GÉNÉRAL JEAN-MARIE GONTIER — Le dernier ordre du jour

La rédac­tion Allo18 —  — Modi­fiée le 29 août 2022 à 01 h 32 

#BrigadeInside — Depuis deux ans, le général de division Jean-Marie Gontier était à la tête de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris. Il en quitte le commandement ces jours-ci. Nous vous livrons ici en vidéo, son dernier ordre du jour.

Et le texte intégral…

Offi­ciers, méde­cins, sous-offi­ciers, gra­dés, sapeurs et per­son­nels civils de la Brigade,

« Opé­ra­tion ter­mi­née », cette expres­sion résume le suc­cès de nos opé­ra­tions, elle illustre éga­le­ment notre dis­po­ni­bi­li­té pour par­tir sur d’autres actes de secours ou de sau­ve­tage, plus pro­saï­que­ment pour pour­suivre la mis­sion. Cette expres­sion s’applique plus lar­ge­ment à l’ensemble des actions conduites et abou­ties par toutes les com­po­santes de la Bri­gade, qu’elles soient d’incendie, d’appui, de sou­tien ou de formation.

C’est par cette expres­sion que j’ai sou­hai­té com­men­cer mon der­nier ordre du jour, car elle repré­sente pour moi le sen­ti­ment du devoir accom­pli au ser­vice d’une Bri­gade que j’aime pro­fon­dé­ment mais sur­tout l’inscription d’une action dans la conti­nui­té. Car un départ est un nou­veau com­men­ce­ment, pour la Bri­gade et son per­son­nel en tout pre­mier lieu.

Je veux à cet ins­tant pré­cis vous dire tout l’honneur qui a été le mien d’avoir été à vos côtés ces deux der­nières années pour affron­ter toutes les épreuves, opé­ra­tion­nelles, tech­niques, admi­nis­tra­tives et sur­tout humaines qui se sont dres­sées devant nous, mais aus­si toutes les joies qui ont émaillées une par­tie de notre quotidien.

J’ai pu appré­cier chaque jour la richesse et la géné­ro­si­té des femmes et des hommes qui servent la Bri­gade de sapeurs-pom­piers de Paris d’une manière tel­le­ment spon­ta­née et pas­sion­née que rien ne nous a été impos­sible à concré­ti­ser ensemble. J’ai pu mesu­rer le haut niveau d’engagement et de per­fec­tion qui a été le vôtre. Une telle conscience pro­fes­sion­nelle au quo­ti­dien est rare, ce qui l’a ren­du encore plus pré­cieuse à mes yeux. Vous m’avez sou­vent enten­du dire que vous étiez des créa­teurs de valeur, cette belle valeur humaine, d’altruisme et de dévouement.

La Bri­gade est un creu­set mili­taire de France métro­po­li­taine et ultra-marine, une mosaïque humaine mue par le même désir, d’être utile aux autres, d’être au ser­vice de la digni­té de l’autre. Cette mis­sion parait simple, elle est par-des­sus tout d’une grande noblesse, car elle s’exécute par le « nous » en met­tant de côté le « je ». Elle s’exécute dans une « bulle » d’humilité et de dis­cré­tion, la marque des troupes d’élite, c’est incon­tes­table. Ce que vous réa­li­sez au quo­ti­dien, dans tous les domaines, est hors norme et fait hon­neur à notre devise « Sau­ver ou Périr ».

Au terme de ces deux années de com­man­de­ment, je vou­drai une nou­velle fois mettre l’accent sur les trois convic­tions pro­fondes qui ont gui­dé mon action. La pre­mière a concer­né la prise de déci­sion au bon niveau (l’humain et le lea­der­ship), la valo­ri­sa­tion de votre esprit d’initiative et de votre talent. La seconde a por­té sur les condi­tions de tra­vail (le pro­fes­sion­na­lisme, la sécu­ri­té, l’infra) qui ont été ali­gnées autant que pos­sible avec le niveau d’exigence que je vous ai deman­dé dans la conduite de la mis­sion. La troi­sième et der­nière a été en liai­son avec la digi­ta­li­sa­tion de tous les pro­ces­sus opé­ra­tion­nels et admi­nis­tra­tifs et l’esprit d’innovation qui vous a tous ani­mé (le Plan de trans­for­ma­tion numé­rique et la moder­ni­sa­tion de la Bri­gade). Vous avez été au ren­dez-vous, bravo !

Mais je ne serai pas com­plet si je n’évoquais pas ce qui porte ma réflexion aujourd’hui et qui doit conti­nuer à nous faire pro­gres­ser col­lec­ti­ve­ment. Cela tient en un verbe et deux attitudes :

  • Ne pas déce­voir, la Bri­gade est pro­met­teuse et fait vivre l’idéal de nom­breuses géné­ra­tions, alors OUI, nous ne devons pas déce­voir les jeunes femmes et hommes, de la France entière, qui rejoignent nos rangs, qui sou­haitent exer­cer ce métier sous le sta­tut mili­taire, ne pas déce­voir nos cadres enga­gés dans la car­rière, ne pas déce­voir nos publics sur inter­ven­tion, ne pas déce­voir notre âme, vous m’avez compris ;
  • Être recon­nais­sant, envers ce que la Bri­gade nous apporte, de l’intérêt que nous nous por­tons mutuel­le­ment cha­cune et cha­cun au quo­ti­dien, envers la consi­dé­ra­tion que nous portent les per­sonnes secou­rues, envers l’effort que consent la Nation à notre pro­fit. Rien n’est tota­le­ment gra­tuit, tout est une ques­tion d’équilibre entre devoirs et droits pour les per­sonnes res­pon­sables que nous sommes. C’est aus­si l’impérieuse néces­si­té pour tous de géné­rer en interne la relève qui per­met­tra d’affronter le destin ;
  • Conti­nuer à faire preuve d’audace, car c’est le res­sort de l’excellence, le sel des réus­sites, ne jamais s’avouer vain­cu, car il n’existe pas qu’une seule façon d’être vic­to­rieux ou de réus­sir. L’audace ne se raconte pas sur les réseaux sociaux ou en sel­fie, elle est un état d’esprit, elle est l’expression de l’apparente sim­pli­ci­té dans l’exécution de notre métier, elle est ce que vous êtes ! Tout par convic­tion, rien par obligation.

