FEU D’IMMEUBLE — Nuit chaude à Montmartre

Renaud Da Sil­va Min­hard —  — Modi­fiée le 18 mars 2026 à 12 h 31 

Retour d’inter – Dans la nuit parisienne, une intervention pour « fumées suspectes » s’est transformée en un défi opérationnel majeur pour les pompiers. Confrontés à un feu de cage d’escalier avec fuite de gaz enflammée et des dizaines d’habitants pris au piège, les secours ont dû coordonner l’évacuation de 28 impliqués et réaliser 25 sauvetages périlleux. Récit d’une lutte acharnée contre les flammes et la fumée, où la réactivité du PSE Saint-Ouen et l’arrivée massive de renforts ont permis d’éviter un bilan tragique.

Le lun­di 24 novembre 2025 à 22 h 34, les secours sont son­nés pour un feu sec­teur Mont­martre. Infor­ma­tions des requé­rants : bâti­ment R+6 — 2e étage — fumée ++. Le pre­mier secours éva­cua­tion (PSE) de Saint-Ouen regagne sa base après une inter­ven­tion pour fumées sus­pectes. À peine arri­vé devant son centre de secours, le sta­tion­naire s’empresse de trans­mettre un nou­vel ordre de départ au chef d’agrès. Le 111 est tom­bé, direc­tion Montmartre.

« Quand j’arrive sur les lieux, je vois de la fumée aux cin­quième et sixième étages. Il y a des per­sonnes au bal­con, mais sans plus. Nous étions déjà en tenue de feu et nous avons pu rapi­de­ment entre­prendre les pre­mières mis­sions » déclare le ser­gent Bau­drion, chef d’agrès du PSE Saint-Ouen. Pour lui, en arri­vant sur les lieux, cela res­semble à un feu d’appartement. Muni de la ligne d’attaque et du maté­riel de for­ce­ment, il entre­prend les recon­nais­sances avec ses équipes. Mais les choses sont bien différentes.

« En entrant dans l’immeuble, je me rends vite compte que l’on fait face à un feu de cage d’escalier. Impos­sible dans un pre­mier temps d’ouvrir la porte palière. Je casse le car­reau et je découvre une fuite de gaz enflam­mée », déclare le sous-offi­cier de Saint-Ouen. Pas de temps à perdre. La fuite de gaz est très rapi­de­ment maî­tri­sée grâce à un bar­rage sous trot­toir. Une fois la porte for­cée, les équipes peuvent com­men­cer à abattre les flammes et pro­gres­ser à l’aide de la lance du dévi­doir tour­nant. Cepen­dant, le feu monte dans les étages et les fumées gagnent du ter­rain dans les par­ties com­munes de l’immeuble.

Je demande… Dans le même temps, le four­gon de Mont­martre se pré­sente, avec à son bord le ser­gent-chef Mar­ti­nez. Dès son arri­vée, il constate une situa­tion deve­nant de plus en plus défa­vo­rable. « Il y a beau­coup de monde aux fenêtres, sur les trois façades de l’immeuble. On se sent vite dému­ni dans ce genre de situa­tion, mais il faut agir. Dans le nuit, j’aperçois un léger panache aux cin­quième et sixième étages. Avec les infor­ma­tions du PSE de Saint-Ouen, je fais donc ma demande de ren­fort habi­ta­tion », confie le chef. Il ordonne en paral­lèle à ses équipes d’établir une deuxième lance et d’entreprendre les pre­miers sau­ve­tages et les mises en sécu­ri­té. Dans un second temps, un groupe médi­cal est deman­dé pour faire face au 28 impliqués.

Golf 1 ici… La machine est lan­cée, les ren­forts arrivent. Le moment où les ondes com­mencent à se sur­char­ger d’informations. Le com­man­dant des opé­ra­tions de secours (cos) doit alors prendre ce fameux « pas de recul » pour prio­ri­ser et prendre les bonnes déci­sions. Au moment où le capi­taine Auré­lien Del­cey prend les com­mandes, un mes­sage retient tout par­ti­cu­liè­re­ment son atten­tion : « des per­sonnes sont prises au piège dans un ascen­seur ». Aus­si­tôt, il donne
’ ordre au chef d’agrès du PSE Saint-Ouen de gérer ce pro­blème. Ce der­nier nous raconte : « j’y retourne aus­si­tôt. Il fait très chaud, je n’y vois pas grand-chose, j’avance à tâtons. Dans de telles condi­tions, je mets un peu de temps à com­prendre la topo­gra­phie des lieux et finis néan­moins par trou­ver la porte de l’ascenseur. Je m’emploie à l’ouvrir avec mon outil de for­ce­ment et de déblai. Après avoir écar­té les bat­tants, j’aperçois deux pieds à l’intérieur ».

Sau­ver… Face à l’urgence de la situa­tion, il sort cher­cher de l’aide à l’extérieur. Or, toutes les équipes des engin-pompes sont déjà occu­pées. Il fait donc appel à l’équipage du VSAV Mont­martre. « On repart avec eux, équi­pés d’une masse et d’un Hal­li­gan Tool, alors que le feu n’est pas tota­le­ment mai­tri­sé au-des­sus, se sou­vient le ser­gent. On force la porte de l’ascenseur et on découvre qu’il n’y a pas une mais deux vic­times. L’une est en arrêt car­dio-res­pi­ra­toire et l’autre dans le coma. On les extrait vers la sor­tie. » La vic­time en arrêt car­dio-res­pi­ra­toire a pu être réani­mée sur place, puis les deux sont trans­por­tées en urgence abso­lue vers l’hôpital.

Pen­dant ce temps-là, on s’affaire. Dans l’escalier, les équipes enga­gées pour l’extinction par­viennent à venir à bout du feu avant qu’il n’atteigne le qua­trième étage. Et l’exutoire est créé grâce à la machi­ne­rie ascen­seur. Les recon­nais­sances se pour­suivent et pas moins de 44 portes sont for­cées avec l’appui du camion de dés­in­car­cé­ra­tion de Bon­dy. À l’extérieur, les sau­ve­tages se mul­ti­plient avec beau­coup d’agilité. 25 sau­ve­tages seront réa­li­sés sur les trois façades du bâti­ment (quinze, grâce aux moyens élé­va­teurs aériens, huit au moyen des échelles et deux par les com­mu­ni­ca­tions existantes).

En défi­ni­tive, « tout le monde a été sau­vé. Tout a été fluide, explique le capi­taine Auré­lien Del­cey, com­man­dant d’unité de Mont­martre. C’était une inter­ven­tion com­pli­quée, car la confi­gu­ra­tion bâti­men­taire a per­mis aux fumées de rapi­de­ment gagner du ter­rain dans tout l’immeuble. Heu­reu­se­ment, à 23 heures, les gens ne dorment pas encore. Sinon, le bilan aurait pu être plus lourd. »

Cette inter­ven­tion illustre une nou­velle fois la com­plexi­té et la vio­lence des feux en milieu urbain, où la pro­pa­ga­tion rapide des fumées peut trans­for­mer en quelques minutes un immeuble d’habitation en piège mor­tel. Grâce à l’engagement immé­diat des pre­mières équipes, à la mon­tée en puis­sance rapide des moyens et à la coor­di­na­tion effi­cace sous l’autorité du com­man­de­ment, le sinistre a pu être conte­nu et les vic­times sauvées.

Au-delà des chiffres, cette nuit rap­pelle l’importance de la réac­ti­vi­té, de la tech­ni­ci­té et de la soli­da­ri­té entre les uni­tés enga­gées. Des qua­li­tés qui, une fois encore, ont per­mis de faire la différence

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