SUAP — L’accouchement en préhospitalier : une imminence et une urgence

 — Modi­fiée le 1 février 2024 à 03 h 35 

Secours à victime — Un accouchement imminent (AI) est défini par une naissance non programmée en dehors d’une maternité, d’une structure hospitalière ou d’un établissement de santé. Il survient par conséquent n’importe où et n’importe quand. Mais, heureusement, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) rapporte un taux d’AI de moins de 1% en France (1) .


Les dif­fi­cul­tés sur le ter­rain conduisent les ser­vices de secours pré­hos­pi­ta­liers (pom­piers, SAMU[1]) à être très pré­pa­rés pour dimi­nuer les risques avant, pen­dant et après l’accouchement. D’une part, les dif­fi­cul­tés sont dues à une prise en charge simul­ta­née du couple mère-enfant. D’autre part, l’environnement de prise en charge est dif­fé­rent de celui de l’hospitalier. 

L’accouchement est un évè­ne­ment natu­rel pour la femme enceinte. Les com­pli­ca­tions sont rares. L’ensemble des équipes de soins extra-hos­pi­ta­liers (SDIS[2], BSPP[3], SAMU) et hos­pi­ta­liers (mater­ni­tés) tra­vaillent conjoin­te­ment pour assu­rer une prise en charge opti­male des femmes en cours de tra­vail ou venant d’accoucher. 

Les secou­ristes pro­fes­sion­nels confron­tés à la prise en charge d’un AI : le prag­ma­tisme des pre­miers intervenants

La prise en charge de l’AI est une des mis­sions des secou­ristes affec­tés à la BSPP car ils arrivent le plus sou­vent avant l’équipe médicale.

Lorsqu’un requé­rant appelle le 18, 15, 112 — pour lui ou pour un tiers — en cas de perte des eaux, de contrac­tions uté­rines per­sis­tantes, de sen­sa­tion de « des­cente » du bébé, les pre­miers secours sont envoyés sur les lieux. La for­ma­tion des chefs d’agrès per­met aux secou­ristes pro­fes­sion­nels de faire face à l’AI en atten­dant le ren­fort médicalisé.

Les pro­to­coles de soins du réfé­ren­tiel de for­ma­tion (dénom­mé BSP 200.2) sont direc­te­ment issus des recom­man­da­tions inter­na­tio­nales. Le règle­ment opé­ra­tion­nel per­met aux pre­miers secours d’identifier l’imminence de l’accouchement. Des gestes tech­niques sont éga­le­ment anti­ci­pés. Ain­si, trois zones de tra­vail sont pré­pa­rées pour l’AI : une zone de prise en charge pour l’accouchement de la mère, une zone pour l’accueil du nou­veau-né et une zone de réani­ma­tion éven­tuelle du nou­veau-né. Des ren­forts médi­caux pédia­triques sont éga­le­ment anti­ci­pés en pré­sence de situa­tions impré­vues (accou­che­ment de jumeaux, pré­sen­ta­tion anor­male du bébé, prématurité). 

En 2022, plus de 300 AI ont été réa­li­sés par la BSPP. Ce chiffre repré­sente 4 % des motifs d’appels pour « parturiente ». 

L’accouchement normal. 

Il est défi­ni par la Haute auto­ri­té de san­té — HAS comme une nais­sance spon­ta­née, tête en bas, entre la 37e et 42e semaine de ges­ta­tion[4].

L’accouchement avant le terme prévu.

Une nais­sance avant la fin du 8e mois de gros­sesse défi­nit un nou­veau-né pré­ma­tu­ré. Ce nou­veau-né néces­site des soins par des équipes spé­cia­li­sées en pédiatrie. 

Les complications au moment de l’accouchement.

Le cir­cu­laire du cor­don ombi­li­cal. Le cor­don ombi­li­cal peut s’enrouler autour du cou du bébé, de manière lâche ou serrée.

La pro­ci­dence du cor­don ombi­li­cal. Le cor­don ombi­li­cal des­cend avant le bébé. Celui-ci le com­prime, ce qui entraîne une dimi­nu­tion voire une inter­rup­tion du flux san­guin vers le bébé. C’est une situa­tion très grave.

La pré­sen­ta­tion du siège. Le bébé pré­sente ses pieds ou ses fesses avant sa tête.

Les com­pli­ca­tions immé­diates après l’accouchement.

La mère peut avoir des pertes san­guines impor­tantes. Il s’agit d’une hémorragie.

Le nou­veau-né peut se refroi­dir ou pré­sen­ter des dif­fi­cul­tés pour respirer.

La formation des secouristes professionnels BSPP : une formation, adaptée à partir des recommandations européennes[5] et encadrée par des médecins

Un peu d’histoire. Voi­ci l’é­vo­lu­tion au cours du temps des dis­po­si­tifs médi­caux à dis­po­si­tion des pre­miers secours pour la prise en charge d’un nou­veau-né à la naissance.

