Web-série– Dès l’entrée du centre de secours Joinville-le-Pont (94), caserne atypique construite sur pilotis, une légère odeur de néoprène flotte dans les travées du CS. Nous sommes au bon endroit. C’est ici que le chef de centre, l’adjudant Nicolas Mamelin, poursuit une histoire commencée près de vingt ans plus tôt. Il y est arrivé à la BSPP comme jeune sapeur, en 2006.
Tout part d’un article consacré aux plongeurs de la BSPP paru dans une revue militaire, qui fait naître une vocation. À l’époque, l’étudiant en STAPS nage déjà en club depuis l’enfance et découvre progressivement le monde sous-marin. Le milieu nautique l’attire naturellement. Enfant du Pas-de-Calais, élevé au bord de la mer, il passe plus de temps dans l’eau qu’à terre. Natation, BNSSA, saisons comme sauveteur sur les plages… Le fil conducteur est déjà là.
À Joinville, ses qualités aquatiques sont rapidement repérées. À peine deux ans après son incorporation, il intègre les plongeurs de la BSPP. Une spécialité dans laquelle il ne raccrochera jamais les palmes. Créteil (94), Joinville, Gennevilliers-Port (92), l’école de plongée de la Brigade, La Monnaie (75)… Nicolas Mamelin aura servi sur l’ensemble des secteurs nautiques l’institution avant de retrouver, en 2025, le lieu où tout a commencé. Cette fois en qualité de chef de centre.
Le parcours pourrait laisser croire à une carrière minutieusement planifiée. Lui préfère parler d’opportunités saisies au bon moment. Ce qui ne change pas, en revanche, c’est son tempérament. « J’ai toujours eu besoin que ça bouge », affirme le plongeur en souriant. Pourtant, derrière cette énergie, se cache une qualité essentielle chez les plongeurs : le calme. Sous l’eau, personne ne peut décider à votre place. « Le plongeur est seul. C’est lui qui voit, c’est lui qui analyse, c’est lui qui rend compte. Le chef d’agrès ne verra jamais ce qui se passe au fond. Il doit pouvoir lui faire une confiance totale », nous précise le chef de centre.
Dans un milieu où la visibilité est parfois nulle et où chaque décision engage la sécurité de l’équipe, l’autonomie devient une nécessité. Réfléchi, pondéré, capable de garder la tête froide malgré l’urgence : c’est ainsi qu’il décrit le profil recherché. Les interventions qui l’ont marqué illustrent parfaitement cette exigence. Il se souvient notamment d’un homme tombé dans la Marne en plein hiver. Vingt minutes passées dans une eau à trois degrés, emporté sur près de sept cents mètres par le courant. À
leur arrivée, la victime dérive encore en surface mais commence à sombrer. Deux sauveteurs sont engagés immédiatement.« Je pense qu’il lui restait très peu de temps », ajoute l’adjudant. Contre toute attente, l’homme survivra sans séquelles majeures. Une intervention qui impressionne encore aujourd’hui le chef de centre par l’incroyable résistance au froid de la victime.
Cette intervention rappelle une réalité souvent méconnue de la spécialité. L’image que l’on se fait des plongeurs évolue au fil des saisons. L’été, difficile d’échapper aux plaisanteries sur ces plongeurs qui « ont la chance d’aller dans l’eau ». Quelques mois plus tard, lorsqu’il faut s’engager de nuit dans une eau à deux degrés pour de longues recherches, le sourire laisse place à une admiration bien différente.
Avant de quitter son bureau, quelques questions plus légères lui arrachent un sourire. S’il devait se comparer à un personnage de cinéma, il choisirait sans hésiter Ben Randall, incarné par Kevin Costner dans le film Coast Guards. Un choix qui
amuse régulièrement les pompiers de Joinville-le-Pont, mais qu’il assume pleinement. « C’est un peu cliché », reconnaît-il en riant. Difficile pourtant de trouver une référence qui lui ressemble davantage : un sauveteur animé par le goût de l’eau, du secours et de la transmission.
S’il ne devait garder qu’un seul équipement de plongée ? « Le détendeur », répond-il spontanément. L’objet dépasse largement sa fonction. Il symbolise ce qui fascine beaucoup de monde : cette capacité, presque irréelle, à respirer sous l’eau. Et demain ? Il s’imagine au bout du monde, en Polynésie, entouré de requins, et de grands mammifères marins. Une façon de rappeler que, même après presque vingt ans de carrière, la passion reste intacte