PARTENAIRES PARTICULIERS — Je demande… (1/​3)

Nicho­las Bady —  — Modi­fiée le 15 jan­vier 2026 à 17 h 06 

Grands formats – Lors de leurs interventions, les sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) agissent rarement seuls. De la Police nationale à la Direction des routes d’Île-de-France (DiRIF), la réussite des secours repose sur une coordination inter-services étroite. Découvrez qui sont ces partenaires opérationnels indispensables à la sécurité des Franciliens et comment ils soutiennent les soldats du feu sur le terrain.

Parmi nos partenaires opérationnels, le SAMU tient une place à part. Nous sommes partis à la rencontre du docteur François-Pierre Auffredou, médecin urgentiste du SAMU 93. Il nous livre son diagnostic.

Pou­vez-vous vous pré­sen­ter ain­si que votre envi­ron­ne­ment de tra­vail ?
Je suis méde­cin urgen­tiste à l’hôpital Avi­cenne à Bobi­gny (93) depuis 2009, ce qui fait plus de quinze ans au sein du SAMU 93, du SMUR d’Avicenne et du ser­vice des urgences. Le SAMU est un ser­vice dépar­te­men­tal arti­cu­lé autour de deux pôles : la régu­la­tion médi­cale et le SMUR — le Ser­vice mobile d’urgence et de réani­ma­tion. Le dépar­te­ment compte sept SMUR : Mont­fer­meil, Bal­lan­ger, Dela­fon­taine, Avi­cenne, et les AR de Mon­treuil et Ménil­mon­tant qui viennent sur notre dépar­te­ment et qui font office de SMUR comme les autres, sauf qu’ils sont rouges. À Avi­cenne, nous dis­po­sons de trois véhi­cules opé­ra­tion­nels par tranche de 24 heures. Chaque équipe est sys­té­ma­ti­que­ment com­po­sée d’un méde­cin, d’un ambu­lan­cier et d’un infir­mier anes­thé­siste (IADE). En tant que centre hos­pi­ta­lier uni­ver­si­taire, nous avons éga­le­ment une forte voca­tion péda­go­gique : nos équipes intègrent des doc­teurs juniors en for­ma­tion vers l’autonomie, ain­si que de nom­breux sta­giaires ambu­lan­ciers et infirmiers.

Quelles sont vos mis­sions au quo­ti­dien ?
Le SAMU 93 reçoit un volume impres­sion­nant d’appels : près de 1 300 par jour. Par­mi eux, envi­ron 700 à 800 donnent lieu à une régu­la­tion médi­cale. Notre mis­sion fon­da­men­tale est d’acheminer le bon patient, au bon endroit, au bon moment. Cela exige une réponse rapide et adap­tée à chaque situa­tion. Pour cela, nous mobi­li­sons dif­fé­rents effec­teurs : les pom­piers, les SMUR pour les cas graves, les ambu­lances pri­vées, voire des méde­cins mobiles — bien que ces der­niers soient moins dis­po­nibles en jour­née. La coor­di­na­tion avec la BSPP est essen­tielle, notam­ment pour les déci­sions médi­cales par­ta­gées. Et cette col­la­bo­ra­tion fonc­tionne très bien.

Jus­te­ment, com­ment se passe la col­la­bo­ra­tion avec les pom­piers de Paris ?
Elle est excel­lente. Que ce soit en régu­la­tion ou sur le ter­rain, le lien avec la BSPP est fluide et res­pec­tueux. Ma for­ma­tion étant très orien­tée ter­rain, je col­la­bore régu­liè­re­ment avec les équipes VSAV. Depuis mes débuts à Avi­cenne, j’ai tou­jours trou­vé les inter­ven­tions avec la BSPP bien struc­tu­rées, effi­caces et empreintes d’un grand pro­fes­sion­na­lisme. C’est car­ré, c’est droit, ça roule, c’est res­pec­tueux. On essaie de fonc­tion­ner tous ensemble et la plu­part du temps ça fonc­tionne par­fai­te­ment. De temps en temps, on peut appe­ler le GRIMP ou appe­ler la coor­di­na­tion médi­cale pour savoir ce qu’ils en pensent. En régu­la­tion, nous sommes bien conscients que les moyens de la BSPP ne sont pas illi­mi­tés. Il est donc cru­cial de pré­ser­ver cette res­source. C’est pour­quoi nous avons déve­lop­pé depuis quelques années une coor­di­na­tion active avec les ambu­lances pri­vées, grâce à un coor­di­na­teur dédié en salle de régu­la­tion. Cela nous per­met d’envoyer des ambu­lances pri­vées, même sur la voie publique ou sur les lieux de tra­vail, en com­plé­ment des moyens classique.

