PARTENAIRES PARTICULIERS — Je demande… (2/​3)

Nicho­las Bady —  — Modi­fiée le 15 jan­vier 2026 à 17 h 11 

Grands formats – Lors de leurs interventions, les sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) agissent rarement seuls. De la Police nationale à la Direction des routes d’Île-de-France (DiRIF), la réussite des secours repose sur une coordination inter-services étroite. Découvrez qui sont ces partenaires opérationnels indispensables à la sécurité des Franciliens et comment ils soutiennent les soldats du feu sur le terrain.

À la DSPAP (Direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne), Aurélien J. et Clément R. sont deux policiers du quotidien. L’un officie de jour, l’autre de nuit pour assurer la sécurité de nos concitoyens et assister nos pompiers sur intervention.

Pho­to : capo­ral Cyrille Nicolas

Pou­vez-vous pré­sen­ter suc­cinc­te­ment votre uni­té ?
Clé­ment R : Je suis affec­té en bri­gade de police secours, je fais par­tie du ser­vice de sécu­ri­té du quo­ti­dien qui englobe d’autres uni­tés plus spé­cia­li­sées, comme la bri­gade ter­ri­to­riale de contact et la bri­gade anticriminalité.

Auré­lien J : Je suis affec­té en bri­gade de police secours jour au sein du com­mis­sa­riat des Ve et VIe arron­dis­se­ments. Cette uni­té fait par­tie du ser­vice de sécu­ri­té du quo­ti­dien qui regroupe éga­le­ment la bri­gade ter­ri­to­riale de contact et la bri­gade anti-criminalité.

Quelles sont vos mis­sions au quo­ti­dien ?
C.R. : Au com­mis­sa­riat, mes prin­ci­pales mis­sions sont liées à la sécu­ri­té du bâti­ment depuis un poste de garde. Je sur­veille éga­le­ment les per­sonnes pla­cées en garde à vue lorsqu’elles ne s’entretiennent pas avec l’officier de police judi­ciaire. Concer­nant mes mis­sions sur la voie publique, ces der­nières se tra­duisent prin­ci­pa­le­ment par des patrouilles ain­si que des inter­ven­tions trans­mises par l’appel d’urgence 17.

A.J. : Mes mis­sions sont très diverses. Lorsque je suis en véhi­cule, je réponds aux appels « Police Secours » en me ren­dant sur les dif­fé­rentes inter­ven­tions (vio­lences conju­gales, acci­dents de voie publique, atteintes aux biens, etc.). Je peux par ailleurs assu­rer la mis­sion de chef de poste ain­si que la ges­tion et la sur­veillance des per­sonnes gar­dées à vue.

Dans quel cadre inter­ve­nez-vous avec les pom­piers de Paris ?
C.R. : Nous inter­ve­nons très sou­vent avec les sapeurs pom­piers de Paris, prin­ci­pa­le­ment sur des mis­sions
de secours à per­sonne telles que les vic­times d’agressions ou d’accidents de voie publique, mais éga­le­ment sur des per­sonnes en détresse psy­cho­lo­gique qui pour­raient por­ter une atteinte phy­sique à elles-mêmes ou aux sapeurs pom­piers. Nous les assis­tons éga­le­ment sur les incen­dies, afin d’assurer leur sécu­ri­té et de faire en sorte qu’ils puissent effec­tuer leurs mis­sions sans encombre.

A.J. : Les mis­sions que nous par­ta­geons avec les sapeurs-pom­piers sont très variées. Elles vont de l’assistance à des per­sonnes en détresse — qu’elle soit phy­sique ou psy­cho­lo­gique — aux acci­dents cor­po­rels et maté­riels, en pas­sant par les incen­dies, qu’ils soient d’origine acci­den­telle ou cri­mi­nelle, ain­si que diverses petites inter­ven­tions du quo­ti­dien. Les deux corps de métier se com­plètent mutuel­le­ment, notam­ment lors de gros évé­ne­ments néces­si­tant un impor­tant dis­po­si­tif sur place.