Vous le savez, la Bri­gade n’est pas seule dans son éco­sys­tème, aus­si j’adresse quelques mots de remer­cie­ment, à des­ti­na­tion de l’importante sphère par­te­na­riale (publique, pri­vée, asso­cia­tive…) qui inter­agit avec la Bri­gade et qui nous a per­mis, ensemble de construire une actua­li­té posi­tive et pro­gres­siste. Je vou­drai éga­le­ment remer­cier mon­sieur le Pré­fet de police pour les rela­tions de confiance et construc­tives que nous avons liées et la consi­dé­ra­tion qu’il a tou­jours por­té envers les femmes et les hommes de la Bri­gade. J’associe en consé­quence les élus qui nous sou­tiennent et la Ville de Paris en par­ti­cu­lier. Sans oublier, l’armée de Terre qui façonne ce que nous sommes (unique dans notre milieu).

Demain je quitte le com­man­de­ment de la Bri­gade, je quitte cette extra­or­di­naire com­mu­nau­té humaine, je vous quitte chers sœurs et frères d’armes, mais je sais que la flamme de la Bri­gade est pla­cée entre de bonnes mains, celui qui a été à mes côtés ces deux der­nières années et avec qui j’ai eu le plai­sir de par­ta­ger sur tous les sujets, le géné­ral Joseph Dupré la Tour, c’est un homme de cœur et d’action, gui­dé par la convic­tion et un atta­che­ment fort à la Bri­gade. Je lui sou­haite le meilleur avec vous.

Mes der­niers mots iront à nos familles, à nos familles endeuillées, à nos frères d’armes morts au feu, dis­pa­rus trop tôt, à nos cama­rades bles­sés ou dans la tour­mente, je les assure de mes vœux de cou­rage et d’espérance. Enfin, un salut appuyé à nos ainés qui conti­nuent, hors les murs, de faire vivre l’esprit et le souffle de la Brigade.

Le com­bat conti­nue, nos opé­ra­tions ne s’arrêtent jamais, aucune de nos casernes n’a connu le mode « pause » depuis que la Bri­gade existe, rien que ce fait démontre le sens de notre action, l’utilité publique de notre pré­sence. Vous êtes les mes­sa­gers, les acteurs, les pour­sui­veurs de l’œuvre, encore mer­ci et bra­vo à toutes et à tous, je suis tel­le­ment fier de vous, vous devez por­ter en vous cette fier­té, sans fausse modes­tie mais sans mépris, vous faites si bien ce métier de sapeur-pom­pier mili­taire. J’ai été sin­cè­re­ment com­blé d’avoir été pla­cé à votre tête le temps de cette aven­ture humaine unique.

Et de ter­mi­ner par « Modes­tie quant à sa cer­ti­tude de maî­tri­ser la véri­té, Foi dans ses valeurs, Rési­lience par la capa­ci­té à durer dans l’adversité, Volon­té de ne pas dévier, conti­nuer à avancer ».

Au com­bat, en pointe toujours !

Vive la Bri­gade de sapeurs-pom­piers de Paris, vive l’armée de Terre, vive la France.


Pho­to d’ou­ver­ture : 1CL Jona­than SOUDAN

3 réflexions sur “GÉNÉRAL JEAN-MARIE GONTIER — Le dernier ordre du jour”

  1. Mer­ci Mon Général,

    Je retiens de votre dis­cours 3 mots-clés que cha­cun peut s’ap­pro­prier pour pro­lon­ger la mis­sion et reprendre le flambeau :
     — s’engager
     — faire preuve d’audace
     — et pour­suivre le combat.

    Mer­ci pour votre action et votre mes­sage fort.
    Et peut-être à bien­tôt sur d’autres pro­jets qui contri­bue­ront à ren­for­cer les moyens de lutte et même de détec­tion des départs de feu.
    Au plaisir !
    Res­pec­tueu­se­ment, Jérôme PICOT

  2. Mon Géné­ral, que de sou­ve­nirs depuis votre arri­vée à la 24ᵉ com­pa­gnie comme aspi­rant où j’ai eu l’hon­neur de vous connaitre. Je vous ai retrou­vé der­rière mon écran lors d’un défi­lé du 14 juillet, vous étiez en tête comme d’ha­bi­tude, puis le soir du feu de Notre-Dame, Com­man­dant des opé­ra­tions de secours, votre vision du sinistre, la cohé­sion à vos déci­sions, ont été fac­teurs de réus­site. Je regrette de ne pas avoir été chez moi lors de votre venue à AUTUN (je suis retrai­té de ce centre de secours), j’a­vais pré­vu de vous remettre une pho­to de la Sainte-Barbe à Mon­treuil où vous étiez habillé en curé. J’ai l’hon­neur d’être membre du flam­beau des bri­ga­dous et j’es­père avoir le plai­sir un jour de vous saluer.
    ex-pré­sident des CCH du 1er grou­pe­ment d’in­cen­die. PSIS à la 24ᵉ cie

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