Une anec­dote mar­quante liée à une inter­ven­tion ou aux pom­piers de Paris ?
Il y en aurait des dizaines… Mais s’il faut en rete­nir une, ce serait le Bata­clan. J’étais à 200 mètres, pos­té sous un porche. Ce fut un moment tra­gique, gra­vé à jamais dans ma mémoire — comme dans celle de tous les inter­ve­nants ce soir-là. Dans le quo­ti­dien, je dirais qu’il faut écou­ter les chefs d’agrès VSAV. Dès l’arrivée sur inter­ven­tion, nous avons très envie de nous diri­ger vers le ou les patients, de prendre la direc­tion de l’intervention, mais il faut d’emblée, sys­té­ma­ti­que­ment écou­ter le bilan du chef d’agrès du VSAV, tout d’abord par res­pect du bilan réa­li­sé et évi­de­ment pour être effi­caces rapi­de­ment pour la ges­tion de l’intervention.Photographie et pro­pos recueillis par le ser­gent-chef Nicho­las Bady

Incendie, malaise voyageur, accident sous tunnel… Pour garantir la sécurité des usagers et faciliter l’action des secours, une coordination étroite s’est nouée entre la RATP et la BSPP. Pascal Cherdot est l’un des artisans de ce lien opérationnel.

Pou­vez-vous pré­sen­ter suc­cinc­te­ment votre entre­prise ?
La RATP1 est un éta­blis­se­ment public à carac­tère indus­triel et com­mer­cial (EPIC), fon­dé en 1949. Elle est prin­ci­pa­le­ment char­gée de l’exploitation des trans­ports en com­mun à Paris et en Île-de-France. Elle gère notam­ment le métro pari­sien, une par­tie du réseau de bus, plu­sieurs lignes de tram­way, ain­si que le RER, en co-exploi­ta­tion pour les lignes A et B. Avec près de 70 000 agents et plu­sieurs mil­lions de voya­geurs trans­por­tés chaque jour, la RATP opère l’un des réseaux les plus denses et fré­quen­tés au monde. Dans le cadre de ses mis­sions, elle col­la­bore étroi­te­ment avec des ser­vices comme la bri­gade de sapeurs-pom­piers de Paris, notam­ment pour la sécu­ri­té des voya­geurs, la ges­tion des inci­dents et les plans d’évacuation en milieu souterrain.

Quelles sont vos mis­sions au quo­ti­dien ?
Ma mis­sion prin­ci­pale consiste à assu­rer la coor­di­na­tion entre la BSPP et la RATP dans le domaine de la sécu­ri­té incen­die. Je suis éga­le­ment res­pon­sable de l’entité Exper­tise incen­die du groupe RATP, ce qui me per­met de conduire des études dans plu­sieurs domaines : la pré­ven­tion incen­die, notam­ment dans les gares, les tun­nels et les ate­liers de main­te­nance ; l’intervention opé­ra­tion­nelle, dans le cadre du RCCI2. Ce rôle me place à l’interface entre les exi­gences de sécu­ri­té civile et les contraintes d’exploitation du réseau.

Dans quel cadre inter­ve­nez-vous avec les pom­piers de Paris ?
J’interviens dans le cadre de la com­mis­sion d’études RATP/​BSPP, créée en 1976. Cette ins­tance a pour objec­tif d’élever le niveau de sécu­ri­té incen­die sur le réseau, à tra­vers la réa­li­sa­tion d’exercices conjoints, l’analyse des retours d’expérience suite à des inci­dents ou encore le prêt de maté­riel et le par­tage d’expertise. J’ai éga­le­ment contri­bué à l’installation de la rame de métro péda­go­gique de l’école des pom­piers de Paris, à Valen­ton : la sta­tion Sainte-Barbe, dans la grande halle de manœuvre !

Com­ment se passe la col­la­bo­ra­tion sur le ter­rain ?
La col­la­bo­ra­tion est excel­lente, notam­ment grâce à mon pas­sé à la BSPP — j’y ai ser­vi pen­dant 30 ans. Cette expé­rience me per­met de sen­si­bi­li­ser les exploi­tants de la RATP aux prio­ri­tés des ser­vices de secours, et d’expliquer aux pom­piers les contraintes spé­ci­fiques liées à l’exploitation du réseau. Ce double regard faci­lite les échanges et per­met de flui­di­fier les inter­ven­tions, même dans des envi­ron­ne­ments com­plexes comme les tun­nels ou les sta­tions souterraines.

Une anec­dote sur une inter­ven­tion avec les pom­piers de Paris ?
Un exer­cice m’a par­ti­cu­liè­re­ment mar­qué. Il por­tait sur un scé­na­rio de feu de bus sous tun­nel, avec de nom­breuses vic­times. En pleine simu­la­tion, l’ensemble des acteurs a été mobi­li­sé… pour un véri­table acci­dent de bus sous tun­nel. L’exercice s’est trans­for­mé en inter­ven­tion réelle, preuve que l’opérationnel reste tou­jours la prio­ri­té, même en pleine manœuvre !

1 : régie auto­nome des trans­ports pari­siens
2 : réfé­rent coor­di­na­tion com­man­de­ment incen­die. Ne pas confondre avec recherche des causes et cir­cons­tances d’incendie.