Com­ment se passe la col­la­bo­ra­tion ?
C.R. : Il y a une très bonne entente entre nos deux ins­ti­tu­tions sur les mis­sions. La com­mu­ni­ca­tion s’établit très faci­le­ment et reste très impor­tante, cha­cun connaît son rôle et l’exécute avec rigueur et professionnalisme.

A.J. : La col­la­bo­ra­tion avec les sapeurs-pom­piers se déroule bien. Nos deux pro­fes­sions tra­vaillent main dans la main et se com­prennent faci­le­ment sur le ter­rain. Sur de grosses inter­ven­tions com­munes, nous sommes capables de res­ti­tuer rapi­de­ment un ensemble d’informations fiables, pré­cis et rapide à nos états-majors res­pec­tifs, sans « para­si­ter » le com­man­de­ment de l’institution menante de l’opération.

Auriez-vous une anec­dote mar­quante de ter­rain à par­ta­ger ?
C.R. : Le soir de la fête de la musique, il y avait un grand attrou­pe­ment de per­sonnes dans une rue, et mal­heu­reu­se­ment, beau­coup de mau­vais com­por­te­ments ont mené à des inci­vi­li­tés et des mou­ve­ments de foule. Une per­sonne a été bles­sée et nous avons donc fait appel aux sapeurs-pom­piers. Nous devions les escor­ter afin de pou­voir éva­cuer la vic­time et lui por­ter assis­tance pour la suite. C’est là que nous avons prou­vé l’utilité de notre action : assu­rer la pro­tec­tion des sapeurs-pom­piers et de la vic­time en écar­tant les per­sonnes autour. C’est un tra­vail d’équipe qui se met en place natu­rel­le­ment sur le moment et qui fonc­tionne très bien.

A.J. : En qua­li­té de chef de patrouille, j’ai dû me rendre au domi­cile d’une femme en rup­ture de trai­te­ment médi­cal. Cette der­nière est connue pour avoir eu des com­por­te­ments vio­lents envers les sapeurs pom­piers et les forces de l’ordre. à mon arri­vée sur place, je suis accueilli par les sol­dats du feu, qui m’indiquent ne pas avoir pu éta­blir de dia­logue avec la per­sonne concer­née et être dans une impasse. Un trans­port vers un éta­blis­se­ment hos­pi­ta­lier est jugé néces­saire. Compte tenu des anté­cé­dents de la per­sonne et afin de favo­ri­ser une approche de déses­ca­lade adap­tée, je décide de sol­li­ci­ter un effec­tif fémi­nin de mon équi­page. Après envi­ron 30 minutes d’échange et de mise en confiance, la per­sonne accepte cal­me­ment d’accompagner les sapeurs-pom­piers jusqu’à l’hôpital. L’intervention s’est ain­si dérou­lée sans inci­dent. Le dia­logue ins­tau­ré, la com­mu­ni­ca­tion adap­tée et la coor­di­na­tion entre les effec­tifs a per­mis un dénoue­ment apai­sé et un trans­port sécu­ri­sé de la per­sonne vers le centre hospitalier.

À la croisée de la science et de l’urgence, Xavier Archer coordonne les enquêtes post-incendie et post-explosion au Laboratoire central de la préfecture de police. Il mobilise ingénieurs et techniciens pour comprendre l’origine des sinistres et, au besoin, mesurer leur impact sur l’environnement.

