Grands formats – Lors de leurs interventions, les sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) agissent rarement seuls. De la Police nationale à la Direction des routes d’Île-de-France (DiRIF), la réussite des secours repose sur une coordination inter-services étroite. Découvrez qui sont ces partenaires opérationnels indispensables à la sécurité des Franciliens et comment ils soutiennent les soldats du feu sur le terrain.
JE DEMANDE… LE SAMU !
Parmi nos partenaires opérationnels, le SAMU tient une place à part. Nous sommes partis à la rencontre du docteur François-Pierre Auffredou, médecin urgentiste du SAMU 93. Il nous livre son diagnostic.
Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre environnement de travail ?
Je suis médecin urgentiste à l’hôpital Avicenne à Bobigny (93) depuis 2009, ce qui fait plus de quinze ans au sein du SAMU 93, du SMUR d’Avicenne et du service des urgences. Le SAMU est un service départemental articulé autour de deux pôles : la régulation médicale et le SMUR — le Service mobile d’urgence et de réanimation. Le département compte sept SMUR : Montfermeil, Ballanger, Delafontaine, Avicenne, et les AR de Montreuil et Ménilmontant qui viennent sur notre département et qui font office de SMUR comme les autres, sauf qu’ils sont rouges. À Avicenne, nous disposons de trois véhicules opérationnels par tranche de 24 heures. Chaque équipe est systématiquement composée d’un médecin, d’un ambulancier et d’un infirmier anesthésiste (IADE). En tant que centre hospitalier universitaire, nous avons également une forte vocation pédagogique : nos équipes intègrent des docteurs juniors en formation vers l’autonomie, ainsi que de nombreux stagiaires ambulanciers et infirmiers.
Quelles sont vos missions au quotidien ?
Le SAMU 93 reçoit un volume impressionnant d’appels : près de 1 300 par jour. Parmi eux, environ 700 à 800 donnent lieu à une régulation médicale. Notre mission fondamentale est d’acheminer le bon patient, au bon endroit, au bon moment. Cela exige une réponse rapide et adaptée à chaque situation. Pour cela, nous mobilisons différents effecteurs : les pompiers, les SMUR pour les cas graves, les ambulances privées, voire des médecins mobiles — bien que ces derniers soient moins disponibles en journée. La coordination avec la BSPP est essentielle, notamment pour les décisions médicales partagées. Et cette collaboration fonctionne très bien.
Justement, comment se passe la collaboration avec les pompiers de Paris ?
Elle est excellente. Que ce soit en régulation ou sur le terrain, le lien avec la BSPP est fluide et respectueux. Ma formation étant très orientée terrain, je collabore régulièrement avec les équipes VSAV. Depuis mes débuts à Avicenne, j’ai toujours trouvé les interventions avec la BSPP bien structurées, efficaces et empreintes d’un grand professionnalisme. C’est carré, c’est droit, ça roule, c’est respectueux. On essaie de fonctionner tous ensemble et la plupart du temps ça fonctionne parfaitement. De temps en temps, on peut appeler le GRIMP ou appeler la coordination médicale pour savoir ce qu’ils en pensent. En régulation, nous sommes bien conscients que les moyens de la BSPP ne sont pas illimités. Il est donc crucial de préserver cette ressource. C’est pourquoi nous avons développé depuis quelques années une coordination active avec les ambulances privées, grâce à un coordinateur dédié en salle de régulation. Cela nous permet d’envoyer des ambulances privées, même sur la voie publique ou sur les lieux de travail, en complément des moyens classique.
Une anecdote marquante liée à une intervention ou aux pompiers de Paris ?
Il y en aurait des dizaines… Mais s’il faut en retenir une, ce serait le Bataclan. J’étais à 200 mètres, posté sous un porche. Ce fut un moment tragique, gravé à jamais dans ma mémoire — comme dans celle de tous les intervenants ce soir-là. Dans le quotidien, je dirais qu’il faut écouter les chefs d’agrès VSAV. Dès l’arrivée sur intervention, nous avons très envie de nous diriger vers le ou les patients, de prendre la direction de l’intervention, mais il faut d’emblée, systématiquement écouter le bilan du chef d’agrès du VSAV, tout d’abord par respect du bilan réalisé et évidement pour être efficaces rapidement pour la gestion de l’intervention.Photographie et propos recueillis par le sergent-chef Nicholas Bady
JE DEMANDE… LA RATP !
Incendie, malaise voyageur, accident sous tunnel… Pour garantir la sécurité des usagers et faciliter l’action des secours, une coordination étroite s’est nouée entre la RATP et la BSPP. Pascal Cherdot est l’un des artisans de ce lien opérationnel.
Pouvez-vous présenter succinctement votre entreprise ?
La RATP1 est un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), fondé en 1949. Elle est principalement chargée de l’exploitation des transports en commun à Paris et en Île-de-France. Elle gère notamment le métro parisien, une partie du réseau de bus, plusieurs lignes de tramway, ainsi que le RER, en co-exploitation pour les lignes A et B. Avec près de 70 000 agents et plusieurs millions de voyageurs transportés chaque jour, la RATP opère l’un des réseaux les plus denses et fréquentés au monde. Dans le cadre de ses missions, elle collabore étroitement avec des services comme la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, notamment pour la sécurité des voyageurs, la gestion des incidents et les plans d’évacuation en milieu souterrain.
Quelles sont vos missions au quotidien ?