Barrer le gaz est une action réflexe du sapeur-pompier de Paris. Mais dans certaines situations — fréquentes — l’intervention d’un « gazier », technicien de GRDF, devient indispensable. Damien Técher est de ceux-là.

Pou­vez-vous vous pré­sen­ter ain­si que votre envi­ron­ne­ment de tra­vail ?
Je tra­vaille chez GRDF depuis huit ans. Avant cela, j’étais dans la sécu­ri­té incen­die et pom­pier volon­taire en Seine-et-Marne (77) de 2007 à 2021. Depuis un an, je suis réfé­rent d’équipe à l’agence de Vincent Auriol. Concrè­te­ment, mon rôle consiste à pilo­ter les acti­vi­tés de l’agence : orga­ni­ser les inter­ven­tions des tech­ni­ciens clien­tèle, coor­don­ner les opé­ra­tions de main­te­nance et d’exploitation, suivre les tra­vaux, assu­rer la main­te­nance pré­ven­tive et cor­rec­tive… C’est un poste très poly­va­lent ! GRDF est le prin­ci­pal ges­tion­naire du réseau de dis­tri­bu­tion de gaz natu­rel en France. Nous gérons envi­ron 200 000 kilo­mètres de cana­li­sa­tions pour près de 11 mil­lions de clients, avec 11 000 sala­riés mobi­li­sés sur tout le territoire.

Dans quel cadre inter­ve­nez-vous avec les pom­piers de Paris ?
Nous sommes sol­li­ci­tés prin­ci­pa­le­ment pour des inter­ven­tions de sécu­ri­té : incen­dies, explo­sions, odeurs de gaz sur la voie publique, pro­cé­dures gaz ren­for­cé, etc. Quand la BSPP a besoin de nous, elle passe par l’urgence sécu­ri­té gaz, qui nous trans­met l’adresse de l’intervention. Une fois sur place, nous nous met­tons à la dis­po­si­tion du COS (com­man­dant des opé­ra­tions de secours). En fonc­tion de son compte ren­du, nous nous diri­geons vers la zone concer­née pour effec­tuer des rele­vés, sécu­ri­ser les lieux et garan­tir la sécu­ri­té de tous les inter­ve­nants. Une fois la mise hors de dan­ger effec­tuée et la fuite loca­li­sée, nous pro­cé­dons à la répa­ra­tion, si elle est réa­li­sable. Sinon, nous sécu­ri­sons en cou­pant le gaz direc­te­ment sur la rue. Ce dis­po­si­tif fonc­tionne 24h/​24, avec des tech­ni­ciens dis­po­nibles en per­ma­nence sur la chaîne de sécu­ri­té.
Com­ment fonc­tionne votre ser­vice d’astreinte ?
Le tech­ni­cien prend son poste à 7h45. Il peut être appe­lé pour une urgence, ou bien effec­tuer des opé­ra­tions de main­te­nance pla­ni­fiées : véri­fi­ca­tion des ins­tal­la­tions de gaz dans les immeubles, contrôle d’étanchéité, confor­mi­té, sécu­ri­té… En cas d’anomalie, celles-ci sont signa­lées pour être trai­tées en cor­rec­tif. Si une urgence sur­vient, le tech­ni­cien inter­rompt immé­dia­te­ment son acti­vi­té en cours pour se rendre sur l’intervention. À par­tir de 18h00, les tech­ni­ciens rentrent chez eux, mais res­tent joi­gnables : ils peuvent être appe­lés à tout moment jusqu’au len­de­main matin.

Vous sou­ve­nez-vous d’une inter­ven­tion avec les pom­piers de Paris ?
Oui, une inter­ven­tion rue de Rennes m’a par­ti­cu­liè­re­ment mar­qué. On avait détec­té une légère odeur de gaz en cave. J’étais accom­pa­gné d’un col­lègue en appren­tis­sage. On a loca­li­sé une fuite sur une conduite et effec­tué une répa­ra­tion pro­vi­soire. Avant de repar­tir, je fais tou­jours un der­nier tour de véri­fi­ca­tion. Et là, on détecte une nou­velle odeur der­rière une porte blin­dée. Les rele­vés indi­quaient deux LIE1 — ce n’est pas énorme, mais suf­fi­sant pour appe­ler les pom­piers afin d’ouvrir la porte. Ils ont mis une bonne par­tie de l’après-midi à l’ouvrir : il fal­lait des outils anti-étin­ce­lants, la porte était extrê­me­ment sécu­ri­sée… C’était une cave dans une banque, donc vrai­ment bien blin­dée. Et une fois la porte ouverte… rien. Juste une petite ven­ti­la­tion qui com­mu­ni­quait avec le bâti­ment voi­sin. En pour­sui­vant les recon­nais­sances, on a décou­vert qu’une bou­teille de gaz y était res­tée ouverte depuis la veille au soir !

1 : niveau de limite infé­rieur d’explosivité

À suivre…
Photographies et propos recueillis par : sergent-chef Nicholas Bady

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