PLONGEURS BSPP (4/​5) — Parisian coast guard

Raphaël Orlan­do— — Modi­fiée le 6 novembre 2026 à 10 h 58 

Web-série– Dès l’entrée du centre de secours Joinville-le-Pont (94), caserne atypique construite sur pilotis, une légère odeur de néoprène flotte dans les travées du CS. Nous sommes au bon endroit. C’est ici que le chef de centre, l’adjudant Nicolas Mamelin, poursuit une histoire commencée près de vingt ans plus tôt. Il y est arrivé à la BSPP comme jeune sapeur, en 2006.

Tout part d’un article consa­cré aux plon­geurs de la BSPP paru dans une revue mili­taire, qui fait naître une voca­tion. À l’é­poque, l’é­tu­diant en STAPS nage déjà en club depuis l’en­fance et découvre pro­gres­si­ve­ment le monde sous-marin. Le milieu nau­tique l’at­tire natu­rel­le­ment. Enfant du Pas-de-Calais, éle­vé au bord de la mer, il passe plus de temps dans l’eau qu’à terre. Nata­tion, BNSSA, sai­sons comme sau­ve­teur sur les plages… Le fil conduc­teur est déjà là. 

À Join­ville, ses qua­li­tés aqua­tiques sont rapi­de­ment repé­rées. À peine deux ans après son incor­po­ra­tion, il intègre les plon­geurs de la BSPP. Une spé­cia­li­té dans laquelle il ne rac­cro­che­ra jamais les palmes. Cré­teil (94), Join­ville, Gen­ne­vil­liers-Port (92), l’é­cole de plon­gée de la Bri­gade, La Mon­naie (75)… Nico­las Mame­lin aura ser­vi sur l’en­semble des sec­teurs nau­tiques l’ins­ti­tu­tion avant de retrou­ver, en 2025, le lieu où tout a com­men­cé. Cette fois en qua­li­té de chef de centre. 

Le par­cours pour­rait lais­ser croire à une car­rière minu­tieu­se­ment pla­ni­fiée. Lui pré­fère par­ler d’op­por­tu­ni­tés sai­sies au bon moment. Ce qui ne change pas, en revanche, c’est son tem­pé­ra­ment. « J’ai tou­jours eu besoin que ça bouge », affirme le plon­geur en sou­riant. Pour­tant, der­rière cette éner­gie, se cache une qua­li­té essen­tielle chez les plon­geurs : le calme. Sous l’eau, per­sonne ne peut déci­der à votre place. « Le plon­geur est seul. C’est lui qui voit, c’est lui qui ana­lyse, c’est lui qui rend compte. Le chef d’a­grès ne ver­ra jamais ce qui se passe au fond. Il doit pou­voir lui faire une confiance totale », nous pré­cise le chef de centre. 

Dans un milieu où la visi­bi­li­té est par­fois nulle et où chaque déci­sion engage la sécu­ri­té de l’é­quipe, l’au­to­no­mie devient une néces­si­té. Réflé­chi, pon­dé­ré, capable de gar­der la tête froide mal­gré l’ur­gence : c’est ain­si qu’il décrit le pro­fil recher­ché. Les inter­ven­tions qui l’ont mar­qué illus­trent par­fai­te­ment cette exi­gence. Il se sou­vient notam­ment d’un homme tom­bé dans la Marne en plein hiver. Vingt minutes pas­sées dans une eau à trois degrés, empor­té sur près de sept cents mètres par le cou­rant. À
leur arri­vée, la vic­time dérive encore en sur­face mais com­mence à som­brer. Deux sau­ve­teurs sont enga­gés immé­dia­te­ment.« Je pense qu’il lui res­tait très peu de temps », ajoute l’adjudant. Contre toute attente, l’homme sur­vi­vra sans séquelles majeures. Une inter­ven­tion qui impres­sionne encore aujourd’­hui le chef de centre par l’in­croyable résis­tance au froid de la vic­time.

Cette inter­ven­tion rap­pelle une réa­li­té sou­vent mécon­nue de la spé­cia­li­té. L’i­mage que l’on se fait des plon­geurs évo­lue au fil des sai­sons. L’é­té, dif­fi­cile d’é­chap­per aux plai­san­te­ries sur ces plon­geurs qui « ont la chance d’al­ler dans l’eau ». Quelques mois plus tard, lors­qu’il faut s’en­ga­ger de nuit dans une eau à deux degrés pour de longues recherches, le sou­rire laisse place à une admi­ra­tion bien différente. 

Avant de quit­ter son bureau, quelques ques­tions plus légères lui arrachent un sou­rire. S’il devait se com­pa­rer à un per­son­nage de ciné­ma, il choi­si­rait sans hési­ter Ben Ran­dall, incar­né par Kevin Cost­ner dans le film Coast Guards. Un choix qui
amuse régu­liè­re­ment les pom­piers de Join­ville-le-Pont, mais qu’il assume plei­ne­ment. « C’est un peu cli­ché », recon­naît-il en riant. Dif­fi­cile pour­tant de trou­ver une réfé­rence qui lui res­semble davan­tage : un sau­ve­teur ani­mé par le goût de l’eau, du secours et de la transmission.

S’il ne devait gar­der qu’un seul équi­pe­ment de plon­gée ? « Le déten­deur », répond-il spon­ta­né­ment. L’ob­jet dépasse lar­ge­ment sa fonc­tion. Il sym­bo­lise ce qui fas­cine beau­coup de monde : cette capa­ci­té, presque irréelle, à res­pi­rer sous l’eau. Et demain ? Il s’i­ma­gine au bout du monde, en Poly­né­sie, entou­ré de requins, et de grands mam­mi­fères marins. Une façon de rap­pe­ler que, même après presque vingt ans de car­rière, la pas­sion reste intacte

Photo :SCH Nicholas Bady

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