Pho­to : SCH Nicho­las Bady

Pou­vez-vous pré­sen­ter votre envi­ron­ne­ment de tra­vail ?
Le Labo­ra­toire cen­tral de la pré­fec­ture de police (LCPP) est l’entité scien­ti­fique pla­cée sous l’autorité directe du pré­fet de Police. Sa mis­sion prin­ci­pale est de lut­ter contre les risques explo­sifs, chi­miques et d’incendies. Il est struc­tu­ré en divi­sions opé­ra­tion­nelles, dont celle des inter­ven­tions et enquêtes sur site, qui regroupe les équipes de démi­nage, la per­ma­nence incen­die-explo­sion, la per­ma­nence chi­mie-bio­lo­gie-radio­lo­gie, ain­si qu’une uni­té inter­ven­tion, pré­lè­ve­ment et pol­lu­tion, plus orien­tée vers le risque chro­nique.
Lors d’incendies de grandes ampleurs, les capa­ci­tés com­bi­nées des équipes d’interventions et des labo­ra­toires sont régu­liè­re­ment déployées pour éva­luer et carac­té­ri­ser les pol­lu­tions avé­rées ou suspectées.

Quelles sont vos mis­sions au quo­ti­dien ?
En tant qu’adjoint au chef de la divi­sion Inter­ven­tion et enquêtes sur site (IES), je super­vise en par­ti­cu­lier la per­ma­nence incen­die-explo­sion. Cette uni­té est com­po­sée de binômes ingé­nieur-tech­ni­cien qui se relaient 24h/​24 pour inter­ve­nir à la demande des offi­ciers de police judi­ciaire (OPJ) ou direc­te­ment de la BSPP. Nous appor­tons un sou­tien tech­nique aux équipes de secours dans l’évaluation et la ges­tion du risque et nous menons des enquêtes tech­niques pour déter­mi­ner les causes du sinistre.

C’est dans ce contexte que vous inter­ve­nez avec les pom­piers de Paris ?
Oui. Après un sinistre, nous col­la­bo­rons étroi­te­ment avec les pri­mo-inter­ve­nants pour recueillir les pre­mières infor­ma­tions essen­tielles à l’enquête. Le groupe RCCI1 de la BSPP, qui pour­suit des objec­tifs simi­laires aux nôtres, mais dans une logique de retour d’expérience interne, est sou­vent pré­sent sur les mêmes scènes. La col­la­bo­ra­tion est fluide et construc­tive. Sur le ter­rain, le RCCI donne des consignes aux effec­tifs BSPP dès son arri­vée : pré­ser­va­tion de la scène, recueil d’information auprès des ser­vices de secours enga­gés. Ces actions sont pré­cieuses pour nos inves­ti­ga­tions. Une fois sur place, nous échan­geons sur nos obser­va­tions et nos méthodes.

Vous sou­ve­nez-vous d’une inter­ven­tion avec les pom­piers de Paris ?
J’ai assu­ré cette per­ma­nence pen­dant 20 ans avant de la super­vi­ser, ce qui repré­sente plu­sieurs cen­taines d’interventions… Cer­taines affaires sont évi­dem­ment plus mar­quantes que d’autres. Je me sou­viens notam­ment à mes débuts d’une vio­lente explo­sion pro­vo­quée dans un res­tau­rant à Bon­dy en 2007, sui­vi d’une tor­chère de gaz enflam­mé, suite à l’arrachement d’une cana­li­sa­tion de gaz lors de tra­vaux de voirie.

C’est bien la diver­si­té de nos mis­sions et les échanges avec des par­te­naires comme la BSPP qui rendent ce tra­vail pas­sion­nant.
Nos enquêtes peuvent durer de quelques heures à plu­sieurs mois, selon qu’elles relèvent de la fla­grance ou d’une exper­tise judi­ciaire, comme les explo­sions de la rue de Tré­vise ou de la rue Saint-Jacques ou bien sur l’incendie de Notre-Dame.
 
Il arrive aus­si que les causes d’un sinistre res­tent indé­ter­mi­nées. Devant la com­plexi­té de ce type d’investigation, nous sui­vons une démarche scien­ti­fique rigou­reuse (ins­pi­rée du stan­dard anglo-saxon NFPA 921) qui consiste à tes­ter et à éli­mi­ner les hypo­thèses jusqu’à en rete­nir une plau­sible — ou plu­sieurs, si aucune ne peut être confir­mée avec certitude.

1 : recherche des causes et cir­cons­tances d’incendie.

à suivre…


À LIRE AUSSI…


Retour en haut