Grands formats – Lors de leurs interventions, les sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) agissent rarement seuls. De la Police nationale à la Direction des routes d’Île-de-France (DiRIF), la réussite des secours repose sur une coordination inter-services étroite. Découvrez qui sont ces partenaires opérationnels indispensables à la sécurité des Franciliens et comment ils soutiennent les soldats du feu sur le terrain.
JE DEMANDE… POLICE !
À la DSPAP (Direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne), Aurélien J. et Clément R. sont deux policiers du quotidien. L’un officie de jour, l’autre de nuit pour assurer la sécurité de nos concitoyens et assister nos pompiers sur intervention.
Pouvez-vous présenter succinctement votre unité ?
Clément R : Je suis affecté en brigade de police secours, je fais partie du service de sécurité du quotidien qui englobe d’autres unités plus spécialisées, comme la brigade territoriale de contact et la brigade anticriminalité.
Aurélien J : Je suis affecté en brigade de police secours jour au sein du commissariat des Ve et VIe arrondissements. Cette unité fait partie du service de sécurité du quotidien qui regroupe également la brigade territoriale de contact et la brigade anti-criminalité.
Quelles sont vos missions au quotidien ?
C.R. : Au commissariat, mes principales missions sont liées à la sécurité du bâtiment depuis un poste de garde. Je surveille également les personnes placées en garde à vue lorsqu’elles ne s’entretiennent pas avec l’officier de police judiciaire. Concernant mes missions sur la voie publique, ces dernières se traduisent principalement par des patrouilles ainsi que des interventions transmises par l’appel d’urgence 17.
A.J. : Mes missions sont très diverses. Lorsque je suis en véhicule, je réponds aux appels « Police Secours » en me rendant sur les différentes interventions (violences conjugales, accidents de voie publique, atteintes aux biens, etc.). Je peux par ailleurs assurer la mission de chef de poste ainsi que la gestion et la surveillance des personnes gardées à vue.
Dans quel cadre intervenez-vous avec les pompiers de Paris ?
C.R. : Nous intervenons très souvent avec les sapeurs pompiers de Paris, principalement sur des missions
de secours à personne telles que les victimes d’agressions ou d’accidents de voie publique, mais également sur des personnes en détresse psychologique qui pourraient porter une atteinte physique à elles-mêmes ou aux sapeurs pompiers. Nous les assistons également sur les incendies, afin d’assurer leur sécurité et de faire en sorte qu’ils puissent effectuer leurs missions sans encombre.
A.J. : Les missions que nous partageons avec les sapeurs-pompiers sont très variées. Elles vont de l’assistance à des personnes en détresse — qu’elle soit physique ou psychologique — aux accidents corporels et matériels, en passant par les incendies, qu’ils soient d’origine accidentelle ou criminelle, ainsi que diverses petites interventions du quotidien. Les deux corps de métier se complètent mutuellement, notamment lors de gros événements nécessitant un important dispositif sur place.
Comment se passe la collaboration ?
C.R. : Il y a une très bonne entente entre nos deux institutions sur les missions. La communication s’établit très facilement et reste très importante, chacun connaît son rôle et l’exécute avec rigueur et professionnalisme.
A.J. : La collaboration avec les sapeurs-pompiers se déroule bien. Nos deux professions travaillent main dans la main et se comprennent facilement sur le terrain. Sur de grosses interventions communes, nous sommes capables de restituer rapidement un ensemble d’informations fiables, précis et rapide à nos états-majors respectifs, sans « parasiter » le commandement de l’institution menante de l’opération.
Auriez-vous une anecdote marquante de terrain à partager ?
C.R. : Le soir de la fête de la musique, il y avait un grand attroupement de personnes dans une rue, et malheureusement, beaucoup de mauvais comportements ont mené à des incivilités et des mouvements de foule. Une personne a été blessée et nous avons donc fait appel aux sapeurs-pompiers. Nous devions les escorter afin de pouvoir évacuer la victime et lui porter assistance pour la suite. C’est là que nous avons prouvé l’utilité de notre action : assurer la protection des sapeurs-pompiers et de la victime en écartant les personnes autour. C’est un travail d’équipe qui se met en place naturellement sur le moment et qui fonctionne très bien.