Ma mission principale consiste à assurer la coordination entre la BSPP et la RATP dans le domaine de la sécurité incendie. Je suis également responsable de l’entité Expertise incendie du groupe RATP, ce qui me permet de conduire des études dans plusieurs domaines : la prévention incendie, notamment dans les gares, les tunnels et les ateliers de maintenance ; l’intervention opérationnelle, dans le cadre du RCCI2. Ce rôle me place à l’interface entre les exigences de sécurité civile et les contraintes d’exploitation du réseau.
Dans quel cadre intervenez-vous avec les pompiers de Paris ?
J’interviens dans le cadre de la commission d’études RATP/BSPP, créée en 1976. Cette instance a pour objectif d’élever le niveau de sécurité incendie sur le réseau, à travers la réalisation d’exercices conjoints, l’analyse des retours d’expérience suite à des incidents ou encore le prêt de matériel et le partage d’expertise. J’ai également contribué à l’installation de la rame de métro pédagogique de l’école des pompiers de Paris, à Valenton : la station Sainte-Barbe, dans la grande halle de manœuvre !
Comment se passe la collaboration sur le terrain ?
La collaboration est excellente, notamment grâce à mon passé à la BSPP — j’y ai servi pendant 30 ans. Cette expérience me permet de sensibiliser les exploitants de la RATP aux priorités des services de secours, et d’expliquer aux pompiers les contraintes spécifiques liées à l’exploitation du réseau. Ce double regard facilite les échanges et permet de fluidifier les interventions, même dans des environnements complexes comme les tunnels ou les stations souterraines.
Une anecdote sur une intervention avec les pompiers de Paris ?
Un exercice m’a particulièrement marqué. Il portait sur un scénario de feu de bus sous tunnel, avec de nombreuses victimes. En pleine simulation, l’ensemble des acteurs a été mobilisé… pour un véritable accident de bus sous tunnel. L’exercice s’est transformé en intervention réelle, preuve que l’opérationnel reste toujours la priorité, même en pleine manœuvre !
1 : régie autonome des transports parisiens
2 : référent coordination commandement incendie. Ne pas confondre avec recherche des causes et circonstances d’incendie.
JE DEMANDE… GRDF !
Barrer le gaz est une action réflexe du sapeur-pompier de Paris. Mais dans certaines situations — fréquentes — l’intervention d’un « gazier », technicien de GRDF, devient indispensable. Damien Técher est de ceux-là.
Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre environnement de travail ?
Je travaille chez GRDF depuis huit ans. Avant cela, j’étais dans la sécurité incendie et pompier volontaire en Seine-et-Marne (77) de 2007 à 2021. Depuis un an, je suis référent d’équipe à l’agence de Vincent Auriol. Concrètement, mon rôle consiste à piloter les activités de l’agence : organiser les interventions des techniciens clientèle, coordonner les opérations de maintenance et d’exploitation, suivre les travaux, assurer la maintenance préventive et corrective… C’est un poste très polyvalent ! GRDF est le principal gestionnaire du réseau de distribution de gaz naturel en France. Nous gérons environ 200 000 kilomètres de canalisations pour près de 11 millions de clients, avec 11 000 salariés mobilisés sur tout le territoire.
Dans quel cadre intervenez-vous avec les pompiers de Paris ?
Nous sommes sollicités principalement pour des interventions de sécurité : incendies, explosions, odeurs de gaz sur la voie publique, procédures gaz renforcé, etc. Quand la BSPP a besoin de nous, elle passe par l’urgence sécurité gaz, qui nous transmet l’adresse de l’intervention. Une fois sur place, nous nous mettons à la disposition du COS (commandant des opérations de secours). En fonction de son compte rendu, nous nous dirigeons vers la zone concernée pour effectuer des relevés, sécuriser les lieux et garantir la sécurité de tous les intervenants. Une fois la mise hors de danger effectuée et la fuite localisée, nous procédons à la réparation, si elle est réalisable. Sinon, nous sécurisons en coupant le gaz directement sur la rue. Ce dispositif fonctionne 24h/24, avec des techniciens disponibles en permanence sur la chaîne de sécurité.
Comment fonctionne votre service d’astreinte ?
Le technicien prend son poste à 7h45. Il peut être appelé pour une urgence, ou bien effectuer des opérations de maintenance planifiées : vérification des installations de gaz dans les immeubles, contrôle d’étanchéité, conformité, sécurité… En cas d’anomalie, celles-ci sont signalées pour être traitées en correctif. Si une urgence survient, le technicien interrompt immédiatement son activité en cours pour se rendre sur l’intervention. À partir de 18h00, les techniciens rentrent chez eux, mais restent joignables : ils peuvent être appelés à tout moment jusqu’au lendemain matin.
Vous souvenez-vous d’une intervention avec les pompiers de Paris ?
Oui, une intervention rue de Rennes m’a particulièrement marqué. On avait détecté une légère odeur de gaz en cave. J’étais accompagné d’un collègue en apprentissage. On a localisé une fuite sur une conduite et effectué une réparation provisoire. Avant de repartir, je fais toujours un dernier tour de vérification. Et là, on détecte une nouvelle odeur derrière une porte blindée. Les relevés indiquaient deux LIE1 — ce n’est pas énorme, mais suffisant pour appeler les pompiers afin d’ouvrir la porte. Ils ont mis une bonne partie de l’après-midi à l’ouvrir : il fallait des outils anti-étincelants, la porte était extrêmement sécurisée… C’était une cave dans une banque, donc vraiment bien blindée. Et une fois la porte ouverte… rien. Juste une petite ventilation qui communiquait avec le bâtiment voisin. En poursuivant les reconnaissances, on a découvert qu’une bouteille de gaz y était restée ouverte depuis la veille au soir !
1 : niveau de limite inférieur d’explosivité