HISTOIRE D’ENGINS — BEA n°2, un bras de fer

Nicho­las Bady —  — Modi­fiée le 6 novembre 2023 à 03 h 46 

Histoire — Le Bras élévateur articulé (BEA) est un engin bien connu des sapeurs-pompiers de Paris. En revanche, ses débuts à la Brigade le sont beaucoup moins… ALLO 18 vous propose de découvrir le BEA 2, dont l’histoire vous tend… les bras.

Le bras élé­va­teur arti­cu­lé n° 2 est un « monu­ment » du patri­moine auto­mo­bile de la Bri­gade. Non seule­ment pour ses dimen­sions, impo­santes, mais aus­si pour ses qua­li­tés, remar­quables et inno­va­trices. Pour preuve, l’engin est pré­cieu­se­ment conser­vé par la Sec­tion conser­va­tion du patri­moine, mémoire et tra­di­tions (SCPMT) du Cabi­net du géné­ral (CAB). Certes, le véhi­cule porte le numé­ro deux, mais c’est un pion­nier dans le domaine des moyens élé­va­teurs des pom­piers de Paris.

À bras ouverts. « Je me réjouis du choix du BEA n° 2 pour un article dans ALLO 18, s’enthousiasme André Horb, membre de l’Association des amis du musée des pom­piers de Paris (AAMSPP) et auteur de l’ouvrage 30 ans de véhi­cules d’incendie en France, paru en 1977. D’ailleurs, il me semble l’avoir pho­to­gra­phié dans les années 1970, pour mon livre… »

Exact, mon­sieur Horb ! Plus pré­ci­se­ment, en 1973, date de mise en ser­vice des trois pre­miers BEA de la Bri­gade, dans les centres de secours Issy-les-Mou­li­neaux, Cli­chy et Mas­sé­na. Ce der­nier étant l’affectation du bras n° 2.

Le BEA, dans sa ver­sion années 1970, se décrit en plu­sieurs par­ties : le bras, aus­si appe­lé élé­va­teur téles­co­pique, est construit par Comet, comme le podium, tan­dis que le châs­sis et son moteur sont signés MAN. L’ensemble est com­mer­cia­li­sé par Saviem. « Comet est un construc­teur belge d’équipements hydrau­liques, sou­ligne André Horb. MAN est un construc­teur de véhi­cules alle­mand et Saviem, acro­nyme de socié­té ano­nyme de véhi­cules indus­triels et d’entreprises méca­niques, est une socié­té fran­çaise. » Un accord signé en 1964 lie Saviem à MAN. « MAN four­nit des moteurs à Saviem, tan­dis que Saviem four­nit des cabines à MAN, pour­suit André. Mais dans le cas de notre BEA n° 2, hor­mis le bras téles­co­pique, tout a été construit par Man et ven­du par Saviem ! » Pour l’anecdote, Saviem et Ber­liet fusionnent en 1978 pour for­mer l’entreprise qui devien­dra, en 2002, Renault Trucks.

Gros comme le bras. Les carac­té­ris­tiques tech­niques du bras élé­va­teur arti­cu­lé : 19 tonnes, 230 che­vaux. Hau­teur de tra­vail : 27 m. Trois essieux, six roues motrices, deux entrées d’eau, une lance moni­tor de 110 mm et 350 kg (don­nées construc­teur) de charge maxi­male pour la pla­te­forme. Sur­tout, la pos­si­bi­li­té de faire pivo­ter la tou­relle — donc le bras — à 360°… En 1973 ! Déjà, il y a 50 ans, les grands prin­cipes du BEA séduisent les sapeurs-pom­piers de Paris. L’engin est en effet capable de contri­buer à l’extinction d’un incen­die, comme de réa­li­ser des sau­ve­tages. Quelques temps après sa mise en ser­vice, l’efficacité de ce nou­vel engin est d’ailleurs éprou­vée en intervention…

Le 17 février 1978, le BEA n° 1 d’Issy-les-Moulineaux est son­né pour une explo­sion sui­vie de feu au n° 68 de la rue Ray­nouard, dans le quar­tier de Pas­sy, au cœur du XVIe arron­dis­se­ment de Paris. Les secours inter­viennent dans une intense odeur de gaz. Suivent deux autres explo­sions dans le quar­tier. Le bilan défi­ni­tif de l’intervention est ter­rible : treize per­sonnes décé­dées et soixante-deux bles­sés, dont vingt, griè­ve­ment. Trois sapeurs-pom­piers du centre de secours Auteuil comptent par­mi les bles­sés, dont un griè­ve­ment. Une rup­ture de cana­li­sa­tion de gaz est à l’origine de cette inter­ven­tion majeure de la fin des années 1970. Dans le chaos, le bras élé­va­teur arti­cu­lé per­met de sau­ver de nom­breuses per­sonnes et gagne alors sa répu­ta­tion de gros bras.

Un engin qui a le bras long. Au moment du déve­lop­pe­ment de la demande de bras téles­co­pique par les sapeurs-pom­piers, la socié­té Comet est en posi­tion de force sur le mar­ché inter­na­tio­nal, grâce à ses inno­va­tions tech­no­lo­giques. Par­mi les nou­veau­tés pro­po­sées par le construc­teur belge, dix sont par­ti­cu­liè­re­ment remar­quables. D’abord, l’augmentation de la sur­face balayée sans dépla­cer l’engin, c’est-à-dire une grande sou­plesse de dépla­ce­ment. Un faible encom­bre­ment, très utile à Paris. « Le gain d’encombrement est vrai­ment une des plus-values de ce bras élé­va­teur, insiste André Horb. À Paris, les rues sont par­fois très étroites ! » Une plus grande vitesse de tra­vail, une sta­bi­li­sa­tion par des béquilles ver­ti­cales et une por­tée allon­gée au niveau du sol faci­litent le tra­vail des sapeurs-pom­piers. Ensuite, l’enjambement d’obstacles et la pos­si­bi­li­té de tra­vailler sous le niveau du sol. Une pro­tec­tion totale en posi­tion route et, enfin, une nacelle stable et mieux équi­pée, pou­vant accueillir six per­sonnes en toute sécurité.

À bout de bras. Les BEA de la géné­ra­tion 1970 res­tent en ser­vice à la BSPP jusqu’en 1992. Il faut attendre 2009 pour les voir réap­pa­raître dans les centres de secours de la Bri­gade, tou­jours plus grands, tou­jours plus hauts, tou­jours plus puis­sants…
Plus récem­ment, en jan­vier 2022, le bras élé­va­teur arti­cu­lé n° 10, d’une hau­teur de 42 m, a été mis en ser­vice à… Mas­sé­na, comme notre his­to­rique BEA n° 2, près de 50 ans plus tôt 

Texte et photographie Sergent-chef Nicholas Bady
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