PS 6ᵉ GÉNÉRATION (3/​3) — “Au total, 52 PS6G seront livrés à la Brigade”

Nicho­las Bady —  — Modi­fiée le 18 juin 2026 à 11 h 15 

Grands formats – Nous sommes allés à la rencontre du colonel Nicolas Degrand, sous-chef de la division logistique de la Brigade, pour en savoir davantage sur l’arrivée du premiers secours de 6ᵉ génération.

Que repré­sente l’intégration du PS6G dans le parc d’engins de la Bri­gade, tant sur le plan opé­ra­tion­nel que stra­té­gique ?
En pre­mier lieu, la BSPP garde toute sa spé­ci­fi­ci­té avec l’arrivée des nou­veaux PS6G SIDES, qui est un engin modu­laire capable à la fois d’effectuer des opé­ra­tions de lutte contre l’incendie, mais éga­le­ment des inter­ven­tions de secours à per­sonne et leur trans­port en milieu hos­pi­ta­lier. C’est un choix assu­mé dans la durée qui nous per­met d’adapter la cou­ver­ture opé­ra­tion­nelle à moindre coût. Ensuite, si le PS6G res­semble à s’y méprendre aux séries pré­cé­dentes (4ᵉ et 5e géné­ra­tion) et si son gaba­rit garde des dimen­sions adap­tées aux rues étroites, il est en revanche moder­ni­sé avec un châs­sis Renault (D12 240) qui lui garan­tit une mania­bi­li­té urbaine et une cer­taine légè­re­té avec un PTAC de 12 tonnes. Le PS6G répond éga­le­ment à la norme GSR2 qui le dote de détec­teurs d’angles morts et de nom­breux autres dis­po­si­tifs d’aide à la conduite comme l’avertisseur de perte d’at­ten­tion et de som­no­lence du conduc­teur. La cel­lule est éga­le­ment équi­pée d’une camé­ra per­met­tant au chef d’agrès de contrô­ler la situa­tion lors du trans­port. Enfin et sur­tout, le PSG6G consti­tue une rup­ture puisqu’il intègre la tech­no­lo­gie dipha­sique qui ouvre de nou­velles réflexions tac­tiques et offre aux inter­ve­nants des moyens d’extinction com­plé­men­taires à ceux exis­tants. Au total, 52 PS6G seront livrés à la Brigade.

La tech­no­lo­gie dipha­sique et la réduc­tion mas­sive de la consom­ma­tion d’eau modi­fient-elles la manière dont les sapeurs-pom­piers de Paris abordent l’attaque d’un feu, notam­ment en milieu clos ?
Indé­nia­ble­ment, comme vous le sou­li­gnez, la consom­ma­tion d’eau est moindre puisqu’une lance dipha­sique consomme envi­ron 100 litres d’eau par minute quand elle est uti­li­sée en mode brouillard d’eau. Les dégâts des eaux dans les appar­te­ments sont consi­dé­ra­ble­ment réduits. La mis­sion de pro­tec­tion des biens en est donc sim­pli­fiée. Mais la lance dipha­sique pré­sente de nom­breux autres avan­tages : les gout­te­lettes frac­tion­nées absorbent rapi­de­ment la cha­leur, ce qui sécu­rise le porte-lance, faci­lite la pro­gres­sion des inter­ve­nants et l’extinction ; l’hydro-ventilation per­met éga­le­ment de désen­fu­mer les espaces. Enfin, après l’extinction, le brouillard d’eau plaque au sol les par­ti­cules toxiques et limite donc l’exposition des inter­ve­nants aux fumées rési­duelles : ce sont fina­le­ment plu­sieurs phases de la marche géné­rale des opé­ra­tions qui sont facilitées.

