Retour d’inter – Dans la nuit parisienne, une intervention pour « fumées suspectes » s’est transformée en un défi opérationnel majeur pour les pompiers. Confrontés à un feu de cage d’escalier avec fuite de gaz enflammée et des dizaines d’habitants pris au piège, les secours ont dû coordonner l’évacuation de 28 impliqués et réaliser 25 sauvetages périlleux. Récit d’une lutte acharnée contre les flammes et la fumée, où la réactivité du PSE Saint-Ouen et l’arrivée massive de renforts ont permis d’éviter un bilan tragique.
Le lundi 24 novembre 2025 à 22 h 34, les secours sont sonnés pour un feu secteur Montmartre. Informations des requérants : bâtiment R+6 — 2e étage — fumée ++. Le premier secours évacuation (PSE) de Saint-Ouen regagne sa base après une intervention pour fumées suspectes. À peine arrivé devant son centre de secours, le stationnaire s’empresse de transmettre un nouvel ordre de départ au chef d’agrès. Le 111 est tombé, direction Montmartre.
« Quand j’arrive sur les lieux, je vois de la fumée aux cinquième et sixième étages. Il y a des personnes au balcon, mais sans plus. Nous étions déjà en tenue de feu et nous avons pu rapidement entreprendre les premières missions » déclare le sergent Baudrion, chef d’agrès du PSE Saint-Ouen. Pour lui, en arrivant sur les lieux, cela ressemble à un feu d’appartement. Muni de la ligne d’attaque et du matériel de forcement, il entreprend les reconnaissances avec ses équipes. Mais les choses sont bien différentes.
« En entrant dans l’immeuble, je me rends vite compte que l’on fait face à un feu de cage d’escalier. Impossible dans un premier temps d’ouvrir la porte palière. Je casse le carreau et je découvre une fuite de gaz enflammée », déclare le sous-officier de Saint-Ouen. Pas de temps à perdre. La fuite de gaz est très rapidement maîtrisée grâce à un barrage sous trottoir. Une fois la porte forcée, les équipes peuvent commencer à abattre les flammes et progresser à l’aide de la lance du dévidoir tournant. Cependant, le feu monte dans les étages et les fumées gagnent du terrain dans les parties communes de l’immeuble.
Je demande… Dans le même temps, le fourgon de Montmartre se présente, avec à son bord le sergent-chef Martinez. Dès son arrivée, il constate une situation devenant de plus en plus défavorable. « Il y a beaucoup de monde aux fenêtres, sur les trois façades de l’immeuble. On se sent vite démuni dans ce genre de situation, mais il faut agir. Dans le nuit, j’aperçois un léger panache aux cinquième et sixième étages. Avec les informations du PSE de Saint-Ouen, je fais donc ma demande de renfort habitation », confie le chef. Il ordonne en parallèle à ses équipes d’établir une deuxième lance et d’entreprendre les premiers sauvetages et les mises en sécurité. Dans un second temps, un groupe médical est demandé pour faire face au 28 impliqués.
Golf 1 ici… La machine est lancée, les renforts arrivent. Le moment où les ondes commencent à se surcharger d’informations. Le commandant des opérations de secours (cos) doit alors prendre ce fameux « pas de recul » pour prioriser et prendre les bonnes décisions. Au moment où le capitaine Aurélien Delcey prend les commandes, un message retient tout particulièrement son attention : « des personnes sont prises au piège dans un ascenseur ». Aussitôt, il donne
’ ordre au chef d’agrès du PSE Saint-Ouen de gérer ce problème. Ce dernier nous raconte : « j’y retourne aussitôt. Il fait très chaud, je n’y vois pas grand-chose, j’avance à tâtons. Dans de telles conditions, je mets un peu de temps à comprendre la topographie des lieux et finis néanmoins par trouver la porte de l’ascenseur. Je m’emploie à l’ouvrir avec mon outil de forcement et de déblai. Après avoir écarté les battants, j’aperçois deux pieds à l’intérieur ».
Sauver… Face à l’urgence de la situation, il sort chercher de l’aide à l’extérieur. Or, toutes les équipes des engin-pompes sont déjà occupées. Il fait donc appel à l’équipage du VSAV Montmartre. « On repart avec eux, équipés d’une masse et d’un Halligan Tool, alors que le feu n’est pas totalement maitrisé au-dessus, se souvient le sergent. On force la porte de l’ascenseur et on découvre qu’il n’y a pas une mais deux victimes. L’une est en arrêt cardio-respiratoire et l’autre dans le coma. On les extrait vers la sortie. » La victime en arrêt cardio-respiratoire a pu être réanimée sur place, puis les deux sont transportées en urgence absolue vers l’hôpital.
Pendant ce temps-là, on s’affaire. Dans l’escalier, les équipes engagées pour l’extinction parviennent à venir à bout du feu avant qu’il n’atteigne le quatrième étage. Et l’exutoire est créé grâce à la machinerie ascenseur. Les reconnaissances se poursuivent et pas moins de 44 portes sont forcées avec l’appui du camion de désincarcération de Bondy. À l’extérieur, les sauvetages se multiplient avec beaucoup d’agilité. 25 sauvetages seront réalisés sur les trois façades du bâtiment (quinze, grâce aux moyens élévateurs aériens, huit au moyen des échelles et deux par les communications existantes).
En définitive, « tout le monde a été sauvé. Tout a été fluide, explique le capitaine Aurélien Delcey, commandant d’unité de Montmartre. C’était une intervention compliquée, car la configuration bâtimentaire a permis aux fumées de rapidement gagner du terrain dans tout l’immeuble. Heureusement, à 23 heures, les gens ne dorment pas encore. Sinon, le bilan aurait pu être plus lourd. »
Cette intervention illustre une nouvelle fois la complexité et la violence des feux en milieu urbain, où la propagation rapide des fumées peut transformer en quelques minutes un immeuble d’habitation en piège mortel. Grâce à l’engagement immédiat des premières équipes, à la montée en puissance rapide des moyens et à la coordination efficace sous l’autorité du commandement, le sinistre a pu être contenu et les victimes sauvées.
Au-delà des chiffres, cette nuit rappelle l’importance de la réactivité, de la technicité et de la solidarité entre les unités engagées. Des qualités qui, une fois encore, ont permis de faire la différence