A.J. : En qualité de chef de patrouille, j’ai dû me rendre au domicile d’une femme en rupture de traitement médical. Cette dernière est connue pour avoir eu des comportements violents envers les sapeurs pompiers et les forces de l’ordre. à mon arrivée sur place, je suis accueilli par les soldats du feu, qui m’indiquent ne pas avoir pu établir de dialogue avec la personne concernée et être dans une impasse. Un transport vers un établissement hospitalier est jugé nécessaire. Compte tenu des antécédents de la personne et afin de favoriser une approche de désescalade adaptée, je décide de solliciter un effectif féminin de mon équipage. Après environ 30 minutes d’échange et de mise en confiance, la personne accepte calmement d’accompagner les sapeurs-pompiers jusqu’à l’hôpital. L’intervention s’est ainsi déroulée sans incident. Le dialogue instauré, la communication adaptée et la coordination entre les effectifs a permis un dénouement apaisé et un transport sécurisé de la personne vers le centre hospitalier.
JE DEMANDE… LE LCPP !
À la croisée de la science et de l’urgence, Xavier Archer coordonne les enquêtes post-incendie et post-explosion au Laboratoire central de la préfecture de police. Il mobilise ingénieurs et techniciens pour comprendre l’origine des sinistres et, au besoin, mesurer leur impact sur l’environnement.
Pouvez-vous présenter votre environnement de travail ?
Le Laboratoire central de la préfecture de police (LCPP) est l’entité scientifique placée sous l’autorité directe du préfet de Police. Sa mission principale est de lutter contre les risques explosifs, chimiques et d’incendies. Il est structuré en divisions opérationnelles, dont celle des interventions et enquêtes sur site, qui regroupe les équipes de déminage, la permanence incendie-explosion, la permanence chimie-biologie-radiologie, ainsi qu’une unité intervention, prélèvement et pollution, plus orientée vers le risque chronique.
Lors d’incendies de grandes ampleurs, les capacités combinées des équipes d’interventions et des laboratoires sont régulièrement déployées pour évaluer et caractériser les pollutions avérées ou suspectées.
Quelles sont vos missions au quotidien ?
En tant qu’adjoint au chef de la division Intervention et enquêtes sur site (IES), je supervise en particulier la permanence incendie-explosion. Cette unité est composée de binômes ingénieur-technicien qui se relaient 24h/24 pour intervenir à la demande des officiers de police judiciaire (OPJ) ou directement de la BSPP. Nous apportons un soutien technique aux équipes de secours dans l’évaluation et la gestion du risque et nous menons des enquêtes techniques pour déterminer les causes du sinistre.
C’est dans ce contexte que vous intervenez avec les pompiers de Paris ?
Oui. Après un sinistre, nous collaborons étroitement avec les primo-intervenants pour recueillir les premières informations essentielles à l’enquête. Le groupe RCCI1 de la BSPP, qui poursuit des objectifs similaires aux nôtres, mais dans une logique de retour d’expérience interne, est souvent présent sur les mêmes scènes. La collaboration est fluide et constructive. Sur le terrain, le RCCI donne des consignes aux effectifs BSPP dès son arrivée : préservation de la scène, recueil d’information auprès des services de secours engagés. Ces actions sont précieuses pour nos investigations. Une fois sur place, nous échangeons sur nos observations et nos méthodes.
Vous souvenez-vous d’une intervention avec les pompiers de Paris ?
J’ai assuré cette permanence pendant 20 ans avant de la superviser, ce qui représente plusieurs centaines d’interventions… Certaines affaires sont évidemment plus marquantes que d’autres. Je me souviens notamment à mes débuts d’une violente explosion provoquée dans un restaurant à Bondy en 2007, suivi d’une torchère de gaz enflammé, suite à l’arrachement d’une canalisation de gaz lors de travaux de voirie.
C’est bien la diversité de nos missions et les échanges avec des partenaires comme la BSPP qui rendent ce travail passionnant.
Nos enquêtes peuvent durer de quelques heures à plusieurs mois, selon qu’elles relèvent de la flagrance ou d’une expertise judiciaire, comme les explosions de la rue de Trévise ou de la rue Saint-Jacques ou bien sur l’incendie de Notre-Dame.
Il arrive aussi que les causes d’un sinistre restent indéterminées. Devant la complexité de ce type d’investigation, nous suivons une démarche scientifique rigoureuse (inspirée du standard anglo-saxon NFPA 921) qui consiste à tester et à éliminer les hypothèses jusqu’à en retenir une plausible — ou plusieurs, si aucune ne peut être confirmée avec certitude.
1 : recherche des causes et circonstances d’incendie.