Quels retours avez-vous des sapeurs-pom­piers qui ont déjà uti­li­sé le PS6G en inter­ven­tion ou en for­ma­tion ? Com­ment per­çoivent-ils cette nou­velle géné­ra­tion d’engins ?
Concer­nant la for­ma­tion, la prise en compte du sys­tème dipha­sique est rapide et aisée, il faut comp­ter deux jours de for­ma­tion pour les porte-lances et une demi-jour­née pour les conduc­teurs. Cette nou­velle géné­ra­tion d’engins est accueillie avec enthou­siasme, notam­ment par les conduc­teurs. L’intégration a été conçue et réa­li­sée afin que la mise en œuvre simul­ta­née d’une pompe incen­die et du com­pres­seur soit trans­pa­rente pour le conduc­teur, et per­met de sur­croit d’établir sur le même engin une lance dipha­sique et des moyens d’extinction tra­di­tion­nels. La mise en œuvre de la lance est éga­le­ment sim­pli­fiée puisque le porte-lance n’a pas de débit à régler et doit sim­ple­ment tra­vailler en brouillard pour trai­ter les fumées et les gaz chauds ou en eau pour ache­ver l’extinction.
Quels ont été les prin­ci­paux défis logis­tiques lors de l’intégration du PS6G : for­ma­tion, main­te­nance, stocks, adap­ta­tion des ate­liers, par­te­na­riats indus­triels… ?
Pour pas­ser de l’intuition du BEP à un pro­duit fabri­qué en série par un indus­triel, il y a de nom­breuses étapes à fran­chir. Une pre­mière épreuve de concept avait été livrée à la BSPP sur la base d’un rétro­fit de FPTL avec un entrai­ne­ment hydro­sta­tique. Il s’agissait dans un pre­mier temps de vali­der le prin­cipe de fonc­tion­ne­ment et la capa­ci­té de pou­voir faire fonc­tion­ner conco­mi­tam­ment deux sys­tèmes (pompe incen­die et com­pres­seur). Les entrai­ne­ments hydro­sta­tiques sont répu­tés pour leur fia­bi­li­té, mais com­plexi­fient l’intégration, car ils néces­sitent de nom­breux com­po­sants. C’est pour­quoi, en rela­tion avec l’industriel, le BMCO et la com­pa­gnie de main­te­nance ont tra­vaillé sur une sim­pli­fi­ca­tion de la chaine ciné­ma­tique en adop­tant un entrai­ne­ment méca­nique par arbre de trans­mis­sion sans pour autant nuire aux per­for­mances du sys­tème. C’est donc cette solu­tion tech­nique qui a été rete­nue pour le PS6G. Ce tra­vail d’intégration était auda­cieux ; il a été réa­li­sé en col­la­bo­ra­tion avec les socié­tés LEADER et SIDES qui ont par­fai­te­ment su rele­ver ce défi tech­no­lo­gique dans des délais par­ti­cu­liè­re­ment contraints. Les socié­tés ont pris des risques et le géné­ral s’est per­son­nel­le­ment impli­qué pour que le pro­jet abou­tisse. Nous sommes aujourd’hui dans une phase de fin de déver­mi­nage qui est une étape inévi­table des main­te­nan­ciers où les der­niers pro­blèmes tech­niques néces­sitent des cor­rec­tions, cela concerne notam­ment le dévi­doir tour­nant de la LDT, puis les livrai­sons vont pou­voir s’accélérer.

Selon vous, le PS6G est-il un engin iso­lé ou le pre­mier jalon d’une nou­velle géné­ra­tion de maté­riels pour la Bri­gade ? Peut on ima­gi­ner une géné­ra­li­sa­tion de ces tech­no­lo­gies à d’autres engins ?
L’intégration du sys­tème dipha­sique sur d’autres engins pour­rait être envi­sa­gée puisque cela a déjà été tes­té sur un pick-up à l’export. On voit que le sys­tème dipha­sique bous­cule la doc­trine : la pro­tec­tion volu­mé­trique, lance dipha­sique rota­tive pou­vant être asso­ciée à un robot, est expé­ri­men­tée dans les parcs de sta­tion­ne­ment cou­verts. La réduc­tion du volume des citernes pour­rait per­mettre de réduire les gaba­rits des engins de demain. L’ajout d’un com­pres­seur sur un engin-pompe offre éga­le­ment de nou­velles pers­pec­tives comme la mise en œuvre de maté­riels pneu­ma­tiques dans le cadre des opé­ra­tions RSMU, la mise en œuvre de struc­tures gon­flables ou d’établissements flot­tants en cas d’inondation, ou encore l’alimentation en air de tenues de feu refroidies…

Photo : caporal-chef Paul Millet

De gauche à droite sur la pho­to : le colo­nel Nico­las Degrand, l’adjudant-chef Vincent Jac­quet, le lieu­te­nant-colo­nel Cyril Fré­maux, le capi­taine Alban Thil­let, le ser­gent Flo­rient Mar­chand et l’adjudant Joce­lyn Tis­sot ont notam­ment contri­bué à la mise en œuvre du sys­tème dipha­sique et du PS6G.



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