2006 : dota­tion d’un kit sté­rile d’accouchement (une paire de ciseaux, deux clamps de Barr) et d’un bon­net en jer­sey pour pré­ve­nir l’hypothermie néo­na­tale (évi­ter la perte de cha­leur par la tête du bébé mouillé par le liquide amniotique).

2007 : mise en place d’un sac en poly­éthy­lène pour lut­ter contre l’hypothermie du nouveau-né.

2011 : mise à jour du BSP 200.2 avec des sché­mas explicatifs.

2018 : moni­to­ring de la fré­quence car­diaque dans les situa­tions de détresse vitale et mise en place du har­nais pédia­trique de trans­port (arrê­té du 12 décembre 2017 fixant les carac­té­ris­tiques et les ins­tal­la­tions maté­rielles exi­gées pour les véhi­cules affec­tés aux trans­ports) [6]. Aujourd’hui, tout pom­pier pré­ten­dant à deve­nir chef d’agrès doit réa­li­ser une for­ma­tion appro­fon­die théo­rique et pra­tique, lors d’un stage de 5 semaines dénom­mé PECCH (Pelo­ton des élèves capo­raux-chefs). L’encadrement est réa­li­sé par des méde­cins urgen­tistes, des infir­miers diplô­més d’État et des for­ma­teurs spé­cia­li­sés en secou­risme. Lors de cette for­ma­tion, ils apprennent à réa­li­ser un accou­che­ment, à anti­ci­per les com­pli­ca­tions, et à faire face aux éven­tuelles com­pli­ca­tions. En cas de situa­tion non vue en for­ma­tion ou de com­pli­ca­tions, le méde­cin de la coor­di­na­tion médi­cale peut gui­der, par télé­phone , le chef d’agrès en atten­dant l’arrivée du ren­fort médicalisé.


La formation Chef d’agrès « accouchement » au PECCH 

« Lors de leur for­ma­tion, les futurs chefs d’agrès béné­fi­cient d’une for­ma­tion théo­rique et pra­tique sur les accou­che­ments, explique par le Dr LEBRUN, (méde­cin urgen­tiste de la BSPP depuis cinq ans, for­ma­trice au PECCH). Répar­tis en petits groupes avec un binôme méde­cin — sous-offi­cier for­ma­teur, tous les futurs chefs d’agrès passent en simu­la­tion. Ils manœuvrent en temps réel, le but étant de se rap­pro­cher le plus pos­sible de la réa­li­té. Nous en pro­fi­tons éga­le­ment pour tra­vailler les situa­tions par­ti­cu­lières type cir­cu­laire du cor­don et les manœuvres d’accouchement par le siège. Les chefs d’agrès pra­tiquent éga­le­ment tous la réani­ma­tion du nou­veau-né en détresse à la naissance. »

1 place Jules Renard 75017 Paris

Un retour d’expérience de Chef d’agrès

Ser­gent Lelong, 14 ans de ser­vice (pom­pier à la 5e com­pa­gnie, centre de secours de Champerret) :

« On se pose tou­jours beau­coup de ques­tions lors d’un accou­che­ment, parce que ce sont des inter­ven­tions par­ti­cu­lières. D’abord parce que c’est de la gyné­co­lo­gie et qu’il faut savoir ras­su­rer les femmes, mais les gens nous font confiance, ensuite parce que nous pre­nons en charge tech­ni­que­ment des femmes qui ne sont pas malades.

Pour ces inter­ven­tions, on se pré­pare en équipe sur le tra­jet en revoyant le rôle de cha­cun tant pour un accou­che­ment nor­mal que pour des com­pli­ca­tions comme un cir­cu­laire du cor­don ou une réani­ma­tion du nouveau-né.

Notre for­ma­tion per­met de dédra­ma­ti­ser l’intervention, nous ne sommes pas méde­cin ni sage-femme, mais les gestes qui nous sont ensei­gnés sont simples, clairs, effi­caces et per­mettent de réa­li­ser des accou­che­ments hors milieu hos­pi­ta­lier. On peut res­ter en contact faci­le­ment avec la coor­di­na­tion médi­cale, avec un gui­dage à dis­tance au moindre doute. »

[1] Ser­vice d’aide médi­cale urgente

[2] Ser­vice dépar­te­men­tal d’in­cen­die et de secours

[3] Bri­gade de sapeurs-pom­piers de Paris

[4] https://www.has-sante.fr/jcms/c_2820336/fr/accouchement-normal-accompagnement-de-la-physiologie-et-interventions-medicales

[5] ERC, Euro­pean Research Council

[6] Arrê­té du 12 décembre 2017 fixant les carac­té­ris­tiques et les ins­tal­la­tions maté­rielles exi­gées pour les véhi­cules affec­tés aux trans­ports sani­taires ter­restres — Légi­france (legifrance.gouv.fr)

Texte : Dr Anaïs Lemarcis Photos BSPP
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