Histoire– Au cœur du XVIearrondissement de Paris, le centre de secours Dauphine, situé rue Mesnil, intrigue autant par son architecture singulière que par son histoire presque centenaire. Derrière ses allures de bateau, cette caserne atypique abrite près de 90 ans d’engagement au service des Parisiens. Découverte d’un lieu méconnu du patrimoine de la BSPP. Cap sur le bateau Dauphine !
Façade grise et portes de remise d’une couleur qui porte désormais son nom « bleu Dauphine », l’architecture surprend par sa configuration singulière. C’est en 1931 que Robert Mallet Stevenss’empare du projet de construction. Après la démolition, à la fin des années 1920, d’un poste de secours situé rue des Réservoirs (aujourd’hui, rue du Commandant-Schlœsing), Il fallait réimplanter une caserne. Malheureusement, l’état-major de Champerret étant également en construction 1, place Jules Renard dans le XVIIearrondissement, la distance réglementaire entre les centres de secours n’était plus respectée et Dauphine dut donc changer d’adresse. C’est ainsi que le 8 rue Mesnil devint son nouveau lieu de résidence.
Robert Mallet Stevens était, à l’époque, un architecte reconnu et reconnaissable par son style résolument moderne. Dans les années 1920, il acquit une certaine notoriété grâce à la conception de plusieurs hôtels particuliers dans une voie nouvelle qui porte aujourd’hui son nom. Malheureusement, la crise de 1929 fragilisa son cabinet, qui peinait alors à décrocher de nouveaux projets. Mallet Stevens vit dans la construction du centre de secours Dauphine l’opportunité de redresser son navire. Quelques difficultés retardèrent le chantier, mais c’est finalement en 1936 que le bateau sortit de terre. Un bateau, car l’architecte voulut que sa création en reprenne les codes esthétiques.
Classé monument historique. Aujourd’hui, près de 90 ans plus tard, le bâtiment n’a connu aucune rénovation majeure. Si vous entrez dans une chambre de garde, vous constaterez que les fenêtres sont toujours en simple vitrage et ne peuvent être remplacées. Un problème budgétaire, me demanderez-vous ? Il s’agit plutôt d’une contrainte liée à la préservation du site ! En effet, le centre de secours Dauphine est un bâtiment classé, ce qui complique considérablement toute modernisation. Comme tout bon pompier de Paris, les soldats du feu de Dauphine font preuve d’adaptation et d’intelligence de situation pour faire évoluer leurs locaux dans les limites autorisées. Les modifications ne sont pas impossibles, mais elles restent soumises à validation.
L’adjudant Alexandre Poyeau, sous-chef de centre, nous explique que « le gymnase n’est fermé sur l’extérieur que depuis le début des années 2010. Pendant longtemps, seule une cour couverte abritait cette salle de sport, la protégeant de la pluie, mais non du vent et du froid hivernal.» Bien que la robustesse du pompier de Paris ne soit plus à démontrer, s’entraîner dans des conditions plus confortables est aujourd’hui particulièrement appréciable. Cet inconfort est vite oublié lorsque l’on découvre l’impressionnante fresque contemporaine qui couvre l’un des murs du gymnase. Elle représente les principaux monuments du secteur protégés par les pompiers de Dauphine. Séduits par la modernité de cette œuvre, nous poursuivons la visite et nous dirigeons vers les sous-sols du centre de secours. À la descente des escaliers, une impressionnante porte de trois tonnes se dresse devant nous. Derrière elle se trouve un ancien bunker, pensé et conçu par Robert Mallet Stevens.
Une volonté plutôt atypique pour une caserne de pompier. On peut néanmoins comprendre ce pragmatisme à la lumière du souvenir encore vif des bombardements de la Première Guerre mondiale (1914 – 1918). L’objectif était, certainement, d’offrir aux premiers pompiers de Dauphine un véritable abri antiaérien. A‑t-il été utilisé à cet effet durant la Seconde Guerre mondiale (1939 – 1945) ? L’histoire ne le dit pas. Aujourd’hui, le bunker a été réaménagé pour accueillir des casiers de feux.
Vue imprenable.Sortis de cette parenthèse historique, nous poursuivons notre visite. Un coup d’œil dans l’indispensable remise des engins où deux véhicules de secours et d’assistance aux victimes (VSAV), un fourgon pompe tonne léger (FPTL), un véhicule d’interventions diverses (VID) et un véhicule liaison radio (VLR) attendent impatiemment de partir en intervention. De notre côté, après avoir gravi sept étages, nous arrivons sur une petite terrasse. L’effort de l’ascension est rapidement oublié, remplacé par une vue imprenable sur la Dame de Fer ! Quoi de plus emblématique pour un pompier de Paris que d’avoir la tour Eiffel dans son carré des neuf ?
Le centre de secours reste, rappelons-le, un bâtiment conçu pour les sapeurs-pompiers et qui, malgré les adaptations nécessaires au fil du temps, continue pleinement d’assurer cette mission. Trésor de l’art moderne ou bâtiment vieilli ? Affaire de goûts. Chacun voit midi à sa porte… bleue Dauphine, bien sûr.
Le secteur regorge de constructions d’exception et le retour d’intervention pourrait paraître fade en comparaison. Pourtant, c’est en embarquant sur le bateau Dauphine que la navigation dans le « Paris haut de gamme » devient véritablement possible.