pas : dans la région de Vannes (56), une équipe de jeunes filles animent des manœuvres lors de dif­fé­rentes fêtes et ban­quets en Bre­tagne. Pour aper­ce­voir les pre­mières femmes-pom­piers, il faut tra­ver­ser l’Atlantique. Sur la côte ouest des États-Unis, Lil­lie Hit­ch­cok Coit est, à San Fran­cis­co, la mar­raine de la Kni­cker­bo­cker Engine Co. n°5. De plus, la ville de Los Angeles compte alors trois com­pa­gnies de volon­taires féminines.

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En France, la fémi­ni­sa­tion des armées remonte à la Pre­mière Guerre mon­diale. Des infir­mières étaient affec­tées au Ser­vice de San­té. Puis plus tard, en 1940, à Londres, est créé le corps fémi­nin rat­ta­ché aux Forces Fran­çaises Libres (FFL). Simone Mathieu, une ancienne gloire du ten­nis, dirige cette troupe. Par la suite, d’autres for­ma­tions sont mises sur pied comme les sec­tions fémi­nines de la Flotte ou encore les fameuses
« Mer­li­nettes », Corps fémi­nin des trans­mis­sions (CFT) en Afrique du Nord. À la fin de la guerre, le décret du 15 octobre 1951 octroie une cer­taine recon­nais­sance avec la créa­tion du corps des Per­son­nels fémi­nins de l’Armée de terre (PFAT).

Il n’est pas rare de trou­ver, dans les corps ruraux, des femmes qui assis­taient leurs maris sur cer­taines mis­sions (trans­port de maté­riel, rele­vage des vic­times, etc.) tout en récla­mant le droit d’exercer ce métier qui leur est inter­dit. En 1974, Fran­çoise Mabille, une jeune nor­mande intré­pide, endosse le ves­ton de cuir et troque ses mocas­sins contre de larges bottes. À Baren­tin (Seine-Mari­time), elle devient alors, la pre­mière femme pom­pier volon­taire de France. Confron­tée à la non-mixi­té des locaux, en cas de départ pour feu, elle explique se chan­ger chez sa sœur qui habite juste à côté de la caserne. Auto­ri­sée à par­ti­ci­per aux inter­ven­tions hors du cadre légal et juri­dique, elle doit attendre le décret du 25 octobre 1976 pour être recon­nue. Face camé­ra, elle affirme que « pour faire un bon pom­pier, il faut avoir la san­té, le cou­rage, ne pas avoir peur des acci­dents, du sang sur­tout et du feu prin­ci­pa­le­ment ». Loin des strass et des paillettes, au prix d’énormes efforts, elle finit par se faire accep­ter.
Tout en l’observant mon­ter à l’échelle, des cen­taines de femmes gra­vissent avec elle les der­niers éche­lons condui­sant à un emploi exclu­si­ve­ment mas­cu­lin. Dès 1977, on assiste au recru­te­ment offi­ciel de plu­sieurs d’entre elles. Dans le reste du monde, Judith Livers Bre­wer (1974) devient à Arling­ton (USA), la pre­mière femme-pom­pier sala­riée. Quelques années plus tard, Sue Bat­ten rejoint la Fire Bri­gade de Londres (1982) et Bren­da Berk­man le FDNY.

À par­tir des années 1980, la fémi­ni­sa­tion s’accélère dans les armées. Le ser­vice natio­nal fémi­nin voit le jour en 1972 ; cepen­dant, l’accès est limi­té par des quo­tas (sup­pri­més en 1998). Un matin de mai 1973, les pre­mières PFAT fran­chissent le porche de l’état-major Cham­per­ret. Mili­taires à part entière, elles portent l’uniforme : pas de pan­ta­lon mais une jupe bleue en whip­cord. Leur arri­vée sus­cite à la fois inquié­tude, curio­si­té et impatience.

Ces contrac­tuelles admi­nis­trées par la pré­fec­ture de Police sont ensuite rem­pla­cées par les SOFAT (sous-offi­ciers fémi­nins). Après un an à Saint-Maixent‑L’école, elles suivent une for­ma­tion à l’école d’application de Dieppe (EPFAT). Pour la plu­part, elles occupent des emplois admi­nis­tra­tifs (stan­dar­distes, secré­taires) au sein des ser­vices et bureaux de l’état-major et des grou­pe­ments car à cette époque, l’idée qu’elles puissent par­tir au feu est incon­ce­vable. D’ailleurs, on com­prend aisé­ment que cette situa­tion n’était pas tou­jours facile à vivre. Eli­sa­beth témoigne en 1982 : « Il faut constam­ment avoir l’esprit habile et accep­ter pas mal de choses […]. Il peut arri­ver quel­que­fois d’avoir à remettre des gens à leur place. On n’en reste pas moins femme, alors une marque par-ci, par-là de coquet­te­rie, cela peut ajou­ter un rayon de soleil dans un bureau ».

Les pre­mières femmes qui entrent dans le milieu sont d’abord des « héri­tières », des « filles de ». Ce phé­no­mène est simi­laire dans l’armée, la gen­dar­me­rie et la police. Pour autant, la valo­ri­sa­tion média­tique, à par­tir du milieu des années 1990, sus­cite des voca­tions. Chez les sapeurs-pom­piers de Paris, les huit pre­mières femmes à inté­grer la com­pa­gnie d’incendie sont incor­po­rées en jan­vier 2002.

La lutte contre les incendies est, historiquement, une activité héroïque masculine. L’arrivée des femmes, intégrées dans un milieu « militaro-viril », a bouleversé les habitudes en caserne. Pour autant, la guerre des sexes n’existe pas puisqu’il s’agit d’une vocation ! Revenons sur le parcours de ces femmes en uniformes de pompier... ou pas !
Pas­sa­tion de com­man­de­ment CDS2

Dans ces fameux repor­tages sur France 3, elles incarnent un modèle nou­veau et la pers­pec­tive de nou­velles oppor­tu­ni­tés de car­rière pour les jeunes filles. En 2011, le capi­taine Karine Degré­mont sera la pre­mière femme com­man­dant d’unité (CDS2 puis CSI — 34e cie), avant que le capi­taine Per­rine Mon­tel en face de même dans une uni­té opé­ra­tion­nelle (23e cie) de la Bri­gade. Cette année, soit plus de vingt ans après, nous avons assis­té à la prise de fonc­tion de l’adjudant Amé­lie Schorsch, pre­mière chef de centre d’incendie et de secours, au CS Nati­vi­té (1ère cie)

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